Le visage fermé, le docteur Caussade, incarné par Francis Huster, fait les cent pas dans son cabinet, un espace de bois, clos, presque étouffant, dont seule la baie vitrée, ouverte sur un jardin fleuri, esquisse une échappée. L’homme vacille. Sa vie intime vient de s’effondrer. Un geste de trop et sa femme le met dehors, balayant vingt de vie commune. Pourtant, il continue d’écouter les autres, s’aveugle, s’accroche à l’idée d’un avenir possible, alors même qu’il semble être celui qui aurait le plus besoin d’être entendu.
Un lieu inviolable, miroir des failles
Dans ce lieu réputé inviolable, sanctuaire de la parole et du secret, le public s’invite comme une petite souris. Trois patients s’y succèdent, sur le divan ou derrière un écran. Trois existences cabossées, que le dramaturge François Pérache ancre résolument dans une actualité brûlante : un policier en attente de jugement après avoir tué un manifestant, une jeune femme née d’un viol collectif, une novice gagnée par le doute à la veille de prononcer ses vœux. Chacun tente de dire sa douleur, de desserrer l’étau, par la parole, la colère ou le sarcasme.
Les séances s’enchaînent, fragmentées, tronçonnées. Les récits émergent par touches. Les silences pèsent autant que les mots. Peu à peu, ces trois écorchés vifs renvoient au thérapeute le reflet de ses propres fêlures, de son incapacité à garder la distance. Le cabinet devient un huis clos qui exacerbe les tensions. Les face-à-face frôlent l’affrontement. La matière humaine, instable, s’embrase. Les accidents de la vie réveillent des pulsions et des passions que l’on croyait bannies de l’espace feutré de la thérapie.
Un spectacle sous contrainte
Sous la direction de Charles Templon, l’adaptation séduit par une mise en scène précise et une direction d’acteurs attentive. Francis Huster impressionne en thérapeute débordé, au bord de la rupture. À ses côtés, Yann Gaël, Tess Lauvergne et l’épatante Raphaëlle Rousseau composent des figures justes, esquissées avec finesse malgré un temps contraint.
Reste la limite de l’exercice. En une heure quinze, difficile de donner toute leur épaisseur à des trajectoires que le format sériel permet d’explorer au long cours. Le rythme se relâche parfois et l’écriture, faute de creuser pleinement les personnalités et les caractères, glisse vers le stéréotype. L’idée est forte, la matière humaine dense, mais l’ensemble manque encore de corps. Une tentative ambitieuse,, qui laisse affleurer un sentiment d’inachevé.
En thérapie d’après BeTipul de Hagai Lévi, Ori Sivan et Dir Bergman
Théâtre Antoine
à partir du 17 janvier 2026
durée 1h15 environ
Mise en scène de Charles Templon
avec Francis Huster, Yann Gaël, Tess Lauvergne et Raphaëlle Rousseau
Adaptation théâtrale et dialogue de François Perache
Lumières de Denis Koransky
Costumes d’Amandine Cros
Son de Camille Vitté
Vidéo de Thomas Guiral