Elle est là face à nous dans la lumière simple et chaude d’un plein feu. Derrière elle, une chaise pour unique décor. Dans la salle cocon du théâtre de Belleville, Anne Jeanvoine se raconte et le ton badin des premières minutes prend progressivement des accents plus graves.
L’inspiration du texte est autobiographique. L’enfant timide prend des cours de danse, la jeune comédienne rêve de rôles classiques mais accepte des jobs alimentaires pour contrer la précarité d’une carrière artistique. Celle qui se voyait jouer Antigone se retrouve coincée dans le costume d’une mascotte déambulant dans les rayons d’un supermarché. Se préoccupe-t-on de la personne qui s’agite à l’intérieur de ce type d’accoutrement ?

Une autodérision tendre et douloureuse
Boule d’énergie contenue, Anne Jeanvoine imbrique aspirations théâtrales et moments fondateurs de sa vie de femme (premiers émois, découverte de son orientation sexuelle…), sans éluder les compromis, les renoncements et les dissimulations. À travers ce texte écrit à quatre mains avec Anne Rehbinder, l’artiste se raconte avec une autodérision tendre et douloureuse. Le rire affleure par moments, puis le trouble s’immisce : lorsque la jeune femme hésite à affirmer son identité, ses choix, ses désirs et que le costume imposé tend à la faire complètement disparaître.
Le chant choral d’une foule d’oubliés
Au fil de la pièce, ce n’est alors plus seulement l’histoire d’une carrière mouvementée qui se déploie, mais la chronique d’un coming-out tardif, d’un combat pour exister dans une société qui nous incite à nous différencier par nos talents tout en nous conformant à des comportements standardisés.
La mise en scène du binôme Antoine Colnot et Anne Rehbinder laisse la part belle à la parole. Aux mots de faire surgir les images, de recomposer les décors, de mettre à distance les blessures. Grâce à eux et à sa façon si désarmante de les incarner, Anne Jeanvoine nous embarque dans ce récit d’elle-même, mélange de rage et de douceur. Et, si elle s’avance seule à découvert, son histoire, entre journal intime et manifeste, résonne comme le chant choral d’une foule d’oubliés qui nous crie « aimez-moi ! ».
Antigone des supermarchés de Anne Jeanvoine et Anne Rehbinder
Créée du 24 au 28 novembre 2025 au Théâtre Durance – scène nationale, dans le cadre des Échappées.
Durée 1h10
Tournée
7 au 30 décembre 2025 au théâtre de Belleville
6 & 7 mars 2026 au Théâtre de Chaoué – Allonnes
13 mars 2026 à la MJC Ronceray – Le Mans
24 mars 2026 au Théâtre de Chelles
Mise en scène d’ Antoine Colnot et Anne Rehbinder
Avec Anne Jeanvoine