Chantal Loïal : « Le Mois Kréyol met en lumière les richesses artistiques des outre-mer »

Avec une énergie débordante, la chorégraphe guadeloupéenne préside à la destinée artistique de ce festival des langues et des cultures créoles. La 9e édition bat actuellement son plein en France hexagonale avant de s’envoler vers trois territoires ultramarins en janvier 2026.
6 octobre 2025
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D’où vient l’idée du Mois Kréyol ?

Chantal Loïal : J’ai créé ce festival en 2017. Il me semblait que les cultures créolisées et métissées manquaient de représentativité dans le paysage culturel français. Mon ambition est d’accompagner et de développer la visibilité et le rayonnement d’artistes d’outre-mer. La programmation mêle danse, théâtre et musique autour des cultures créoles et afro-descendantes. Au-delà des spectacles, il y a des films, des expositions, des rencontres, des ateliers. C’est un moment festif et convivial.

La particularité du Mois Kréyol, c’est l’itinérance, dans de nombreuses villes de la France hexagonale, de Nantes à Toulouse, puis dans des territoires ultramarins…
Reportage photo pour la compagnie Difé Kako © Marie-Charlotte Loreille

Chantal Loïal : Au début, nous voulions nous associer à la Journée Internationale de la langue et de la culture créoles qui a lieu le 28 octobre, puis au fil des éditions le festival a pris de l’ampleur en France hexagonale et dans des territoires ultramarins et dure désormais bien plus qu’un mois ! Notre volonté est de nous étendre le plus largement possible pour faire rayonner cette créolité.

Sur quoi repose aussi le festival ?

Chantal Loïal : Il s’appuie sur plusieurs piliers : la transmission, le lien entre les professionnels et les amateurs, et un maillage territorial. Nous voulons mettre en lumière les richesses artistiques des outre-mer, une identité culturelle plurielle.

Quelle est la thématique de cette 9e édition ?

Chantal Loïal : Elle a pour fil rouge « Au-delà des mers au pluri’L ». Nous entendons ainsi valoriser le lien représenté par les mers et les océans qui nous relient les uns aux autres. C’est grâce à cela que nous pouvons partir à la découverte des cultures de chacun issues de nos histoires singulières. Nous sommes dans l’ouverture à l’autre. Comprendre l’identité créole c’est aussi regarder son histoire et la richesse des pratiques culturelles

Les femmes semblent particulièrement mises à l’honneur ?
Freda © Aurélie Rivierez

Chantal Loïal : Oui, cette année, l’accent est mis sur les femmes. Même si les créatrices ont toujours eu une place majoritaire. J’évolue depuis longtemps dans le domaine artistique, je sais combien il reste difficile de s’imposer en tant que femme. Nous avons choisi de célébrer à notre manière les 50 ans de la mort de Joséphine Baker avec trois spectacles : Conversations avec Joséphine, écrit et mise en scène par Maroussia Pourpoint, Freda de la compagnie Les Pleureuses de Feu et Joséphine 2B de ma compagnie Difé Kako. De plus, nous sommes basés dans le 13e arrondissement de Paris avec lequel Joséphine Baker avait une histoire.

Cette année vous célébrez aussi les trente ans de votre compagnie Difé Kako. Quel constat dressez-vous ?
Moun Bakannalw © Akim Mokrani

Chantal Loïal : Rien n’est jamais acquis. Tout reste fragile. Beaucoup de gens m’ont soutenue mais je ne relâche jamais la pression. Au bout de tant d’années à œuvrer, il faut encore et toujours faire ses preuves, aller chercher des subventions, du soutien car nous ne sommes toujours pas une compagnie conventionnée. Mais la motivation est intacte. Je ne baisse pas la tête, même quand les tentatives d’invisibilisation perdurent. Durant le Mois Kréyol, je présente ma dernière création Moun Bakannal, une lecture transversale des différentes manières de « faire carnaval ».

En octobre paraît aussi un roman biographique intitulé Danse avec la DDASS écrit par Dominique Roederer à partir d’entretiens. Vous vous y confiez avec humour et sincérité sur votre parcours personnel et artistique, entre mémoire, danse et identité créolisée. Pourquoi maintenant ?

Chantal Loïal : J’ai commencé à évoquer mon histoire avec l’aide sociale à l’enfance (ASE anciennement DDASS) il y a une dizaine d’années. À 56 ans, j’avais envie de revenir sur la place que la danse a toujours occupée dans ma vie. J’ai fait mes premiers pas à six ans dans un groupe guadeloupéen de danse traditionnelle. Depuis, je n’ai eu de cesse de transmettre ma passion, comme en témoigne le bouillonnement du Mois Kréyol.


Festival Le Mois Kréyol
Du 4 octobre au 29 novembre 2025 à Paris, Ile-de-France et différentes villes.
En janvier 2026 en Martinique, Guadeloupe et Guyane.


Moun Bakannal par la compagnie Difé Kako

11 octobre 2025 au Théâtre de Choisy-le-Roi
15 et 16 octobre 2025 au Théâtre 13/Bibliothèque à Paris
22 octobre 2025 au Théâtre Dunois à Paris
15 novembre 2025 au Théâtre Jacques Carat, Cachan

Chorégraphie : Chantal Loïal,
Danseurs : Oswald Chelim, Sonia Delphin, Stéphane Mackowiak, avec en alternance Chantal Loïal, Andreya Diamouangana Ouamba, Yutaka Takei
Assistants à la chorégraphie : Joëlle Iffrig, Stéphane Mackowiak
Compositeur : Gabriel Majou
Création vidéo : Yutaka Takei
Musiciens : Gabriel Majou, Adel Khababa
Danseuse et regard extérieur : Lucie Anceau

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