Luciano Rosso © José Carrasco

Luciano Rosso : L’homme aux mille facétieux visages

Le tube performatif et interplanétaire Un Poyo Rojo revient électriser la scène de la Pépinière théâtre. Dans ce tango de muscles et de mimiques délirantes, de souffle et de rires, le performeur argentin brûle les planches. Rencontre avec un artiste tout feu tout flamme. 
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Silhouette musculeuse, allure de top model, regard direct et sourire ravageur, Luciano Rosso irradie par sa seule présence. Mais au-delà du physique, c’est sa capacité à métamorphoser son visage en une fraction de seconde qui retient l’attention. Une torsion imperceptible des lèvres, un sourcil qui se soulève, un clignement millimétré, et la physionomie bascule. Le registre glisse du burlesque à une grâce déjantée, de la provocation à la tendresse, sans rupture ni effet appuyé. Sa manière d’occuper l’espace, d’être pleinement là, accessible et chaleureux, portée par une simplicité naturelle et un accent argentin qui teinte la parole, instaure une proximité immédiate.

Un Poyo rojo de Luciano Rosso et Alfonso Barón © Sieben 48

Sur scène, très souple et précis dans ses appuis, le danseur et comédien compose avec un corps entraîné, mobile, presque volubile. Sans un mot, il raconte, suggère, transmet par le geste. Chaque mouvement est construit, pensé, réglé au service du gag ou de la dramaturgie. Corps dégingandé, élasticité spectaculaire, muscles sollicités dans toutes les directions, et pourtant rien ne trahit l’effort. La fluidité domine, comme si la technique s’effaçait derrière l’évidence du jeu.

Le corps comme outil de travail

Chez Luciano Rosso, le parcours commence très tôt. « Je pense que cela a toujours fait partie de ma vie. J’ai toujours été très expressif, curieux et agité », raconte-t-il. L’influence de sa famille s’avère décisive dans son parcours et son choix de vie. « Mes parents avaient des talents artistiques qu’ils n’ont pas pu développer professionnellement. » La transmission se fait diffuse, mais déterminante.

Le déclic survient à 16 ans, dans un parc d’attractions, en observant les artistes à l’œuvre. « Il y a eu comme une évidence, je voulais faire comme eux. » Dans la foulée, il s’inscrit à des cours de danse, de théâtre et de musique, avant d’intégrer une compagnie reconnue à Buenos Aires, avec laquelle il tourne très jeune.

Sportif de formation, ancien nageur, il construit une pratique rigoureuse mêlant danse, clown, acrobatie et théâtre physique. Aujourd’hui, il entretient consciencieusement son « instrument » par le yoga et la natation. « Les spectacles que je réalise sont très exigeants », souligne-t-il, assumant une discipline quotidienne au service du plateau.

Un langage scénique précis
Apocalipsync de Luciano Rosso © Guglielmo Verrienti

Luciano Rosso se définit comme un « comédien physique », ajoutant avec une pointe d’autodérision « ou aussi comme un drôle d’oiseau ». Une formule qui résume bien son positionnement artistique, à la croisée de la danse, du clown et du théâtre corporel. Ses références sont claires et assumées. Elles vont de Charlie Chaplin à Buster Keaton, en passant par Jim Carrey, mais aussi par les dessins animés de son enfance, où le corps dit tout avant la parole. « Je pense que chaque expérience sur scène ou en coulisses m’a façonné en tant que personne, mais aussi en tant qu’artiste. Aujourd’hui, je ne peux plus séparer l’un de l’autre. »

Son écriture scénique repose avant tout sur le corps, qu’il considère comme son principal outil narratif. « C’est sans aucun doute lui qui m’aide à “écrire” mes spectacles. C’est mon outil le plus fidèle », précise-t-il. Un corps pensé comme un instrument, mais aussi comme une matière vivante, traversée par une intelligence du mouvement. À cette dimension physique s’ajoute un travail analytique précis, où chaque intention, chaque rythme, chaque silence participe à construire le sens. Le geste n’est jamais gratuit, il raconte, provoque, suggère, dessine une dramaturgie sans mots, immédiatement lisible.

L’artiste compose un langage singulier, à la fois populaire et exigeant, où l’humour se mêle à une tension presque chorégraphique. Un théâtre du corps direct, accessible, mais rigoureusement structuré, qui place le spectateur au plus près de l’émotion et du jeu.

Un phénomène nommé Un Poyo Rojo
Un Poyo Rojo de Luciano Rosso et Alfonso Barón © Sieben 48

Créé en 2008 à Buenos Aires en collaboration avec Nicolás Poggi et Hermes GaidoUn Poyo Rojo naît dans un centre culturel où les artistes imaginent alors de petits numéros pour le plaisir du jeu. « La pièce a pris beaucoup d’ampleur, se souvient-il, lorsque Alfonso Barón est entré en scène pour remplacer Nico, qui avait déménagé dans un autre pays. « Assez vite, le projet change de trajectoire qui le mènera bien au-delà de l’Argentine. Le succès s’affirme en Amérique latine, puis en Europe à partir de 2014, notamment grâce au festival Off Avignon et à la structure de production Quartier Libre. Cette dynamique conduit Luciano Rosso à s’installer en France, au fil de tournées ininterrompues.

Inspirations et projets

Quand il évoque ses sources d’inspiration, Atal, son chien, surgit comme une présence fidèle et inattendue, au point de lui donner l’envie d’imaginer un projet scénique à ses côtés. Il parle ensuite de ses projets avec sobriété, notamment la poursuite de la tournée de Un Poyo Rojo et celle d’Apocalipsync, son solo créé pendant la pandémie. En parallèle, il prépare les premières esquisses d’un nouveau seul en scène. « Ce que l’avenir peut me réserver, je suis prêt à l’accueillir. »

Luciano Rosso incarne une génération d’artistes pour qui le corps est un langage à part entière. Entre exigence technique et générosité de jeu, il développe un style très personnel, à la fois lisible, contemporain et profondément incarné.


Un Poyo rojo de Luciano Rosso et Alfonso Barón
Théâtre de la Pépinière
du 6 au 29 décembre 2025
pour 10 dates exceptionnelles
durée 1h


Mise en scène d’Hermes Gaido
Avec Alfonso Barón, Luciano Rosso, et un poste de radio !
Chorégraphie de Luciano Rosso et Alfonso Barón

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