Amalia Salle © Duy-Laurent Tran
© Duy-Laurent Tran

Amalia Salle, faire corps avec la musique

Au Festival Paris l’été, Vivaldines, sa pièce pour cinq interprètes, occupe l’espace public. Depuis ce manifeste féministe percutant sur les Quatre Saisons, la chorégraphe d’origine argentine trace sa propre trajectoire en mixant danse urbaine et musique baroque.
25 juillet 2026
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Cet été, les Vivaldines surgissent là où on ne les attend pas. À l’occasion du Festival Paris l’été, les cinq danseuses d’Amalia Salle investissent les monuments, les rues ou les hôpitaux. La chorégraphe y voit une évidence. Puisque cette pièce de 2021 – sa première – porte un message féministe, elle doit « pouvoir rencontrer tous les publics ».

Vivaldines - Amalia Salle © Duy-Laurent Tran
Vivaldines © Duy-Laurent Tran

Cette volonté d’aller vers les autres raconte déjà beaucoup d’Amalia Salle. Lors d’un rendez-vous quai de l’Ourcq à Paris, en cet après-midi caniculaire de juillet, on la découvre spontanée et prodigue de paroles pour évoquer son parcours original. Rien a priori ne semblait la conduire jusqu’à la scène chorégraphique contemporaine. C’est pourtant là que depuis 2021, la trentenaire a pris rapidement ses marques, « catapultée » dans un univers dont elle ignorait tous les codes.

Une carte blanche qui agit comme un accélérateur

Née en Argentine, Amalia Salle a grandi en Italie. Elle découvre la danse hip-hop tardivement, à 16 ans. Le coup de foudre est immédiat. Très vite, l’adolescente se sent à sa place. « Ça m’a fait tellement de bien de danser », évoque-t-elle, encore bouleversée. Jusque-là, elle rêvait de devenir chirurgienne, mais elle décide de changer ses plans. Elle choisit d’entrer dans l’école professionnelle MAS (Music Arts & Show) à Milan, avant de rejoindre Paris au début des années 2000 parce que « le niveau de la danse hip-hop y est incroyable ». Tout reste encore à apprendre. Loin de l’effrayer, cette idée continue de la stimuler. Son père lui a légué une phrase qui est devenue un moteur : « Quand tu ne sais pas que tu ne peux pas faire quelque chose, fais-le. » Elle y voit aujourd’hui une des explications à sa façon de saisir les opportunités qui se présentent à elle.

Vivaldines - Amalia Salle © Duy-Laurent Tran
Vivaldines © Duy-Laurent Tran

Pendant des années, Amalia Salle évolue dans ce qu’elle nomme « la danse commerciale ». Puis arrive la crise sanitaire. « Tout s’est arrêté, mais j’ai continué de danser, de créer sans avoir le souci de faire ce qu’on attendait de moi. » En 2021, Culturebox lui offre une carte blanche au débotté. Une pièce de quelques minutes sur Les Quatre Saisons. Cette expérience agit comme un accélérateur. « Ce qui a allumé le feu en moi, c’était vraiment cette sensation de liberté. »

Ce choix de Vivaldi ne doit rien au hasard. La musique classique l’accompagne depuis l’enfance. « Le dimanche, mon père organisait des blind tests de compositeurs. Puis il me demandait de fermer les yeux et de laisser venir les histoires que la musique faisait naître. » Une excellente manière de développer la créativité.

L’énergie du hip-hop combinée aux cadences audacieuses de Vivaldi

De sa double culture chorégraphique et musicale est née une écriture singulière. L’énergie du hip-hop combinée aux cadences audacieuses de Vivaldi. Un cocktail explosif. Vivaldines remporte le Grand Prix aux Sobanova Dance Awards en 2021 et la voilà soudain propulsée dans un univers quasi inconnu. Les soutiens des chorégraphes Mourad Merzouki, qui la programme au festival Kalypso, ou Abou Lagraa, qui l’accueille en résidence à Annonay, la confortent dans son entreprise. Sans oublier Carolyn Occelli, directrice du théâtre de Suresnes Jean Vilar. Celle-ci mise sur la jeune femme et décide de coproduire Affranchies, la pièce qui prolonge Vivaldines.

Cette reconnaissance ne dissipe pas les doutes. « C’est toujours difficile de se sentir légitime en tant que femme y compris dans le milieu chorégraphique. » À cela s’ajoute la découverte des rouages d’un autre univers artistique. Amalia Salle doit se familiariser avec les dossiers de subventions, les coproductions, les résidences, la diffusion. Cumulant les casquettes, elle apprend seule, parfois dans l’urgence, souvent en se trompant. Nulle amertume, mais la conviction que les jeunes compagnies gagneraient à être mieux accompagnées.

Avant que j'oublie d'Amalia Salle © Duy-Laurent Tran
Avant que j’oublie © Duy-Laurent Tran

Désormais, elle se revendique chorégraphe mais refuse un exercice solitaire et se nourrit des propositions de ses danseuses. Son travail se construit dans le dialogue. Avec ses interprètes, elle compose une écriture collective où chacune apporte sa sensibilité. Elle compare volontiers la chorégraphie à la cuisine : « Donnez les mêmes ingrédients à deux chefs et ils ne confectionneront pas la même recette ! »

Une danse qui rencontre le réel

Créer n’a de sens, pour elle, que si la danse rencontre le réel. Ses spectacles abordent des sujets contemporains. Après les injonctions sociales qui pèsent sur les femmes, elle s’est attaquée à la maladie d’Alzheimer et aux liens familiaux dans Avant que j’oublie. Cette attention au monde nourrit déjà ses prochains projets. Les migrations, sujet qu’elle connaît intimement, en font partie. Mais elle refuse de se borner à une inspiration autobiographique. « Avant d’en faire une pièce, je veux d’abord mener un travail d’enquête, écouter d’autres récits, accepter que ma propre expérience n’en constitue qu’une parmi tant d’autres. » Elle se réjouit d’avoir encore tant de choses à apprendre. « Je suis une très jeune chorégraphe, non par mon âge (sic) mais par mon expérience. J’adore l’idée de ne pas savoir ce que je ferai dans dix ans ! »


Vivaldines d’Amalia Salle 
création 2021
du 15 juillet au 4 août 2026 dans le cadre du Festival Paris l’été
durée 20 mn

15 juillet 2026 au Château de Jossigny
19 juillet 2026 au Château de Morsang-sur-Orge
25 juillet et 26 juillet 2026 au Palais de la Porte Dorée, Paris
29 juillet 2026 au Parc du puits Saint-Étienne et au Parc Richelieu, Bagneux
31 juillet 2026 rue Édouard Pailleron, Paris
01 août 2026, quai d’Austerlitz, Paris
02 août 2026, square Léon Frapié, Paris
03 août 2026, hôpital Charles-Foix AP-HP, Ivry-sur-Seine
04 août 2026, rue Tchaïkovski, Paris

Avec Marion Agosta, Tessa Egger, Philippine Dinelli, Fanny Colliard et Anne-Victoria Carrière

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