Le soleil éclaire la sixième édition de Panique au Dancing. Dès le matin, les Niortais croisent des silhouettes inattendues qui détournent trottoirs, façades et places publiques. Avec la Cie Volubilis, porteuse du projet, artistes et collectifs venus de tous horizons font de la ville une scène à ciel ouvert.
Jouer la rencontre

La veille, Zoé Lakhnati avait investi le square Henri-Georges Clouzot en chevalière dorée, apparition étrange et décalée. Peu à peu, son armure grinçante s’effritait, laissant apparaître tour à tour une diva, un bodybuilder ou un espion burlesque. Sur une boucle obsédante – become a big star –, elle détournait les clichés de gloire et de performance, oscillant entre culture pop et références érudites. Plus elle se dépouillait, plus son geste gagnait en liberté, dans une performance drôle et magnifiée par les pierres séculaires du square.
Pas de répit pour les festivaliers. Dès le lendemain matin, à dix heures, ils étaient conviés à danser sous les tours du donjon. Casque sur les oreilles, guidés par la voix de Mia Fradin, ils suivaient un parcours fléché où chaque geste du quotidien se transformait. Avec CHECK!, imaginé par Agnès Pelletier, chaque duo devenait acteur d’une œuvre éphémère mêlant danse, son et street art. Conçu pour les collégiens et lycéens, le dispositif s’ouvrait ici à tous, dans un voyage ludique et sensoriel.
Une vie autour des halles

Devant les halles historiques, Christian Lannes capte les regards. Vêtu d’un costume bleu, silhouette dégingandée, il improvise une danse avec un lampadaire, salue les passants, bondit sur une poubelle façon Gene Kelly. Son univers évoque Tati : drôle, tendre, poétique. Dans ses détours absurdes, la ville entière devient partenaire – architecture, objets, foule – et l’instant présent se transforme en danse singulière.
Un peu plus tard, devant le bâtiment de verre, de fer et de brique, le violoniste Gabriel Majou et le freestyler Paul Molina, réunis par Fouad Boussouf, directeur du Centre Chorégraphique National du Havre, inventent avec °Up, une rencontre électrisante. Ballon et violon dialoguent dans un duo inattendu, entre musique live et performance chorégraphique. Le parvis se métamorphose en terrain de jeu traversé de complicités, de rythmes urbains et de virtuosité.
La Brèche pour rêver
Place de la Brèche, Chloé Moglia propose avec Bleu Tenace un solo vertigineux pour Fanny Austry. Suspendue à six mètres sur une structure-sculpture, l’artiste mêle suspensions aériennes et saccades du krump. Portée par l’électro dense de Marielle Chatain, la performance joue sur la tension et la grâce, entre défi physique et contemplation.
Un peu plus loin, Les Baigneurs de Clédat & Petitpierre transforment le jardin en bord de mer imaginaire. Ces créatures rondes en maillots rayés, dignes de Picasso ou de Niki de Saint Phalle, rejouent les gestes d’un couple à la plage. Arrêts sur image, baiser furtif, ballon en main… Les enfants rient, les adultes s’attendrissent. Le charme opère, hors du temps.
Avaler la ville

En milieu d’après-midi, dans la cour de l’école Jules-Michelet, les festivaliers s’entassent par grappes. Très vite, l’endroit déborde et passants comme curieux se massent derrière les murs de pierre. Rien ne se passe. Ou plutôt, rien de visible. Un borborygme gronde, comme venu des entrailles de la terre. D’un soupirail surgit une tête. Quelques mots enfantins, et déjà le rire, tel une vague, emporte le public dans un imaginaire décalé.
Un nouveau borborygme éclate, cette fois d’une fenêtre du premier étage. Un homme apparaît, hésite, s’apprête à s’élancer dans le vide. Entre émerveillement et stupeur, les deux artistes grenoblois du collectif Maison Courbe séduisent par une audace enfantine. En un geste, ils entraînent la foule à la conquête de la ville. Façades, sculptures, mobilier urbain, tout devient terrain de jeu. Ils bondissent, grimpent, virevoltent avec grâce et dextérité.
Entre cirque et danse, Obaké déploie deux créatures métamorphes en quête d’humanité. Corps souples, gestes sensibles, elles pistent l’invisible et réinventent nos espaces familiers. Leur traversée, entre animalité et onirisme, fait de l’étrangeté une beauté poétique. Couple d’aventuriers modernes, ils avalent la ville et la transforment en espace fou, jubilatoire. L’un des grands coups de cœur de cette sixième édition. Avec eux, le monde paraît plus léger.
La cité sur un plateau

En soirée, le hip-hopeur Hamid Ben Mahi installe sur le plateau du Moulin du Roc ses fragments de ville, de cité, d’ici et d’ailleurs. À partir de témoignages d’habitants venus d’un peu partout dans le monde, il interroge nos manières d’habiter, nos façons de vivre ensemble. Une proposition bien plus profonde qu’il n’y paraît, qui invite à réfléchir sur le monde qui nous entoure. On sort avec la promesse de regarder autrement les personnes que l’on croise chaque jour sans vraiment les voir.
Le dancefloor final, animé par DJ Micka Rock, prolonge la fête. Panique au Dancing s’achève dans une énergie joyeuse, dense et intense. Le rendez-vous est pris pour de nouvelles aventures… dans deux ans.
Festival Panique au Dancing
du 25 au 27 septembre 2025