Alice n’a pas trente ans. Atteinte d’une maladie incurable, incapable de supporter son quotidien ni le poids qu’elle fait peser sur sa mère, elle prend contact avec un médecin zurichois qui accompagne certains de ses patients vers la mort. En Suisse, le suicide assisté n’est pas illégal, à condition qu’il ne réponde à aucun intérêt égoïste et que les souffrances, liées à une pathologie ou à des limitations fonctionnelles, soient jugées insupportables.

Malgré l’opposition farouche de sa mère, croyante et attachée au dogme, Alice s’obstine. Elle choisit de vivre ses derniers jours comme une fête, précisément parce qu’ils sont les derniers. Lukas Bärfuss ne se contente cependant pas de poser la question du suicide assisté, sa pièce brouille volontairement les pistes, multiplie les angles et ouvre de nombreux débats sans offrir de véritable clé de lecture.
Un texte trop dispersé
Au-delà du cas d’Alice, l’auteur interroge les limites de la loi suisse. Celle-ci interdit notamment aux personnes souffrant de dépression de recourir au suicide assisté, même si aucun des patients évoqués dans la pièce ne se trouve dans ce cas. L’auteur met en avant un médecin compatissant, mais controversé, radié de l’ordre et contraint, avec son assistante, d’adopter des méthodes de plus en plus radicales.
Le portrait qu’il en fait oscille entre humanité et dérive. Il relance le débat et ouvre d’autres interrogations, spécialement celles contestées par les opposants les plus farouches, mais finit par laisser perplexe. C’est d’autant plus déroutant que le débat fait toujours rage en France. Le texte sur l’aide active à mourir a été adopté par l’Assemblée nationale le 27 mai dernier. Il est toutefois toujours en attente de relecture par le Sénat.
Soutenue par une distribution solide, la mise en scène de Stéphanie Dussine reste sobre et précise. Pourtant, elle se heurte à un texte qui, à force de vouloir embrasser trop de sujets, s’éparpille. Les intrigues parallèles apportent certes fraîcheur et humour à un thème aussi lourd, mais elles détournent du cœur de la pièce. Au final, le spectacle soulève beaucoup de questions sans en éclairer vraiment aucune. Le public, venu nombreux, ressort frustré, comme laissé au bord du chemin.
Le voyage d’Alice en Suisse d’après Le voyage d’Alice en Suisse, Scènes de la vie de l’euthanasiste Gustav Strom de Lukas Bärfuss
Théâtre de Belleville
du 1er au 30 septembre 2025
durée 1h30
Mise en scène de Stéphanie Dussine
Avec Brigitte Aubry, Nicolas Buchoux, Anne-Laure Denoyel, Stéphanie Dussine, Olivier Hamel, Sébastien Ventura
Traduction d’Hélène Mauler et René Zahnd / L’Arche, 2011
Collaboration artistique – Nathalie Moreau
Scénographie de Margaux Maeght
Création lumière d’Adrien Ribat
Musicien – Charles Saint-Dizier