Sylvère Lamotte, artiste du corps à corps

Alors que Immobile & Rebondi #2, sa création jeune public, se joue à la MAC de Créteil dans le cadre du festival Playground avant une halte à l’Étoile du Nord, l'artiste affirme une écriture sensible et physique. Une danse qui conjugue délicatesse, précision et présence.
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Quand on rencontre Sylvère Lamotte, ce qui saisit d’emblée, c’est la douceur qui émane de sa haute silhouette et de son corps sculpté par des années de plateau. Son regard bleu observe avec attention, capte, s’attarde, tandis que sa voix, douce et feutrée, presque retenue, se glisse dans un même mouvement d’écoute. Ce contraste entre puissance et affabilité raconte déjà une manière d’être. Il ne joue pas de cette opposition, il la traverse, il l’assume, il la rend poreuse.

Enfant, il découvre Le Sacre du printemps de Maurice Béjart et la certitude de vouloir danser s’impose, limpide, irrévocable. Il est happé par ce qu’il nomme un « appel viscéral ». Rien ne le fera renoncer, pas même les moqueries de l’adolescence ni la solitude qui l’accompagnent. Soutenu par sa mère, il se forme d’abord à la danse contemporaine au Conservatoire national de région de Rennes, avant de poursuivre au Conservatoire national supérieur de danse de Paris. Là, une rencontre décisive transforme son rapport au mouvement. Sous l’impulsion de son professeur Didier Silhol, il découvre la danse contact. « Une porte s’est ouverte en moi, une autre manière d’écouter le poids du corps, la peau, la relation à l’autre », confie-t-il. Le mouvement se charge d’attention, le geste devient adresse et le corps s’affirme comme un espace de dialogue.

Une trajectoire façonnée par le lien
Sisyphe heureux de François Veyrunes © Guy Delahaye
Sisyphe heureux de François Veyrunes © Guy Delahaye

Alors qu’il n’a pas encore fini les trois années de formation, Sylvère Lamotte intègre en 2007 le Centre chorégraphique d’Aix-en-Provence au sein du GUID, Groupe Urbain d’Intervention Dansée initié par le Ballet Preljocaj. Cette immersion lui apprend la rigueur du répertoire, la précision du geste et l’intelligence d’une écriture qui s’imprime lentement dans le corps. Même si les rencontres avec Angelin Preljocaj sont rares, il comprend que danser une œuvre revient à la laisser transformer la mémoire, la posture, la respiration. « Danser ses pièces, c’était absolument phénoménal. Cela a inscrit une histoire dans mon corps », glisse-t-il avec une émotion intacte.

Interprète, il traverse une constellation d’univers. Il travaille auprès de Sylvain Groud, François Veyrunes, Alban Richard, Perrine Valli ou Nicolas Hubert. Chaque rencontre affine sa perception du plateau et nourrit un rapport sensible à la scène. Toutefois, la collaboration avec Paco Decina occupe une place à part. Elle agit comme un point d’ancrage, une révélation intime qui confirme en lui une exigence artistique traversée de tendresse et d’écoute. « Ça a été une grande rencontre d’amour artistique », reconnaît-il.

De ces années d’interprétation naît un goût affirmé pour la création collective et pour le mélange des influences. L’artiste aime les frottements, les zones de porosité, les dynamiques partagées. Il ne cherche pas à imposer une vision autoritaire, il préfère faire circuler les imaginaires et laisser émerger un langage commun.

Pompéi, première source d’inspiration
Ruines de Sylvère Lamotte © DR
Ruines de Sylvère Lamotte © Nora Houguenade

Sa première création, Ruines, prend forme après une traversée de Pompéi. Les pierres, les vides, les traces d’un monde fossilisé réveillent un désir irrépressible. « Je n’ai pas voulu créer une structure, j’ai voulu écrire un spectacle », dit-il en revenant sur cet instant fondateur. La compagnie Lamento naît de cet élan en 2014. Elle est pensée comme un espace à son image, exigeant, souple, ouvert. Il y explore ses propres pistes comme chorégraphe et interprète, fidèle à une écriture qui privilégie le lien plutôt que la démonstration.

Au cœur de sa démarche se trouve le corps envisagé comme un espace sacré, un lieu de partage. La rencontre avec Magali Saby et le travail sur le corps empêché (Tout ce fracas, Danser la faille) bouleversent sa manière de regarder la scène. Il ne s’agit plus de performance, mais d’habitation, moins de virtuosité, mais de présence. La vulnérabilité devient matière chorégraphique. La faille s’assume, se travaille, se révèle, sans complaisance ni pathos. « On nous apprend à ne montrer que nos forces, réveiller la faille a été un long chemin », explique-t-il avec une lucidité désarmante.

