Ils se rencontrent un jour dans une réunion des alcooliques anonymes, qu’ils désertent aussitôt, pour finir ivres morts tous les deux. Elle a la voix éraillée de celle qui a trop fêté ; lui est raide et mal habillé, le corps travaillé par la pauvreté d’une vie d’artiste. Avant, elle écrivait des poèmes et lui était peintre, avant que l’inspiration ne le quitte. Il faudra beaucoup d’allers et de retours avant que ces deux âmes cabossées, nées dans l’imagination du dramaturge britannique Joe White, n’admettent qu’elles s’aiment vraiment, avec ou sans alcool. Le metteur en scène Arnaud Anckaert tente tant bien que mal d’orchestrer ces multiples rencontres, condensées la plupart du temps dans des scènes de quelques minutes, souvent séparées par des fondus au noir, plus ou moins convaincants.
L’amour et la vraie vie
Si la comédienne Caroline Mounier porte avec une certaine fougue ce duo fait d’amour et parfois de haine, force est de constater que le texte souffre d’incohérences, qui donnent une drôle de tonalité à cette romance. Sans doute parce que Blackout songs romantise sans cesse des choses qui n’ont absolument rien de romantique. L’alcoolisme, en premier lieu, qui broie les personnes qui en souffrent. Le spectacle, lui, laisse entendre que la « fête » serait la vraie vie, et la guérison, une forme de renoncement.
Cela se matérialise dans la deuxième partie du spectacle quand, par amour, le peintre (plus si fauché qu’au début du récit) choisit de renoncer au succès, au confort et à une relation saine, pour reprendre les beuveries et, finalement, mourir du mal qui le rongeait, au côté de la femme qu’il aurait le plus aimée. Libre à ceux qui le souhaitent de croire que c’est ça, l’amour.
Blackout songs, de Joe White
11⸱Avignon – Festival Off Avignon
Du 4 au 25 juillet 2026
Durée : 1h20
Mise en scène – Arnaud Anckaert
Interprétation – Fabrice Gaillard, Caroline Mounier
Régie générale – Christophe Durieux



