© Éric Jean

Ma Vie rouge Kubrick : Comme au cinéma

En adaptant le roman de Simon Roy, le metteur en scène québécois Éric Jean signe, au Train Bleu au Festival Off Avignon, un spectacle troublant où l’œuvre du cinéaste américain devient le révélateur d’une mémoire blessée.
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Un tapis cramoisi traverse le plateau jusqu’à une palissade de bois blanc dressée en fond de scène. Dès cette première vision, Ma vie rouge Kubrick installe un espace mental où la blancheur du décor se laisse progressivement envahir par une couleur qui convoque autant la violence que la mémoire. Adapté du roman de Simon Roy, le spectacle d’Éric Jean dépasse le simple hommage cinéphile. Dans Shining, Stanley Kubrick suit Jack Torrance – formidable Jack Nicholson – , écrivain en quête d’inspiration devenu gardien d’un hôtel isolé, où il passe l’hiver avec sa femme et son fils.

© Éric Jean

Peu à peu, les forces qui hantent les lieux le font sombrer dans la folie. C’est cette œuvre devenue culte que le spectacle prend comme filtre à travers lequel un homme tente de recomposer les drames qui ont marqué son existence.

Au centre de cet espace, une machine à écrire solitaire suffit à convoquer les fantômes de l’enfance. Depuis ses dix ans, quelques mots, des visions et l’univers de Kubrick le poursuivent avec la force d’une obsession dont il ne parvient jamais à se libérer.

Les fantômes de l’Overlook

Marc-Antoine Sinibaldi et Nico Racicot composent un duo d’une remarquable précision. L’un porte le récit quand l’autre en devient l’écho, le reflet ou la conscience, jusqu’à incarner Lloyd, l’inquiétant barman de l’hôtel Overlook. Les deux comédiens, dont l’accent québécois accentue encore le trouble, avancent avec une remarquable économie de moyens. Leur gestuelle précise et leur écoute constante suffisent à faire naître une tension qui ne se relâche jamais.

Au fond du plateau, les images de Shining dialoguent avec les ombres projetées sur la palissade de bois blanc. Les lumières sculptées de Cédric Delorme-Bouchard et les vidéos de Julien Blais prolongent ce trouble en faisant glisser sans cesse le regard entre cinéma, souvenir et présent.

La violence en héritage
© Éric Jean

Peu à peu, le spectacle élargit son propos. Les dates des fusillades de masse américaines apparaissent sur le fond de scène tandis que se dessine une réflexion sur les armes à feu, les traumatismes transmis de génération en génération et les mécanismes de la violence familiale. Éric Jean préfère de façon très cinématographique installer une inquiétude sourde qui irrigue progressivement l’ensemble de la représentation, dans un rapport très fidèle à l’univers de Kubrick.

Si la construction se révèle parfois ardue, au risque de laisser à distance les spectateurs – tout particulièrement ceux qui ne connaissent pas le film, le spectacle conserve une belle étrangeté. En croisant littérature, cinéma et théâtre, il explore avec sensibilité la manière dont les œuvres s’inscrivent dans nos existences, jusqu’à devenir les dépositaires de nos blessures les plus profondes.


Ma vie rouge Kubrick d’après le roman de Simon Roy
Le Parvis – Théâtre du Train BleuFestival Off Avignon
du 4 au 23 juillet 2026
durée 1h05

mise en scène d’Eric Jean
avec Nico Racicot et Marc-Antoine Sinibaldi

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