Pourquoi teniez-vous à marquer les 50 ans du Parvis Saint-Jean ?
Maëlle Poésy : Ce n’était pas qu’un simple anniversaire. Cela marquait aussi un moment décisif pour le CDN et pour le projet que je défends. Depuis quatre ans, un vaste chantier de rénovation a transformé les espaces d’accueil des deux théâtres, la salle Jacques Fournier et le Parvis Saint-Jean, jusqu’à imposer une fermeture de six mois. La réouverture coïncide avec cette date symbolique. C’était l’occasion de proposer au public une autre expérience du lieu.
La circulation a été entièrement revue, la billetterie déplacée, le bar recentré, un foyer pour les artistes, de larges fenêtres ouvertes sur la rue. Ces choix apportent davantage de clarté, de lisibilité et de confort. Ils traduisent aussi le projet artistique, celle de la volonté d’un théâtre plus accessible, plus lisible dans son organisation comme dans sa relation au public.
Comment avez-vous imaginé cette soirée anniversaire ?

Maëlle Poésy : Comme une célébration, mais aussi comme un geste politique et poétique. Avec Kevin Keiss, auteur associé à mon projet à la tête du CDN, nous avons voulu honorer l’utopie de la décentralisation sans tomber dans une célébration figée du passé. L’idée était de tendre un miroir vers l’avenir. Nous avons donc passé commande aux auteurs et autrices associés.
Gustave Akakpo s’est emparé de l’histoire vertigineuse du Parvis, ancienne église aux multiples vies, désacralisée, réinvestie, puis devenue lieu de création artistique. Claire Barrabès a travaillé sur la décentralisation, son origine, son sens, ce qu’elle a porté après la Seconde Guerre mondiale. Le Munstrum Théâtre et Kevin Keiss se sont penchés sur la vie du lieu, les milliers de récits, les compagnies, les métiers, la question de nos fictions collectives. Enfin Karima El Kharraze et Julie Ménard ont dialogué avec des lycéens pour interroger leur vision du théâtre dans cinquante ans et l’utopie qu’il peut encore incarner.
Comment ces textes ont-ils pris forme sur scène ?
Maëlle Poésy : Ils ont été mis en scène par plusieurs artistes et interprètes pour construire une soirée-puzzle, composée de petites formes aux esthétiques très contrastées, allant de quinze à vingt-cinq minutes. L’ouverture se faisait par un montage sonore, comme une radio sensible où l’on entendait les voix de celles et ceux qui ont dirigé le lieu, mais aussi de figures essentielles de sa mémoire quotidienne, des personnes restées dans l’ombre, mais profondément liées à la vie du théâtre. Ce tissage de paroles venait rappeler que l’histoire d’un lieu est faite autant par ses artistes que par celles et ceux qui l’ont fait fonctionner jour après jour.
Quelle atmosphère en ressortait ?
Maëlle Poésy : Une effervescence joyeuse, une énergie presque vertigineuse. La construction du spectacle s’est faite dans un temps très court, avec une générale et une représentation unique. Il fallait assembler toutes ces propositions en une seule journée. J’ai travaillé toute la semaine avec les lycéens et l’ensemble a pris la forme d’une émulation collective intense, traversée par une forme de fête. Cette création éphémère, pensée pour une seule nuit, disait quelque chose de profondément théâtral et vivant, avant de se conclure par une grande fête partagée autour d’un DJ SET.
Dans le prolongement de cette soirée, la Semaine des Écritures Contemporaines, qui commence le 2 décembre, occupe une place centrale dans votre projet. Pourquoi ?

Maëlle Poésy : Ce temps fort met au cœur ce qui fonde le théâtre actuel, les écritures plurielles et contemporaines. Très souvent, le public méconnaît les processus d’écriture et le travail des auteurs et autrices d’aujourd’hui. Cette semaine leur donne un espace de visibilité et de rencontres, elle fait du théâtre un foyer vivant où les textes, les corps et les voix se croisent. Elle permet de rendre visibles des présences qui ne sont pas lointaines, mais bien au centre du plateau.
Quel fil conducteur pour cette troisième édition ?
Maëlle Poésy : Kevin Keiss réunit cette année les auteurs et autrices sur la question du désir. Après les avoir interrogés l’année passée sur ce que peut la littérature, Kevin impulse auprès des auteurs cette année la question de ce qui nous rend désirants, comment le désir agit comme force de vie et d’espoir, comment il résiste au pessimisme de notre époque. Les auteurs et autrices invités écrivent à partir de cette matière sensible, partagée tout au long de la semaine.
Comment se déploie concrètement la programmation ?
Maëlle Poésy : Elle prend de multiples formes. Les « lundi en coulisses » autour des textes de Thibault Fayner est un moment de lecture à voix haute et public par un groupe mêlant amateurs et professionnels. Le soir, les élèves du Conservatoire s’emparent des textes et poèmes de Mohammed Al Qudwah, auteur palestinien en résidence toute cette année au CDN. Le mardi, un moment d’échange réunit les auteurs et les élèves du master écriture autour des textes écrits pendant les ateliers, avec des retours et un dialogue vivant.
Le jeudi, les auteurs présentent au plateau les textes qu’ils ont écrits durant la semaine sur la question du désir, dans une lecture mise en scène collectivement. Le vendredi, un préambule donne la première mise en voix publique d’un texte de Claire Bosse-Platière, dernier volet d’une trilogie sur les violences faites aux femmes. Chaque rendez-vous cherche à inventer une forme singulière de rencontre.
Quel regard portez-vous sur ces temps forts après deux éditions ?

Maëlle Poésy : Une vraie joie. Ils permettent de révéler la richesse et la complexité du travail d’écriture, de montrer comment se fabrique un texte théâtral, comment une pensée se construit.
Quels sont les autres rendez-vous à venir du Théâtre Dijon Bourgogne ?
Maëlle Poésy : Théâtre en mai reste un grand moment à venir, tout comme les créations en préparation et les projets portés par les artistes associés. Mais au fond, ce qui importe, c’est de continuer à faire du TDB un lieu de circulation des imaginaires, où le passé nourrit le présent et où l’écriture reste un espace de désir, de mouvement et de partage.
Théâtre Dijon Bourgogne
La semaine des écritures contemporaines
du 8 au 12 décembre 2025