Raphaël de Almeida Ferreira © Denis Allard

Raphaël de Almeida Ferreira : « Le Jeune Théâtre National a pour mission de faire entrer une génération d’artistes dans la vie professionnelle »

À sa tête depuis l'automne 2025, le directeur de Prémisses entend renforcer ce rôle de passerelle entre formation et métier. À l'occasion du festival JT26, il précise les missions de l'institution et les perspectives qu'il souhaite ouvrir.
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Le Jeune Théâtre National existe depuis plus de cinquante ans. Comment définir aujourd’hui son rôle ?

Raphaël de Almeida Ferreira : Le JTN, qui en effet a été créé en 1971, agit d’abord comme une structure d’insertion professionnelle pour les artistes qui sortent du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris et de l’École du Théâtre national de Strasbourg. Historiquement, l’institution s’est construite autour de ces deux écoles nationales et cette mission reste centrale.

Aujourd’hui, nous accompagnons environ cent quarante artistes, principalement des comédiennes et des comédiens. Notre travail consiste à faciliter leur passage entre la formation et l’entrée dans le métier. Le JTN assume aussi un rôle plus large. L’institution contribue à la professionnalisation des artistes diplômés des écoles publiques de théâtre et développe des outils qui peuvent bénéficier à l’ensemble du réseau des écoles supérieures. Nous diffusons des informations professionnelles, nous mettons à disposition un répertoire d’artistes accessible aux professionnels et nous participons ou initions des actions qui favorisent la circulation entre les écoles et le secteur professionnel.

Les artistes bénéficient du dispositif pendant trois ans. Que se passe-t-il durant cette période ?
La Détente de Rahpaël Gautier, Cie NYXs ©  Théâtre de l'Elysée
La Détente de Rahpaël Gautier, Cie NYXs © Théâtre de l’Elysée

Raphaël de Almeida Ferreira : Lorsqu’un artiste sort du Conservatoire ou de l’École du TNS, il devient bénéficiaire du JTN pendant trois ans. Ce temps correspond à un moment très particulier. Les artistes quittent l’école et doivent comprendre le fonctionnement du secteur, rencontrer des équipes et trouver leurs premiers engagements.

Avec les deux écoles nationales, nous défendons l’idée d’un parcours global de six ans. Les artistes passent trois années en formation puis trois années en insertion professionnelle. Le JTN prolonge ainsi le travail des écoles en accompagnant concrètement leur entrée dans la profession.

Durant ces trois années, nous organisons des auditions, l’une de nos principales activités, nous relayons des opportunités professionnelles, nous soutenons financièrement certains projets lorsque cela permet d’améliorer les conditions d’emploi des artistes et nous développons un écosystème d’actions qui favorise les premières rencontres professionnelles, l’accès aux premiers engagements. 

La question de l’égalité d’accès au métier semble très présente dans votre projet.

Raphaël de Almeida Ferreira : Les écoles ont profondément évolué ces dernières années. Elles accueillent aujourd’hui une diversité beaucoup plus grande de profils, de parcours et d’imaginaires. Le JTN doit prolonger ce mouvement. Nous devons veiller à ce que cette diversité trouve réellement sa place dans le monde professionnel. Favoriser l’égalité d’accès à l’emploi fait pleinement partie de notre mission de service public.

Les auditions que nous organisons répondent aussi à cet objectif. Des metteurs en scène viennent rencontrer les artistes et le dispositif ne permet pas de présélection sur dossier. Les acteurs passent l’audition dans les mêmes conditions et la rencontre se fait dans l’espace du jeu. À l’issue de ces auditions, les employeurs peuvent bénéficier d’une aide à l’emploi pour salarier les artistes. Ce dispositif contribue à créer des premières opportunités de travail.

Le JTN agit donc aussi comme un lieu de rencontres.
Magnus / Palimpseste d’après Sylvie Germain, mise en scène d’Antoine Werner, Compagnie Les Faux Menteurs © Nicolas Lascourreges

Raphaël de Almeida Ferreira : C’est même l’une de ses fonctions essentielles. Ces échanges permettent aux jeunes artistes de mieux comprendre l’écosystème dans lequel ils vont travailler et d’acquérir certains outils qui ne sont pas toujours abordés pendant la formation. Les écoles sont d’abord des écoles de jeu. Elles forment des acteurs et des actrices. Le temps de l’insertion professionnelle constitue donc un moment complémentaire où l’on apprend à se situer dans le secteur.

Je souhaite aussi élargir les perspectives professionnelles. Les comédiennes et les comédiens travaillent aujourd’hui dans des espaces variés. Le théâtre reste central mais il existe aussi des débouchés dans le cinéma, l’audiovisuel ou la radio. Nous allons donc développer des rencontres avec des agents, des directeurs de casting et d’autres professionnels de ces secteurs. Le JTN peut également devenir un lieu de circulation entre disciplines. Les artistes de théâtre doivent pouvoir rencontrer ceux de la danse ou du cirque. Ces croisements peuvent susciter des collaborations importantes car le JTN est précisément ce lieu où une génération d’artistes se rencontre au moment d’entrer dans le métier.

