© Pierre Gondard

The Quiet Magic : Les mille couleurs de Daniel Linehan

Au Festival de Marseille, l’artiste américain s’empare du Théâtre des Bernardines avec sa dernière création. Aux côtés du Catalan Victor Pérez Armero, il ouvre un espace tout en douceur et en poésie, dans un rapport presque naïf à la chorégraphie, qui se reçoit avec une curiosité enfantine.
27 juin 2026
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Depuis l’avant-scène plongée dans l’obscurité, des reflets colorés balaient l’espace. Une épaisse feuille plastique dans les mains, Daniel Linehan s’amuse à diffracter la lumière, comme pour mieux s’en émerveiller. D’un geste infime, il fait danser les couleurs qui s’échappent ainsi du spectre, laissant entrevoir la scénographie de The Quiet Magic. Suspendues par des fils invisibles, d’autres feuilles de tailles et formes variées surplombent le plateau. Des mobiles façon Calder qui, tour à tour, habilleront sol et murs de leurs faisceaux si singuliers.

© Pierre Gondard

De ce premier mouvement, qui n’est pas vraiment celui du corps, le chorégraphe tire une écriture qui touche en premier lieu à la sensibilité. Suscitant la curiosité en attirant le regard vers une beauté pourtant toute simple, il réveille d’entrée l’âme d’enfant des spectateurs, les invitant à plonger dans un univers plein de tendresse. Les lumières de Meri Ekola, qui dialoguent en permanence avec ce décor aussi mouvant qu’impalpable scénographié par Cee Füllemann, jouent là un rôle essentiel, donnant à cette pièce une toile de fond délicatement sucrée, où les couleurs sont reines.

Au gré du vent

C’est avec cette même douceur que Daniel Linehan développe son écriture chorégraphique, dans le rapport particulièrement attachant qu’il entretient avec Victor Pérez Armero. The Quiet Magic devient en effet un moment de rencontre, celle de deux corps partageant un même espace et font le choix de le découvrir ensemble. Le duo ne cherche pas à romancer son histoire ni à lui faire porter un quelconque récit. Il évolue simplement là, modelé par son environnement fait de lumières, de couleurs et de sons.

Les notes d’un carillon sonnant au gré du vent comme leitmotiv, les deux danseurs semblent se laisser porter à leur tour par ce qui leur parvient. Ce ne sont pas leurs corps qui donnent l’impulsion. Leurs gestes, leurs regards et leurs sourires viennent comme des réponses aux possibilités qui s’offrent à eux. La pièce qui se joue se déploie ainsi dans toute sa sensibilité, réfutant toute volonté de faire spectacle. Revenir à l’émerveillement enfantin, c’est faire le choix de percevoir le monde avec la candeur de l’inconscience. Une approche qui se retrouve également dans le mouvement.

Au gré du vent
© Pierre Gondard

De la curiosité première – celle qui fait hésiter et se tenir à distance – à la proximité physique avec l’autre, The Quiet Magic reproduit tout ce chemin de l’exploration. Peu à peu, le premier contact se mue naturellement en une énergie créatrice commune. Les deux interprètes se rapprochent, se mêlent, fusionnent. Ils n’en perdent pas leurs identités propres, mais se nourrissent de cet alter ego et d’une émancipation qu’ils apprennent à gagner progressivement. Alors les gestes sont plus amples, plus dessinés, plus affirmés, jusqu’à un sublime tableau porté en solo par Victor Pérez Armero, qui emporte tout dans son désir de liberté.

Si, à l’aune de la dramaturgie, l’écriture chorégraphique convoque quelques figures redondantes et d’autres qui tardent à s’imposer, Daniel Linehan séduit par sa sensibilité. Son plaisir de la danse comme espace de découverte est communicatif. À l’image de cette lumière blanche qui se divise en mille couleurs, le chorégraphe invite au regard et à l’écoute pour révéler tout ce qui nous compose, donnant lieu à une pièce qui se reçoit avec beaucoup de sincérité.

Envoyé spécial à Marseille

The Quiet Magic de Daniel Linehan
Festival de Marseille
25 et 26 mai 2026
Durée 1h

Tournée (à confirmer)
12 au 30 mars 2027 au
CNDC Angers
Mars 2027 au Gymnase – Roubaix

Concept et direction de Daniel Linehan
Chorégraphie et interprétation – Daniel Linehan, Victor Pérez Armero
Dramaturgie – Elisa Demarré
Musique – Adrianne Lenker
Scénographie – Cee Füllemann
Lumière – Meri Ekola
Son – Christophe Rault
Costumes – Frédérick Denis

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