Au festival Trajectoires, on peut découvrir votre dernière pièce On va s’aimer créée en 2025. Comment est né ce projet chorégraphique ?
Pauline Bigot : Avec Steven, nous aimons travailler avec des contraintes fortes, et pour cette création, nous voulions développer une écriture chorégraphique très spécifique. Nous avons travaillé autour de deux références : la danse de couple sur glace et Fragments d’un discours amoureux. D’abord, nous nous sommes penchés sur la dissection du sentiment amoureux que l’on retrouve dans le livre de Roland Barthes, puis sur l’étude des mouvements de cette discipline sportive très codifiée. Nous avions envie de traverser les différentes manières de vivre l’amour et d’être en relation à l’autre.
Comment vous êtes-vous approprié le texte de Roland Barthes ?

Steven Hervouet : C’est un ouvrage que nous connaissions depuis une dizaine d’années. Ce qui nous a intéressés, c’est son approche analytique, quasi scientifique, qui met le romantisme à distance. Le titre de la pièce sonne comme un élan mais aussi comme une quête. Il annonce quelque chose de léger et de joyeux, mais nous nous sommes aussi inspirés du côté sombre et pessimiste du texte de Barthes.
Qu’êtes-vous allé chercher dans la danse de couple sur glace ?
Pauline Bigot : Nous avions envie de donner à voir un homme et une femme au plateau dans une narration amoureuse qui réactualise un peu les codes genrés. Il y a des résonances entre les figures imposées dans le patinage artistique et les schémas amoureux dans lesquels nous sommes peut-être encore un peu trop enfermés. D’un point de vie technique, glisser sur de la glace évoque quelque chose de très fort et de très fragile à la fois, exactement comme le sentiment amoureux. C’est un terrain de jeu passionnant d’étudier comment les personnes s’y déplacent, interagissent.
Steven Hervouet : Nous voulions aussi interroger et battre en brèche l’idée de fusion amoureuse, comment il est possible de « défusionner ». Là aussi le parallèle avec la danse de couple sur glace est flagrant. Les centres des deux partenaires sont extrêmement connectés. Dans les déplacements, les corps sont très proches, très interdépendants. Nous sommes allés chercher autre chose.
Comment avez-vous travaillé ? Vous vous êtes mis au patinage ?
Steven Hervouet : Avec Pauline, nous avons passé de nombreux dimanches après-midi à regarder le patinage artistique à la télévision quand nous étions enfants. Nous nous sommes replongés dans ces souvenirs puis nous avons visionné beaucoup de vidéos de compétitions en duos mais aussi en solos, regardé beaucoup de photos de début et de fin de programmes. Nous avons été très marqués par le couple Jayne Torvill et Christopher Dean [NDLR : le couple britannique a reçu la note parfaite de 6 par tous le juges pour leur performance sur le Boléro de Ravel aux Jeux Olympiques d’Hiver de Sarajevo en 1984]. On aime leur audace. Mais plus largement, ce sport permet d’explorer beaucoup d’émotions humaines qui ont inspiré notre écriture.
Avez-vous nourri votre travail artistique de ce que vous vivez en tant que couple ?

Pauline Bigot : Forcément. Nos obsessions personnelles et intimes traversent la création, mais tout est ensuite écrit. Ce n’est pas notre intimité qui est exposée au plateau, mais elle inspire le travail. Le processus a aussi été enrichi par les témoignages des personnes qui nous ont accompagnés pendant la création. De manière très spontanée, tout le monde a donné un avis personnel sur des questions qu’on se posait. C’était passionnant.
Avez-vous le sentiment que les spectateurs se projettent, ou au contraire prennent de la distance face à la pièce ?
Steven Hervouet : Les réactions du public sont très diverses. Certains spectateurs se reconnaissent profondément, d’autres sont déstabilisés. La pièce met en lumière quelque chose de leur quotidien. Elle questionne l’amour, l’interdépendance, la solitude.
Revenons un peu sur votre parcours. Vous avez créé votre compagnie AmieAmi en 2020. Quel regard jetez-vous sur ces cinq dernières années ?
Pauline Bigot : En 2020, beaucoup d’activités étant à l’arrêt, nous avons pris le temps de formuler les choses et de lancer la compagnie. Au final ces années ont été très intenses et très riches. D’autant que nous avons à cœur de continuer d’être interprètes pour d’autres chorégraphes. Nous avons appris énormément de métiers, porté de nombreux projets et rencontré des partenaires qui nous ont fait confiance très tôt. Malgré les réalités difficiles du secteur, nous avons le sentiment d’avoir été soutenus à des moments charnières et ça nous a portés.
Steven Hervouet : Notre première pièce La Reverdie, et sa version jeune public La Reverdie bambini, a reçu un bel écho. Nous continuons à la jouer trois ans après sa création.
Souhaitez-vous poursuivre le travail autour du duo ou vous ouvrir à d’autres formes plus collectives ?
Pauline Bigot : Notre prochaine pièce Pop Up sera aussi un duo destiné au jeune public. Nous avons répondu à l’invitation de Jean-François Munnier, le directeur de l’Étoile du Nord qui, dans le cadre de Concordan(s)e Kids ,nous a proposé de travailler avec l’auteur-illustrateur Bastien Contraire. Mais à plus long terme, nous envisageons un quatuor dans lequel je ne serai pas interprète au plateau.
On va s’aimer de Pauline Bigot et Steven Hervouet
Création les 7 et 8 mars 2025 au Théâtre de l’Oiseau-Mouche à Roubaix (59)
Durée : 55 mn
Tournée
Le 16 janvier 2026 au Quatrain à Haute-Goulaine (44) dans le cadre du festival Trajectoires
Les 20 et 21 janvier 2026 au TU-Nantes (44)
Conception et interprétation – Pauline Bigot et Steven Hervouet
Création sonore de Jonathan Seilman
Création lumière de Léa Maris
Dramaturgie d’Héloïse Desrivières
Regard extérieur – Matthieu Patarozzi
Conception électronique – Damien Simon