© Simon Gosselin

Balle de match : Avantage Léa Girardet

Dans sa dernière pièce, l'autrice et metteuse en scène propose de revivre le match de tennis qui opposa Billie Jean King à Bobby Riggs en 1973.
22 janvier 2026
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Une pièce comme un match. Pas le « Billie Jean King Vs. Bobby Riggs » de septembre 1973, une rencontre devenue fameuse, aussi appelée « the battle of the sexes », qui opposait la meilleure joueuse de tennis du monde à un ancien champion à la retraite. Non, en l’occurrence il s’agit plutôt du match que cette même Billie Jean King aura dû mener sa vie durant. Un match contre le patriarcat et pour l’égalité, dont les limites dépassèrent de très loin les lignes de fond de court de l’US Open.

Un match/pièce, ou l’inverse
© Simon Gosselin

La pièce débute par un coup de fil. « Monsieur Nixon à l’appareil. Richard Nixon ». Quelques années avant cette « bataille des sexes » que la pièce évoque, Billie Jean était déjà le nom d’une révolution, celui de la première femme joueuse de tennis à avoir remporté 100 000 dollars de gains, ce qui vaut bien l’appel d’un Président des USA. Ce coup de fil, donc, qui reprend déjà les règles et les codes du match à venir de la vie de l’athlète : à Cour Nixon appelle, à Jardin King décroche. La balle est lancée, la performance peut débuter. Un match/pièce au cours duquel les échanges de tennis deviendront les répliques de Flora Babled et Julien Storini. Jusqu’à leur rencontre sur le court, face à face, sur les planches.

Deux comédiens à la force de composition merveilleuse, que l’écriture de la metteuse en scène et autrice Léa Girardet met à l’épreuve. Flora/Billie et Julien/Nixon sont ainsi rapidement amenés à interpréter autant de rôles que la guerre de King lui en aura fait rencontrer, au sommet desquels un présentateur télé réjouissant. En costume de velours frappé, ce Ron Burgundy théâtral est incarné à la perfection par le comédien, qui devient le Will Ferrell des planches de Belleville. Ou quand un « simple » jeu de mime incarne tout entier la dissonance cognitive que cette Balle de match met en abîme et dont le théâtre est le passeur capital.

Peut-on rire de tout ?

C’est une question toute bête mais importante qui se joue à ce petit instant. Face au présentateur grimacier d’une émission débilitante, le spectateur se fait rieur d’une réalité grotesque. Il n’a pas tort, d’ailleurs, parce qu’il est vraiment drôle, cet abruti d’Anchorman ! Et puis c’était aux US, après tout, loin de chez nous et dans les années 70… Alors on peut bien se marrer, non ? Cette Balle de match reçue en pleine poire le propose, en tout cas. Au spectateur de faire ensuite son choix. Et de ce point de vue, la malice de l’autrice pourrait aider à se positionner.

Si Billie Jean King, Bobby Riggs et l’organisation de leur rencontre sont au cœur du récit, un autre vient en nourrir la réflexion en parallèle. Dans ce dernier, Flora Babled et Julien Storini deviennent employés-sismologues d’une administration chargée d’archiver les secousses du monde. À l’image de Véra et Didier Mature dans la série Ovni(s), ils écoutent le bruit du dehors, enfermés entre quatre murs. Les manifestations féministes sont-elles une secousse ? Et le match qui oppose cette joueuse de tennis à un vieux champion à la retraite ?

Le spectacle du militantisme
© Louis Barsiat

Comme au sujet de l’Anchorman, Léa Girardet propose et le spectateur dispose. L’autrice laisse ses personnages et son public prendre leurs décisions. Une seule certitude, importante, est imposée : Billie Jean King a touché 100 000 dollars pour affronter Bobby Riggs. Une réalité sonnante et trébuchante qui fait se rejoindre la société du spectacle de l’animateur télé et celle du combat pour l’égalité des genres que la joueuse a fait sien. De la femme-athlète à la militante-cotillon, il n’y a ainsi désormais plus qu’un pas, que cette pièce franchit et qui fait d’elle autre chose que l’œuvre de mémoire et de pédagogie qu’elle est aussi.

En faisant représentation d’un combat sociétal que la « battle of the sexes » avait en son temps déjà réduit à l’état de spectacle, cette Balle de match place le théâtre au cœur et l’éthique en son centre. Face au visage de ce monde-divertissement qui transforme les militantes en bêtes de cirque, le spectateur doit lui aussi faire un choix entre les combats, les fautes et les peines à endosser. Ou bien décider de prendre pour lui toutes les misères que contiennent les balafres écrites en travers du visage du monde par Léa Girardet.


Balle de match de Léa Girardet
Création 2024
Vu au Théâtre de Belleville – Paris
Du 5 au 27 janvier 2026
Durée 1h15.

Tournée
22 janvier 2026 aux Bords de Scène / Salle Lino Ventura – Athis-Mons
13 et 24 février 2026 au Théâtre Le Reflet – Vevey
10 mars 2026 à l’Espace Sarah Bernhardt – Goussainville – avec PIVO – Scène conventionnée
11 mars 2026 au Théâtre Victor Hugo – Bagneux – avec le Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses
12 mars 2026 au Centre culturel Jean Vilar – Champigny-sur-Marne
1er avril 2026 à l’Espace culturel Robert Doisneau – Meudon
28 avril 2026 au TCM – Théâtre – Charleville-Mézières

Conception, écriture, mise en scène Léa Girardet
Avec Julien Storini et Flore Babled
Assistante mise en scène Clara Mayer
Collaboration artistique et dramaturgie Gaia Singer
Scénographie Aurélie Lemaignen
Son Lucas Lelièvre
Lumières Claire Gondrexon
Costumes Floriane Gaudin
Régie générale & lumière Emma Schler ou Titiane Barthel ou Rose Harel
Régie son & vidéo Nicolas Maisse ou Théo Lavirotte

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