Janvier s’ouvre sur une ligne de crête. Beaucoup d’envies. Beaucoup de premières. Des reprises aussi. Et partout, une inquiétude qui ne se dissimule plus. Le spectacle vivant avance sous contrainte. Budgets rabotés, saisons raccourcies, équipes à flux tendu. Le secteur continue de créer, refuse de flancher, plie parfois. Il ne rompt pas. Il résiste en faisant de la scène un espace de vie. Mais chaque projet se pense désormais avec, en filigrane, la question de la survie.
Il y a pourtant de bonnes nouvelles. Elles redonnent envie de croire à la force d’un secteur qui réveille les imaginaires et bouscule les consciences. La nomination d’Émilie Capliez et de Matthieu Cruciani à la direction du ThéâtredelaCité, CDN de Toulouse, en est une. À la tête de la Comédie de Colmar, ils ont défendu les écritures contemporaines, le travail de troupe et la circulation des œuvres. Leur projet a affirmé un engagement artistique et politique. Un théâtre qui crée, qui fabrique, qui agit.
À Paris, le rachat du Théâtre du Gymnase – Marie Bell par Jean-Marc Dumontet s’inscrit dans le même mouvement, même si la concentration des lieux continue d’interroger. Il reprend un théâtre historique, s’engage à le rénover et veut en faire un espace de création et de production. En ouverture, l’entrepreneur programme Le Bourgeois gentilhomme avec Jean-Paul Rouve et Michaël Cohen, qui triomphe actuellement au Théâtre Antoine – l’un de ses six autres lieux parisiens. Quand tant de salles cherchent simplement à tenir, ce geste dit quelque chose de la responsabilité des acteurs privés.
Autour, la réalité est plus âpre. Le théâtre public, sommé de justifier son utilité, encaisse des baisses qui ressemblent de plus en plus à un plan social qui ne dit pas son nom. La fin de la compagnie de Carolyn Carlson en est l’un des symboles. Des décennies de création, de transmission, de tournées. Et, au bout, l’impossibilité de produire. La danse perd un pan de son histoire vivante.
À Alfortville, le Théâtre-Studio lutte à visage découvert. Christian Benedetti doit faire avec la suppression des subventions départementales. La réponse passe par la scène. 2026 y sera l’année de « Toutes les vies » : des soirées solidaires, des artistes qui viennent jouer, des formes brèves. Une résistance par le travail.
Et pendant que les structures vacillent, les plateaux s’ouvrent. Le Festival Flamenco à Nîmes, Margaux Eskenazi avec Imre Kertész à Villeneuve d’Ascq, Mathilda May à La Villette. À Paris, des créations nées en région : Florence Janas et Guillaume Vincent, Chloé Dabert, Simon Falguières.
C’est cela, aujourd’hui, le paysage culturel. Une fragilité structurelle, une vitalité intacte. Un secteur sous pression, mais en mouvement.