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Concorde espace culture : Les portes sont grandes ouvertes

Après dix ans de réflexion, dont deux années de travaux, le nouvel équipement socio-culturel de Vernier a fait la rencontre de ses premiers publics, lors d’un week-end inaugural à l’image du projet porté par sa codirection générale et artistique : ouvert, exigeant et joyeux.
28 septembre 2026
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À quelques arrêts de bus de la gare de Cornavin, difficile de passer à côté des immenses bâtiments qui, en dix ans, ont transformé le paysage de Vernier, deuxième ville du canton de Genève. Ici et là, barrières et palissades gardent les traces d’un projet urbain qui se poursuivra dans les mois et les années à venir. Des ouvriers effectuent d’ultimes travaux avant l’arrivée des premiers invités. Et pour cause, derrière ses murs imposants, Concorde s’apprête à ouvrir ses portes au public pour la première fois. L’odeur de la peinture fraîche et des dernières finitions plane dans l’air. À quelques heures de l’inauguration du lieu, un étrange calme s’est emparé des couloirs encore vides, tandis que les préparatifs battent leur plein en attendant de voir les visiteurs s’approprier ce nouvel « espace culture ».

Culture et société
© Pauline Humbert

Il faut dire que l’événement est entier. Le projet, porté entre autres par la fodac (fondation pour le développement des arts et de la culture) et la Ville de Vernier, est d’une ampleur rare. Avec cet équipement hors norme, le message envoyé est clair : il faudra désormais compter sur un nouveau maillon dans la chaîne culturelle genevoise. Car par-delà ses hauts murs de béton et son design brut minimaliste qui se déploie dans d’impressionnants volumes très contemporains, les bâtiments abritent bien plus qu’une simple salle de spectacle. Pensé comme un véritable village culturel, Concorde compte pas moins de dix studios de danse, douze salles de musique, un studio d’enregistrement, un hôtel, deux lieux de restauration et de multiples espaces partagés propices aux rencontres et aux échanges.

À ce volet culturel s’ajoute par ailleurs une autre dimension, sociale celle-ci, partie intégrante du projet d’ensemble. Dans le second bâtiment, attenant à l’aile principale, s’étendent pas moins de 127 logements. En partie mis à la disposition d’artistes et compagnies en résidence, d’autres sont loués à des étudiants pour un prix abordable, en échange de quelques heures de services rendus, chaque mois, au fonctionnement de Concorde. Un maillage social qui s’étend au-delà des murs, et depuis bien avant l’inauguration du lieu. Depuis plusieurs mois, l’équipe de médiation, qui compte parmi les soixante employés permanents de la structure, est à pied d’œuvre pour rencontrer associations, habitants et acteurs de la vie locale. Le mot d’ordre est simple : travailler avec, plutôt que s’imposer.

Ouvrir large
© Audrey Croisier

Une règle d’or que se sont fixés Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel, choisis à la direction générale et artistique du lieu. Depuis leur nomination en février 2025, les deux codirecteurs font de l’ouverture une valeur essentielle. Pour le binôme, pas question de jouer la carte trop usée de la culture qui se dit accessible sans s’en donner les moyens. « Comment le public qui habite juste en face, dans un hébergement social, va traverser la rue pour venir, se dire que Concorde s’adresse aussi à lui ? C’est un enjeu qu’on ne sous-estime pas », souligne Eve-Anouk Jebejian. « C’est une question de confiance, confirme Frédéric Steinbrüchel. Avant de leur dire de venir ici, à nous d’aller les rencontrer. »

Alors le duo imagine une programmation qui tient les portes grandes ouvertes. Une ligne artistique dont la qualité, saluée par le milieu professionnel, s’applique avant tout à rester abordable pour celles et ceux qui ne voient pas le spectacle vivant comme une évidence. La saison, dévoilée lors de ce week-end d’ouverture, s’annonce dense. D’octobre à juin, des dizaines de rendez-vous sont attendus et traversent toutes les sensibilités. Théâtre, musique, cirque, improvisation, cinéma ou magie viendront tour à tour habiter les deux salles de spectacle. La danse, quant à elle, occupera une place toute particulière au cours des saisons à venir, dans le digne héritage de la ville de Vernier, devenue ces dernières décennies l’un des hauts lieux de la discipline. Bintou Dembélé, Marco da Silva Ferreira, Mathilde Monnier ou Christos Papadopoulos ont d’ores et déjà leurs noms sur l’affiche de cette saison 26-27.

