Pourquoi ce désir de retrouver Vivien Leigh, quinze ans après l’avoir déjà incarnée ?
Caroline Silhol : Je cherchais un texte qui me donne vraiment envie de remonter sur scène, mais rien de ce qu’on me proposait ne m’emportait. Je me suis alors souvenue du bonheur immense que j’avais ressenti avec La dernière conférence de presse de Vivien Leigh. J’avais envie de retrouver cette sensation, ce vertige. J’avais aussi le désir de retravailler avec Anne Bourgeois, qui m’a mise en scène, il y a deux ans, dans Mademoiselle Chanel, en hiver, une rencontre qui a été un véritable coup de foudre, à la fois humain et artistique.

Nous avons repris le texte ensemble. J’ai travaillé l’adaptation pour la rendre plus resserrée et plus proche du public français. J’y ai ajouté quelques éléments, tout en restant fidèle à l’histoire de Vivien Leigh. Tout ce que je dis sur scène est vrai. Grâce au travail mené avec Anne, j’ai pu franchir une étape décisive et oser m’adresser directement au public. Il y a quinze ans, je traversais cette pièce seule. Aujourd’hui, j’invite les spectateurs à m’accompagner et je leur tends la main pour partager ce voyage.
Vous parlez de voyage…
Caroline Silhol : C’est une traversée d’une heure vingt dans la vie de cette comédienne exceptionnelle. On rit, on pleure, on se laisse emporter dans un condensé des multiples existences qu’elle a vécues en une seule soirée. Vivien Leigh portait son émotion comme un parfum. Dès qu’elle entrait, on la percevait aussitôt. C’est cette fragrance que j’essaie de transmettre. Elle réunissait la fragilité et le feu, avec une ironie tendre envers elle-même comme envers les autres.
Elle pouvait affirmer avec une franchise désarmante qu’elle détestait Hollywood, parce que tout y était faux, jusqu’au climat qu’elle jugeait ridicule. Cette lucidité et cette liberté de ton me bouleversent. Elle me touche aussi parce qu’elle ne perd jamais son sens de l’humour, même face à la douleur. Les spectateurs me disent souvent qu’ils ont l’impression de se promener avec elle. C’est exactement ce que je cherche. Les embarquer et les extraire un instant du quotidien, qui est plutôt morose…
Qu’est-ce qui vous avait frappée, lors de la première lecture de ce texte ?

Caroline Silhol : Je crois que le coup de foudre a été immédiat. J’avais toujours refusé les rôles d’actrice, le plus souvent parce que je ne m’y reconnaissais pas, ou du moins parce que je n’y trouvais pas ma vérité. Un jour, mon amie Suzanne Tarzière, qui est agent littéraire, m’a envoyé, comme elle le fait régulièrement, différents textes, parmi lesquels une pièce de la dramaturge américaine Marcy Lafferty.
Dès les premières lignes, j’ai ressenti une évidence. Vivien Leigh est une femme et une actrice qui se confondent, qui se perdent l’une dans l’autre. J’ai été touchée par son sens du comique, son esprit vif, sa pugnacité, son tempérament passionné, et en même temps par son extrême fragilité. J’ai su alors que je voulais non seulement l’incarner, mais aussi l’adapter, parce que j’avais envie de m’approprier ce texte et de me glisser dans ce parcours flamboyant autant que singulier.
La pièce éclaire aussi une époque, celle du cinéma et du théâtre du milieu du XXe siècle…
Caroline Silhol : Absolument. On découvre beaucoup sur Vivien Leigh, sa carrière, sa maladie, sa vie, mais aussi sur Hollywood, son âge d’or et une société alors très rétrograde. Elle a traversé des films immenses comme Autant en emporte le vent ou Un tramway nommé désir. La rencontre avec Blanche DuBois fut d’ailleurs tragique, car elle portait en elle une maniaco-dépression — ce qu’on appelle aujourd’hui bipolarité — qui n’avait jamais été diagnostiquée. Cette faille a nourri son éclat autant qu’elle l’a fragilisée.
Elle était comme un diamant brut, dont la lumière trop vive a marqué l’imaginaire collectif. Le jour de sa mort, tous les théâtres de Londres ont laissé leurs lumières allumées toute la nuit. Vous imaginez ? Ce geste seul dit l’admiration qu’elle inspirait. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que nous avons en partie perdu cette capacité d’admiration. C’est aussi pour cela que j’ai envie de la faire revivre, pour que l’on se souvienne de ce qu’elle a incarné.
Qu’aimeriez-vous que le spectateur garde en mémoire en sortant de la salle ?

Caroline Silhol : De l’admiration, encore une fois. Aujourd’hui, on admire de moins en moins : on juge, on commente, on survole, mais on n’admire plus. Moi, j’ai de l’admiration pour Vivien Leigh, pour son courage, son humour, sa capacité à aller au bout de ses rêves, coûte que coûte. J’aimerais que les spectateurs sortent de la salle en se disant : quelle femme ! Une actrice qui, même dans ses instants les plus sombres, savait rire d’elle-même et tendre un miroir à son époque. Et si, en une heure vingt, je peux leur faire ressentir cette intensité, alors le pari est gagné.
Votre carrière est jalonnée de rôles intenses autant que flamboyants au cinéma ou au théâtre. Y a-t-il encore des rôles dont vous rêvez ?
Caroline Silhol : Oh oui, et heureusement ! J’aimerais jouer un rôle d’homme. Cyrano de Bergerac, par exemple. C’est un rêve, mais évidemment, personne ne me le proposera. Je n’ai jamais joué Tchekhov non plus, et j’en ai très envie. J’ai mille désirs, qui ne seront sans doute pas tous comblés, mais c’est heureux ainsi, car ce sont eux qui font vivre.
Scarlett O’Hara – La dernière conférence de Vivien Leigh, de Marcy Lafferty
Théâtre de Passy
Du 2 septembre au 30 décembre 2025
Durée 1h15.
Dates passées
Le Mois Molière Avignon – Le Petit Louvre – Festival Off Avignon
Du 5 au 26 juillet 2025 à 16h30, relâche mercredi
Poche Montparnasse Jusqu’au 4 mai 2025
Adaptation et interprétation : Caroline Silhol
Collaboration artistique : Anne Bourgeois
Lumières : Denis Koransky
Musique : Nicolas Jorelle
Costumes : Christophe Lebo assisté de Nadège Bulfay.