Rebeka Warrior © Marie Rouge

Toutes les vies de Rebeka Warrior : Chants d’amour à vif

Pour sa première incursion en littérature, la musicienne raconte l'amour, le cancer qui frappe sa compagne, la place d'aidante, le deuil puis la difficile reconstruction. Une autofiction sans fard, traversée par son énergie punk et couronnée du prix de Flore.
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Chez Rebeka Warrior, les mots ont le rythme dans la peau. Les phrases sont courtes, les mots cognent, le tempo s’emballe, s’interrompt, repart. Quelque chose de musical traverse cette écriture qui préfère le choc à la jolie formule. C’est par cette langue nerveuse qu’elle remonte le fil de son histoire avec Pauline.

Tout ou presque les oppose, et c’est précisément ce qui les lie. Elles voyagent, font la fête, enchaînent les tournées et les échappées spirituelles. Jusqu’à ce séjour dans un village mexicain où une fièvre se déclare, puis une boule découverte dans un sein, font brutalement basculer leur vie. Les traitements commencent, avec leurs espoirs, leurs rémissions et leurs rechutes. Peu à peu, la narratrice change de place. Toujours amante, elle devient aussi celle qui accompagne, soigne, veille et s’épuise.

Aimer jusqu’à se perdre

C’est là que Toutes les vies frappe le plus juste. Rebeka Warrior raconte ce que la maladie fait à celle qui la subit, bien sûr, mais aussi à celle qui accompagne. La peur, l’épuisement, la colère, le désir qui vacille, l’envie parfois de fuir, de céder aux appels de la vie, voire d’une autre. Elle ne cherche jamais à être exemplaire. Elle ose les mauvaises pensées, les mots qui dérangent, les sentiments contradictoires que souvent l’aidante préfère taire. Rien n’est enjolivé. Elle raconte simplement l’être humain dans ce qu’il peut avoir de généreux, d’égoïste, de tendre ou de cruel lorsque la mort s’invite dans le couple.

À force de vouloir saisir ce qui lui échappe, l’écriture finit pourtant parfois par s’essouffler. Les longues énumérations, censées combler ce que les mots ne parviennent plus à dire, alourdissent le récit. Après la mort de Pauline, Rebeka Warrior cherche ailleurs comment continuer à vivre. Le bouddhisme lui ouvre un chemin et donne au livre une autre direction, plus intérieure, mais aussi moins saisissante. Peu importe, cela n’efface ni la force de ce qui précède ni celle d’une voix sans fard, tendre et furieusement vivante.

Rebeka Warrior écrit le deuil sans l’embaumer, avec ses contradictions, sa violence et ses échappées. Toutes les vies raconte la mort, mais surtout ce qui refuse obstinément de mourir avec elle : l’amour.


Toutes les vies de Rebeka Warrior
Éditions Stock
288 pages
prix conseillé 20,90 euros

paru le 28 mai 2025

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