Marie Fourcin © Sixtine

Marie Fourcin : « Fauves, c’est l’énergie brute des premières fois »

Le festival bat son plein au TU-Nantes jusqu’au 16 octobre. Trois semaines d’effervescence scénique où les jeunes compagnies présentent leurs premières créations. Rencontre avec la coordinatrice du festival qui défend l’audace et la fragilité des débuts.
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Comment est né le festival ?

Marie Fourcin : Le TU accompagne depuis des années l’émergence artistique, mais on constatait que les jeunes compagnies manquaient cruellement de visibilité. En début de parcours, les artistes peinent à être programmés en raison de leur manque de notoriété. Or, sans visibilité, leur travail demeure méconnu. Un cercle vicieux s’installe. 

Putain de route de Campagne ! de la Cie le Foutoir © Laura Severi
Putain de route de Campagne ! de la Cie le Foutoir © Laura Severi

L’idée a été de transformer ce moment difficile en tremplin. Fauves est né de la volonté d’offrir un espace aux premières créations, dans des conditions professionnelles, avec du temps, des moyens et de la bienveillance.

Ce festival s’inscrit aussi dans la continuité de nos dispositifs d’accompagnement – Propulse pour les étudiants-artistes, ou Envol, que nous menons avec le Conservatoire de Nantes et la Ville. Tous deux aident les jeunes à franchir la passerelle entre études et professionnalisation.

Pourquoi ce nom, Fauves ?

Marie Fourcin : Le nom est venu d’un brainstorming collectif avant ma prise de poste. Il évoque une énergie instinctive et juvénile, quelque chose de brut et d’indompté, à l’image de ces artistes qui se lancent. Ce sont des projets qui tâtonnent, qui osent, des gestes en devenir. Fauves, c’est cette vitalité-là, celle des premières fois où tout est encore possible.

Quelle est la ligne artistique du festival ?

Marie Fourcin : Ce sont trois semaines consacrées aux premières créations. On y découvre du théâtre, de la danse, de la performance, du chant, mais aussi des formes plus hybrides. Les projets présentés sont à différents stades. Certains en sont à la maquette, d’autres en cours de création, et quelques-uns déjà finalisés, mais encore en début de diffusion.

L'Odeur du gel d'Emily Evans - Cie Brûlante © Julie Cherki
L’Odeur du gel d’Emily Evans – Cie Brûlante © Julie Cherki

Ce mélange de formes et d’étapes correspond parfaitement à l’esprit du TU. L’idée est d’accompagner les processus de création autant que les œuvres achevées. Nous restons attentifs à ce que propose cette jeune scène artistique, à ces nouvelles écritures, à ces rapports renouvelés au public, à cette curiosité pour les croisements entre disciplines. C’est une façon de sentir le pouls de la création contemporaine.

Le festival a-t-il beaucoup évolué depuis sa création ?

Marie Fourcin : Au départ, Fauves durait une dizaine de jours au mois de mai. Depuis l’an dernier, il s’étend sur trois semaines en octobre. Ce changement est à la fois pratique et symbolique. En mai, le campus se vidait, et octobre nous permet de faire de Fauves le coup d’envoi de la saison. C’est un moment fort. L’énergie des jeunes compagnies contamine tout le lieu.

On a aussi renforcé notre dimension nationale en programmant des spectacles issus des réseaux d’aide à l’émergence , comme Puissance 4 ou Triplex avec des partenaires comme Les Subsistances à Lyon ou Le Point Éphémère à Paris. Cela permet aux spectacles de circuler et de donner une vraie continuité à ce que l’on montre ici. C’est d’ailleurs un artiste soutenu dans le cadre de Puissance 4 que nous programmons la semaine prochaine Anthony Martine, qui présente Quand on dort on n’a pas faim

Comment sélectionnez-vous les compagnies programmées ?
Quand on dort on n’a pas faim d’Anthony Martine © Florian Salabert

Marie Fourcin : C’est une programmation partagée. Nolwenn Bihan, la directrice du TU, a rencontré beaucoup d’artistes grâce aux réseaux. Nous repérons aussi des projets locaux pendant la saison, en résidence ou via les dispositifs d’accompagnement.

Il y a une vraie relation de confiance. Souvent, on connaît les artistes en tant qu’interprètes, et on les retrouve ici dans leur premier rôle de metteur·euse en scène, dans leur premier geste artistique. 

Nous travaillons avec le Crous Nantes Pays de la Loire, partenaire historique du festival, qui soutient aussi de jeunes plasticiens avec la Super Galerie, une galerie mobile présente chaque année dans le cadre de Fauves. C’est un festival multidimensionnel, où la scène rencontre les arts visuels et l’expérimentation.

Cette année, un comité de jeunes simplique dans la programmation. Comment est née cette idée ?

Marie Fourcin : Nous avons en effet imaginé le Gang, un collectif d’une dizaine de jeunes âgés de 18 à 30 ans, étudiants ou non pour leur confier une véritable mission, celle de choisir un spectacle qui sera programmé à l’édition suivante.

Au fil de l’expérience, ils découvrent le festival, rencontrent les artistes, apprennent à lire un dossier de création, à débattre et à prendre des décisions. L’an dernier, leur choix s’est porté sur LOdeur du gel, présenté cette année. Nous avons reçu 180 candidatures pour cette sélection, preuve de l’intérêt que suscite cette initiative.

Le Gang © Laura Severi

C’est une aventure passionnante, d’autant que la moitié de notre public a moins de 30 ans. Fauves résonne particulièrement auprès de cette génération, et il nous paraît naturel qu’elle participe à écrire son histoire. Le Gang représente un geste fort, une manière de faire confiance à la curiosité du public pour faire émerger de nouveaux talents.

Fauves, un tremplin plus quun simple festival ?

Marie Fourcin : Oui, et c’est même sa raison d’être. Nous voulons que les compagnies repartent avec des outils concrets, comme des captations professionnelles, un accompagnement administratif, des conseils sur la diffusion, etc.

Parfois, cela passe par des choses très concrètes, comme apprendre à rédiger un contrat de cession, savoir comment aborder un lieu ou construire un budget.

Nous avons également obtenu une aide de la DRAC afin d’accompagner les artistes au-delà de leur passage sur scène.

Le festival devient ainsi à la fois un moment de visibilité et un moment d’apprentissage, où l’équipe du TU reste disponible, bienveillante et attentive aux besoins des artistes.


Festival Fauves
TU-Nantes
Jusqu’au 16 octobre 2025

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