Soa Ratsifandrihana © Lara Gasparotto
© Lara Gasparotto

Soa Ratsifandrihana : « Le travail de transmission m’a ramenée à la source de pourquoi je danse »

La danseuse et chorégraphe d’origine malgache installée à Bruxelles est à l’affiche des festivals June Events et La Maison Danse Uzès avec trois de ses pièces. Enceinte de sept mois, elle a transmis deux d’entre elles. Une expérience nouvelle pour elle qui l’amène à s’interroger sur la manière d’habiter le mouvement.
1 juin 2026
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Enceinte, vous avez récemment passé la main à différentes interprètes pour deux de vos pièces. Comment avez-vous envisagé ce travail de transmission ?

Soa Ratsifandrihana : Pour mon premier solo g r oo v e, j’ai travaillé avec Amina Abouelghar, une danseuse et chorégraphe basée à Bruxelles, d’origine égyptienne. Il y a un canevas très précis, avec des points d’ancrage forts, notamment parce que la pièce est très articulée avec la musique. L’écriture reste donc très rigoureuse. Mais à l’intérieur de cette structure, Amina apporte aussi ses propres références. Collaborer avec quelqu’un qui n’a ni le même corps, ni le même parcours, ni les mêmes références que moi m’intéressait beaucoup.

Qu’avez-vous cherché à préserver en priorité dans cette transmission ?
Soa Ratsifandrihana - Joel Rabesolo © Tine Declerck
Soa Ratsifandrihana et Joel Rabesolo © Declerck Tine

Soa Ratsifandrihana : Je trouve plus riche de voir comment la pièce peut résonner autrement plutôt que de chercher une reproduction à l’identique. Même si c’est une pièce très personnelle, il existe des interstices où Amina peut proposer sa propre lecture. L’enjeu était de trouver suffisamment de flexibilité pour qu’elle puisse véritablement se l’approprier. Ça s’est fait très naturellement. Moi, je viens avec des références très personnelles : l’afindrafindrao, danse traditionnelle malgache du XIXe siècle, les lignes stylisées du madison ou encore le popping… mais elle a ses propres références liées à son histoire et à son parcours en Égypte. Toute la pièce repose sur un principe de citations et de transformation des références. Ce qui me rend curieuse, c’est la manière dont elle s’empare de cette matière et la transforme à son tour.

g r oo v e est une pièce centrale dans votre parcours. Comment définiriez-vous cette notion de groove ?

Soa Ratsifandrihana : En 2021, ce solo répondait à une interrogation : comment ai-je envie de danser aujourd’hui ? À quoi ai-je envie de faire de la place ? Après plusieurs années comme interprète dans la compagnie Rosas d’Anne Teresa De Keersmaeker, je ressentais le besoin de revenir au plateau avec toutes mes références personnelles. Ce solo est né de cette nécessité. Le groove relève davantage d’une vibration, d’un ressenti, d’une sincérité du mouvement que d’une pratique codifiée. Le travail de transmission de g r oo v e m’a permis revenir à la source de pourquoi je danse, pourquoi cela m’est nécessaire.

Qu’est-ce qui peut vous éloigner de cette nécessité quand on est interprète ?

Soa Ratsifandrihana : Parfois, à force de vouloir déconstruire, on oublie l’essentiel : cette interaction directe avec ce qui nous entoure. Les danseurs qui me bouleversent sont ceux qui restent profondément à l’écoute de tous les éléments autour d’eux. On le voit immédiatement dans leur corps. Pour moi, le groove reste surtout un désir, un appétit, un élan.

Qu’en est-il de votre pièce Fampitaha, fampita, Fampitàna?

Soa Ratsifandrihana : Elle permet que je sois encore présente au plateau. Je vais moins danser mais davantage assurer les passages chantés. Nous étions trois danseurs à la création, puis deux autres interprètes ont rejoint la pièce. Cela offre aujourd’hui une certaine souplesse dans la distribution.

Et votre duo Quelle Aurore créé en 2025 à Vive le sujet ! Tentatives à Avignon ?
Fampitaha, fampita, fampitàna - Soa Ratsifandrihana © Harilay Rabenjamina
« Fampitaha, fampita, fampitàna » © Harilay Rabenjamina

Soa Ratsifandrihana : Nous avons recréé la pièce en janvier pour le festival Parallèle à Marseille, avec de nouveaux costumes et une adaptation à la boîte noire, ce qui permet désormais de la jouer autant en extérieur qu’en intérieur. Avec Anaïs, alias Bonnie Banane, nous sommes devenues très proches. La pièce s’est construite à partir de notre rencontre, donc la question de la transmission était particulière : est-ce qu’une pièce aussi liée à une relation peut être transmise ?

Finalement, la réponse est oui ! Il fallait simplement trouver quelqu’un venant du mouvement, puisque Bonnie vient plutôt du théâtre et du chant. La rencontre avec Lÿdie LaPëstE, danseuse et metteuse en scène, a été une évidence. Elle possède une véritable aisance de performeuse. Aujourd’hui, l’idée est qu’Anaïs et Lÿdie composent leur propre duo.

Pour le festival June Events, en partenariat avec la programmation Vivant Monument (Centre des monuments nationaux), les pièces sont données à la Sainte-Chapelle. Cela change-t-il quelque chose dans votre approche ?

Soa Ratsifandrihana : Oui, forcément. Ce n’est pas la première fois que je suis invitée dans des lieux très marqués symboliquement. Nous avons joué Quelle Aurore au Jardin de la Vierge à Avignon, qui possédait déjà une forte personnalité. La Sainte-Chapelle apporte évidemment d’autres enjeux. Certains éléments dramaturgiques seront adaptés sur place. Il y a aussi quelque chose d’assez amusant dans la confrontation entre des objets très contemporains, comme nos tapis de course, et un lieu aussi chargé historiquement.

