Enroulé sur lui-même sous un unique rai de lumière, Andréa Givanovitch apparaît avant tout comme une silhouette anonyme. Le corps recouvert de vêtements de cuir, des chevilles aux épaules, il tente imperceptiblement de se déplier malgré la raideur de la matière. De cette tentative de mouvement naît un bruit, celui de la peau tannée qui se frotte à elle-même, amplifié par toute une série de micros. Conduit par l’expérience qui s’ouvre à lui, le performeur se familiarise progressivement avec cette enveloppe qui semble lui avoir été imposée. Car dans Leather Better, le costume n’est autre qu’une contrainte, un ennemi qu’il faut apprendre à connaître pour mieux l’abattre.
Break free
La métaphore est pour le moins lisible. Le cuir est l’une de ces matières érigées en symboles de masculinité, un carcan pour quiconque ne se reconnaît pas dans une société ultra-normée. À partir de cette réflexion, Andréa Givanovitch, découvert à Avignon cet été dans le cadre des Rainbow Day & Night, déploie un geste en deux temps. Après avoir engagé son corps au service d’une expérimentation sonore avec ce matériau qui glisse, frappe et lacère, c’est avec une certaine logique qu’il vient finalement à s’en débarrasser. Dès lors, une nouvelle écriture, nettement plus libre, lumineuse, ample et fluide, prend le relai.
En définitive, le danseur et chorégraphe semble surtout régler ses comptes avec une société qui aurait voulu étouffer son identité. Le chemin aura été long jusqu’à la libération, qui finira par arriver avec une certaine satisfaction. Il faut dire que ce cuir colle autant à la peau que les injonctions qu’il représente. Leather Better est de ces performances cathartiques qui s’opposent à la dangereuse marche du monde et de ses persécutions.
Leather Better d’Andréa Givanovitch
Les Subs – Biennale de la Danse de Lyon
Le 10 septembre 2025
Durée 50mn.
Concept, Chorégraphie, Performance et Costumes : Andréa Givanovitch
Lumières : Dgiorgia Chaix
Musique originale : Paul JF Fleury Musique « SLUG » AJA Ireland
Dramaturgie : Antoine Larbre
Regard Extérieur : Theo Samsworth