Le festival JT26 s’inscrit dans cette dynamique. Quelle est sa vocation ?

Raphaël de Almeida Ferreira : Le festival s’inscrit dans une histoire plus large. Depuis plusieurs années, le JTN soutient la jeune création et accompagne les premiers projets portés par des artistes issus des écoles. Ce temps fort rassemble des artistes à un moment très précis de leur parcours. Il s’agit d’un festival générationnel qui met en lumière des équipes récemment diplômées des écoles publiques de théâtre. L’idée consiste aussi à faire écho au paysage des douze écoles supérieures nationales d’art dramatique diplômantes et à ce qui s’y invente aujourd’hui.

Cette année, sept propositions sont présentées. Certaines prennent la forme de maquettes tandis que d’autres correspondent à des spectacles déjà plus avancés. Nous avons souhaité refléter la diversité des démarches artistiques qui traversent cette génération.

Comment les projets sont-ils sélectionnés ?
Faire la nique d’Apolline Clavreuil – Collectif La Vivace © Rodolphe Escher

Raphaël de Almeida Ferreira : Nous avons lancé un appel à projets et reçu environ soixante candidatures. Pour participer, les artistes devaient être diplômés d’une école publique de théâtre depuis moins de cinq ans. Les projets ont été étudiés par un comité composé des partenaires du festival. Le Théâtre Silvia Monfort, le Théâtre de la Cité internationale et le Grand Parquet ont participé à cette sélection. Ensemble, nous avons retenu sept propositions en veillant à représenter différentes écoles et différentes esthétiques. Nous n’avons pas cherché à imposer une ligne éditoriale unique. L’objectif consistait plutôt à montrer ce qui se fabrique aujourd’hui à l’échelle d’une génération.

Vous souhaitez cependant faire évoluer le rôle du festival.

Raphaël de Almeida Ferreira : Le paysage de la jeune création a beaucoup changé ces dernières années. De nombreux festivals offrent déjà des espaces de visibilité. Le rôle du JTN consiste peut-être davantage à accompagner les conditions de création. Nous devons réfléchir à la manière dont les premières œuvres se construisent, se produisent et se diffusent.

Cette année, nous avons par exemple proposé un accompagnement à la diffusion et organisé une séance de travail consacrée aux prix de cession des spectacles avec de jeunes administrateurs issus d’autres formations.

Nous avons également demandé au photographe Christophe Raynaud de Lage de documenter toutes les créations afin que les équipes repartent avec des images utiles pour leur diffusion. Le festival devient ainsi un moment dans une trajectoire plus longue. Il ne s’agit pas seulement d’un espace de visibilité, mais d’une étape dans le développement des projets.

Votre projet insiste aussi sur les conditions d’entrée dans le métier.
Ce soir j’ai de la fièvre et toi tu meurs de froid de Julien Lewkowicz © Marie Charbonnier

Raphaël de Almeida Ferreira : Les débuts dans ce métier peuvent être particulièrement fragiles. Les jeunes artistes se trouvent confrontés à la précarité de l’emploi mais aussi à des enjeux plus larges qui traversent aujourd’hui le secteur, notamment en matière de discriminations ou de violences sexistes et sexuelles. Le JTN doit prendre pleinement en compte ces questions. Nous travaillons notamment à améliorer les cadres d’audition et à accompagner les artistes lorsqu’ils rencontrent des difficultés.

Je souhaite porter une attention forte aux trajectoires individuelles. Pendant longtemps, j’ai travaillé sur les conditions de production des équipes artistiques. Aujourd’hui, au JTN, je veux aussi accompagner les parcours des individus qui deviennent artistes et qui cherchent leur place dans ce secteur. À cet endroit précis, celui où une génération entre dans le métier, les rencontres et les dispositifs que nous mettons en place peuvent devenir déterminants. 

Vous avez également porté le dispositif Prémisses ces dernières années. Quel avenir lui imaginez-vous au sein du JTN ?

Raphaël de Almeida Ferreira : Prémisses va rejoindre le JTN et s’inscrire dans la dimension nationale de l’institution. Nous réfléchissons actuellement à la manière de l’intégrer pleinement au projet. Le dispositif aura bientôt dix ans et ce moment constitue sans doute l’occasion de le repenser. Le contexte artistique, économique et professionnel a beaucoup évolué depuis sa création et les nouvelles générations d’artistes ne travaillent plus exactement dans les mêmes conditions.

Nous devons donc regarder comment ce projet peut continuer à accompagner la production des jeunes équipes tout en s’articulant avec les missions du JTN. L’idée consiste à trouver une forme qui dialogue avec ce que nous développons autour du festival JT et plus largement avec notre réflexion sur les conditions de création et de production des premières œuvres.


JT 26
Le Jeune théâtre national
du 12 au

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