Vous vivez à Bruxelles où vous avez fondé votre compagnie Kintana en 2025. Vous serez artiste associée dès septembre 2026 à Charleroi danse pour trois saisons. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous fixer en Belgique ?

Soa Ratsifandrihana : Cela fait maintenant dix ans que j’y vis. Il y a beaucoup de facteurs : les rencontres, les amis, la vie quotidienne… Et je m’y sens très bien. Les conditions de production sont différentes de celles de la France. Jusqu’à présent, j’ai eu le sentiment d’avoir davantage d’espace pour chercher et créer. Bruxelles est une ville extrêmement diverse, traversée par plusieurs cultures et langues. Elle dégage une émulation artistique que j’adore.

Quels sont vos futurs projets ?
Soa Ratsifandrihana, Bonnie Banane- quelle aurore © Christophe Raynaud de Lage
Soa Ratsifandrihana et Bonnie Banane, « Quelle aurore » © Christophe Raynaud de Lage

Soa Ratsifandrihana : Je pense déjà à une prochaine création pour 2028. Je n’ai pas encore de thématique précise, mais je comprends de mieux en mieux ce que je cherche à travers les trois projets que j’ai réalisés. Je ressens un fort désir de revenir au mouvement, de poursuivre un travail autour de l’humour, de l’écriture chorégraphique et de l’improvisation. Tous ces éléments traversent déjà mes pièces.

Souhaitez-vous rester interprète ou devenir davantage chorégraphe ?

Soa Ratsifandrihana : J’ai envie que le plateau me manque. J’écris beaucoup à partir de mon propre corps, donc ce sera nouveau de me placer davantage à l’extérieur. Mais cette période de transmission ouvre aussi la compagnie à de nouvelles personnes. Cela me donne envie d’occuper davantage cette place de chorégraphe.

Vous avez aussi exploré d’autres médiums, notamment la création radiophonique avec le documentaire Rouge Cratère. Souhaitez-vous poursuivre dans cette direction ?

Soa Ratsifandrihana : Absolument. Je suis très gourmande artistiquement. La musique est déjà un médium extrêmement important pour moi. Quant à la création radiophonique, elle est née d’un voyage à Madagascar, où j’ai rencontré des historiennes, des conteurs, des chorégraphes. J’ai énormément appris et j’avais envie de partager cela autrement. En danse, il existe parfois une forme de mutisme. Avec Fampitaha, fampita, fampitàna, j’avais envie de sortir de cela et de m’autoriser aussi à prendre la parole. Je souhaite poursuivre cette idée d’objets artistiques complémentaires qui prolongent les projets.


g r oo v e de Soa Ratsifandrihana
1er juin 2026 à la Sainte-Chapelle à Paris dans le cadre de June Events en partenariat avec la programmation Vivant Monument (Centre des monuments nationaux)
Durée 1h15.

27 juin 2026 à Aigues-Mortes dans le cadre de la programmation Vivant Monument (Centre des monuments nationaux) en partenariat avec La Maison danse CDCN Uzès Gard Occitanie

Chorégraphie Soa Ratsifandrihana
Interprétation Amina Abouelghar
Création musicale Alban Murenzi et Sylvain Darrifourcq
Lumières Marie-Christine Soma
Costume Coco Petitpierre
Assistanat et confection du costume Anne Tesson
Archives et regard extérieur Valérianne Poidevin
Regard extérieur Thi-Mai Nguyen


Quelle Aurore de Soa Ratsifandrihana et Bonnie Banane
3 juin 2026 à à la Sainte-Chapelle à Paris dans le cadre de June Events en partenariat avec la programmation Vivant Monument (Centre des monuments nationaux)  
Durée 35 mn

Co-écriture Soa Rastifandrihana et Bonnie Banane
Performance Bonnie Banane et Lÿdie LaPëstE
Conception, chorégraphie Soa Ratsifandrihana
Dramaturgie Sékou Séméga et Maria Dogahe
Création sonore Guilhem Angot
Lumière et direction technique Thomas Roulleau-Gallais
Costumes Constance Tabourga
Recherche Harilay Rabenjamina
Stagiaires Elsy Robert et Haritina Rozanajato
Régie son Guilhem Angot, Jean-Louis Waflart et Paul Boulier
Régie lumière Julien Rauche


Fampitaha, fampita, fampitàna de Soa Ratsifandrihana
5 juin 2026 au festival La Maison Danse Uzès
Durée 1h15

Direction artistique Soa Ratsifandrihana
Chorégraphie et interprétation Audrey Mérilus, Stanley Ollivier, Soa Ratsifandrihana
En alternance avec Elsy Robert et Constant-Amand Bitihuse
La phrase footwork est de Raza
Musique originale et interprétation Joël Rabesolo
Dramaturgie Lily Brieu Nguyen
Collaboration artistique Jérémie Polin Razanaparany aka Raza, Amelia Ewu, Thi Mai Nguyen
Collaboration à l’écriture Sékou Séméga
Lumières Marie-Christine Soma
Costumes Harilay Rabenjamina
Avec la complicité de l’Atelier Costumes du Théâtre Varia – Fabienne Damiean, Baptiste Alexandre, Marie-Céline Debande
Son Chloé Despax, Guilhem Angot
Regard sur les questions de transmission et d’identité Prisca Ratovonasy
Regard extérieur Maria Dogahe
Vidéos Valérianne Poidevin et Antoine Chambre
Régie générale de tournée Thomas Roulleau-Gallais
Régie lumière Julien Rauche
Régie son Guilhem Angot

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