Niort a son donjon, ses mutuelles, sa scène nationale… et son festival de danse. Tous les deux ans, Panique au Dancing, porté par la Cie Volubilis d’Agnès Pelletier, transforme les espaces publics en lieux de fête et d’expérimentation. Fidèle à sa ville natale, la chorégraphe compose une programmation éclectique et participative, où habitants et artistes se mêlent dans un même élan.
Bienvenue au cabaret

Il est 18 h 30, ce jeudi 25 septembre, lorsque devant l’entrée du Moulin du Roc, le public est convié à former une haie d’honneur improvisée. Les jeunes du conservatoire mènent la première danse. Ils hésitent, s’élancent, reculent, reprennent. Leurs gestes esquissent une farandole. Programme à la main, ils entraînent le public dans le hall de la scène nationale. La soirée s’annonce festive.
La salle modulable s’est métamorphosée en cabaret à l’esprit Kit Kat Club. Strass et paillettes scintillent, puis surgit le premier numéro. L’affiche du festival s’incarne soudain : un homme peint de blanc et tatoué de motifs hypnotiques (l’épatant Vincent Curdy) entraîne le public dans une transe joyeuse.
En maître de cérémonie, Igor Potoczny brise la glace et réunit spectateurs, élus et bénévoles. Entre deux discours, les numéros s’enchaînent. Deux danseurs émérites ouvrent le bal avec un jeu de ballon décalé. Vient ensuite un chant réaliste porté par la lumineuse Mia Fradin. Puis apparaît une reine de la nuit, l’envoûtante Balkis Moutashar, qui réinvente une danse des voiles à la fois drôle et décalée, portée par une version saccadée de Diamonds Are Forever de Shirley Bassey. La cérémonie d’ouverture s’achève sur une « petite tablée » improvisée où Antoine Delongy rejoue à sa manière un Masque et la Plume complètement déjanté.
La jeunesse fait son introspection
Dans la foulée, sur la grande scène du Moulin du Roc, quatre jeunes se tiennent face au public. Dans cette partition imaginée par Arthur Pérole, ils livrent des bribes de vie, parfois hésitantes, parfois franches. Peu à peu, leurs corps prennent le relais. Les gestes se font plus précis, presque autonomes, comme si les mots n’étaient plus nécessaires. Une douceur s’installe, fragile et émouvante, qui saisit la salle entière. Tendre carcasse révèle en creux nos complexes pour mieux les dépasser.
La nuit ne s’arrête pas là. Au QG du festival, le Battle DJs fait vibrer les murs et les basses traversent les corps. Sur le dancefloor, artistes et spectateurs se mêlent dans un tourbillon nocturne qui prolonge la fête jusqu’à l’aube.
Une marche nuptiale aux allures funèbres

Le lendemain, l’ambiance change radicalement. Au CAMJI, Rebecca Journo convie le public à une cérémonie troublante. Vêtue de blanc, le corps et le visage poudrés, elle apparaît telle une mariée du XIXᵉ siècle, figée dans ses conventions. Chaque mouvement, aussi minuscule soit-il, semble une lutte intérieure. Une main qui tremble, une lèvre qui se crispe, et l’oppression se lit dans chacun de ses muscles.
Avec L’Épouse, pièce créée en 2018, la chorégraphe poursuit son exploration des archétypes féminins. Inspirée par l’image de la poupée, son intérêt pour le butô et son travail autour de la manipulation des marionnettes, elle invente un langage hybride qui déconstruit la figure de la mariée soumise. La silhouette avance, victime docile, vers une vie qu’elle refuse. Reste à savoir si son dernier geste la libérera enfin de ce destin imposé.
L’extérieur comme terrain de jeu
Un peu plus tard dans l’après-midi, derrière le Moulin du Roc et devant le monument aux morts, d’étranges silhouettes noires jonchent le sol. Est-ce des corps ou des amas de tissus ? Le trouble s’installe. Très vite, le doute se dissipe. Aline Landreau et ses complices déplacent ces masses, les écrasent, les portent, les transforment en accessoires de défilé. Leur performance Terre Plein questionne la mémoire des gestes ancestraux et contemporains. Parfois le propos se brouille, mais chaque performeur porte dans sa gestuelle un élan imaginaire, laissant à chacun la liberté de se laisser embarquer ou non.
Quelques minutes plus tard, en plein cœur de la ville, rue Victor-Hugo, une trentaine d’habitants coiffés de perruques identiques se retrouvent pour une chorégraphie collective. Imaginé par Agnès Pelletier, ce Portrait de famille n’a rien de conventionnel. Les danseurs amateurs, âgés de 8 à 85 ans, rejouent sans cesse la notion de groupe et réinventent les liens qui les unissent. Ils forment au son des flash photos un tableau figé, provoquent un éclatement, puis tentent une recomposition. Dans un geste singulier ou un cri étouffé, chacun affirme sa différence. L’ensemble, à la fois burlesque et grinçant, esquisse une humanité solidaire et joyeusement décalée.
La jeunesse en cabaret

Après le très déjanté Simple d’Ayelen Parolin en grande salle, la soirée se termine avec le collectif Zam. Cinq jeunes artistes issus du cirque, de la danse et du théâtre réinventent le cabaret. Danse, chant, lip-sync, transformisme et accordéon s’entrelacent dans une fresque pétillante et sensible.
Derrière l’humour et les paillettes, une envie d’un monde nouveau se fait entendre. Leur énergie fougueuse et leur poésie déjantée emportent la salle. À Niort, la danse ne se contente pas de se montrer, elle se vit comme un mouvement collectif. Et demain est un autre jour… Pour sa dernière journée, le festival n’a clairement pas dit son dernier mot !
Festival Panique au Dancing
du 25 au 27 septembre 2025