Cohabiter

Mais en ce week-end inaugural, l’heure n’est pas encore tout à fait à regarder l’avenir. Pendant trois jours, c’est un programme à part entière qui attend les visiteurs venus découvrir Concorde. Une célébration aussi bien qu’une première mise à l’épreuve d’un lieu qui, soudain, passe du rêve à la réalité. Pour les équipes, en place depuis quelques semaines ou plusieurs mois, voir les couloirs se remplir a quelque chose de vertigineux. L’attente fébrile prend peu à peu un air de fête, de fierté, de désir. Tandis que les premières silhouettes, timides, commencent à arpenter les allées pavées de coques de noisettes agglomérées, quelques notes de musique résonnent ici ou là.

Les instrumentistes de l’Orchestre de Chambre de Genève, l’une des cinq entités résidentes de l’espace culture, ponctueront tout le week-end de leurs pastilles musicales, invitant les spectateurs à prendre possession des moindres recoins du bâtiment, le temps d’une courte pièce. Pendant ce temps, dans la petite salle, la filière danse contemporaine du Centre de Formation Professionnelle Arts de Genève, elle aussi entité résidente, présente des extraits de son spectacle L’Escale, créé quelques mois plus tôt. Les premiers rendez-vous de cette fête d’ouverture donnent le ton. Ici la cohabitation n’est pas seulement souhaitée, elle est dans l’ADN même de Concorde, qui accueillera encore une bibliothèque municipale et des associations travaillant pour la jeunesse et l’urgence sociale.

Complicités
© Audrey Croisier

En témoigne également le choix des quatre artistes complices invités à accompagner les trois premières saisons. Ils ont en commun leur lien, quel qu’il soit, avec Vernier. Mais ce qui les rapproche peut-être le plus, c’est leur complémentarité. Parmi eux, le chorégraphe Kiyan Khoshoie, dont la pièce Time of my life sera jouée en décembre, ou le Collectif du Feu de dieu, qui navigue entre les disciplines, et que le public pourra retrouver en février dans Stratégies souterraines. En dialogue avec ces deux noms, Eve-Anouk Jebejian et Frédéric Steinbrüchel en proposent deux autres, peut-être plus inattendus : la compagnie d’improvisation Alliance Créative et le DJ Pekodjinn.

Tous ont été conviés à jouer leur partition durant ce week-end d’ouverture, au cours d’une première rencontre pleine de belles promesses. Concorde est déjà « plein de tout ce que les gens vont y penser », souffle une voix off en introduction à la présentation de saison. Sur les murs de la grande salle, dont les gradins ont été repliés pour s’assurer de mettre tout le monde au même niveau, un diaporama de photos prises pendant près de dix ans montre les bâtiments sortir de terre année après année. « Vous voilà enfin ! », exulte Eve-Anouk Jebejian comme pour s’assurer elle-même de la réalité des centaines de spectateurs qui lui font face. Les pieds sur terre, ancrés dans les chantiers depuis près de deux ans, elle et Frédéric Steinbrüchel ne s’empêchent pas de garder la tête dans les nuages, du moins en partie.

Rêver grand
© Audrey Croisier

Un droit de rêver dont ils comptent faire profiter chaque personne venue assister à cette grande inauguration. Pour cela, pas de parcours fléché, mais une volonté affirmée de laisser chacun tracer sa propre route. Ateliers participatifs, répétitions ouvertes de la prochaine pièce d’Édouard Hue et visites investissent les espaces et suscitent la curiosité, tandis que se croisent artistes, curieux, amoureux du spectacle vivant, officiels et professionnels. Autant de familles d’un même public qui, insensiblement, se retrouve à suivre le même mouvement. Celui du Collectif XY, dont les figures acrobatiques toujours plus impressionnantes finissent par mener la foule vers la grande salle. Ou celui du Collectif OUINCH OUINCH, dont les chorégraphies folles, joyeuses, enlevées et terriblement libres, ont fait vibrer les murs immaculés de Concorde.

En quelques jours, le nouvel espace culture de Vernier a ainsi commencé à tisser le canevas de l’identité souhaitée par ses deux premiers directeurs. « Il y a une volonté de renforcer la capacité à créer du temps long », précise Frédéric Steinbrüchel. Un temps long qui s’envisage non seulement au bénéfice des artistes, programmés ou non, et de leurs créations, mais aussi auprès des spectateurs, notamment ceux qui n’existent pas encore. Le dialogue avec les habitants et les associations a beau avoir déjà commencé, l’enjeu reste de taille. La programmation de la première saison a bel et bien été conçue en ce sens. Souhaitons à Concorde que ses portes restent effectivement grandes ouvertes au-delà du succès de ce week-end d’ouverture.

Envoyé spécial à Vernier

Concorde espace culture – Vernier
Week-end d’ouverture
Du 25 au 27 septembre 2026

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