La page blanche comme territoire d’invention
Immobile & rebondi #2 de Betty Bone et Sylvère Lamotte © Sylvère Lamotte

Avec Immobile & rebondi, conçu en 2024 à la suite d’une commande de Jean-François Munnier, directeur du théâtre de l’Étoile du Nord, dans le cadre du temps fort Concordan(s)e Kids, avec l’illustratrice Betty Bone, Sylvère Lamotte poursuit cette recherche en direction du jeune public. Une créatrice immobile se confronte au vertige de la page blanche. « Face à la page blanche, il y a parfois un trou noir, puis tout à coup une idée qui rebondit », explique-t-il. Ainsi Rebondi surgit alors comme une figure fantasque qui bouscule la peur, fait dérailler l’ordre établi, invite à la liberté. Le noir et blanc installe une esthétique graphique épurée, avant que la couleur ne se déploie, traverse le plateau, transforme l’espace et les perceptions.

Le papier devient matière vive. Il se froisse, se plie, se déchire, se redresse. Le geste simple retrouve sa puissance poétique. Le spectacle raconte la peur de l’inspiration, mais aussi la jubilation de l’erreur, la joie de sortir du cadre, l’énergie d’oser. « Avec presque rien, on va vers une explosion de couleurs, la joie de l’imaginaire », dit-il. Les enfants regardent, nomment les couleurs, s’étonnent, rient, reconnaissent un imaginaire en train de naître sous leurs yeux.

Dans cette nouvelle version, plus physique, présentée dans le cadre du Festival Playground, la danse s’affirme avec évidence. Les corps se portent, se rencontrent, se déséquilibrent. Les portés deviennent jeu. Les contorsions prennent une dimension ludique. Le mouvement raconte la fragilité, mais aussi la vitalité, le doute, mais aussi l’élan.

Le geste comme lieu du sensible

L’artiste n’envisage jamais la scène comme un simple espace de représentation. Il la pense comme un lieu de partage, un territoire où le corps éprouve, écoute, dialogue. La danse contact reste un fil rouge, non comme une technique figée, mais comme un champ en constante mutation. « Mon médium, c’est le corps et la relation interpersonnelle », rappelle-t-il, fidèle à cette ligne de crête entre technique et sensation.

Immobile & rebondi #2 de Betty Bone et Sylvère Lamotte © Sylvère Lamotte

À l’horizon se dessine La Dernière Solitude, création à venir nourrie par l’univers du Caravage, la force du clair-obscur et par une dramaturgie intérieure dense. « Ce sera sans doute un tournant », glisse-t-il, entre désir de danse et besoin de transmission. Une présence peut être moins fréquente au plateau se profile, sans reniement du geste vécu. Il continue pourtant de croire à ce que révèle et exige le plateau.

Chez Sylvère Lamotte, la force ne contredit jamais la tendresse. Elles avancent ensemble, se répondent, s’équilibrent. Sa danse parle du lien, de la relation, de la fragilité partagée. Le corps devient langage, refuge, promesse. Une écriture patiente, incarnée, vibrante, qui rappelle que le mouvement reste un espace de résistance douce et de poésie vivante.


Immobile & rebondi #2 de Betty Bone et Sylvère Lamotte
Spectacle créé en novembre 2025 au théâtre de Suresnes
durée 35 min

Tournée
26 au 28 novembre 2025 à la MAC de Créteil dans le cadre du Festival Playground-Rencontres chorégraphiques internationales de Seine Saint-Denis
02 & 03 décembre 2025 au Nec, Maison-Alfort
03 & 04 décembre 2025 au théâtre de L’Etoile du Nord/ festival Les Enfants d’abord
11 & 13 décembre 2025 à Points Communs Scène Nationale de Cergy-Pontoise dans le cadre d’Escales Danse
le 12 décembre 2025à L’Arthémuse dans le cadre du Festival TÂTA, Briec
15 & 16 décembre 2025 au Nautile dans le cadre du Festival TÂTA, La Forêt-Fouesnant
16 & 20 décembre 2025 au Terrain blanc dans le cadre du Festival TÂTA, quimper
16 & 17 décembre 2025 au Chaplin, Mantes-la-Jolie
12 au 17 janvier 2026au Théâtre Jacques Prévert, Aulnay-sous-Bois
18 au 20 janvier 2026 au Pavillon, Romainville
23 & 24 janvier 2026 à L’Atalante dans le cadre d’Escales Danse, Mitry-Mory
25 au 27 janvier 2026 à La MAL dans le cadre d’Escales Danse, Sannois
04 au 07 février 2026 à L’opéra Bastille, Paris
12 au 14 février 2026 au Théâtre Boris Vian, Couëron
06 & 07 mars 2026 au Safran dans le cadre du Festival Kidanse, Amiens
09 et 10 mars 2026 aux Transversales HLM, Verdun
12 au 14 mars 2026 à la Salle Jeanne d’Arc, Verdun
17 & 20 mars 2026 au Carré Rotondes, Luxembourg
18 & 19 mars 2026 à La Barcarolle dans le cadre du Festival Kidanse, Arques
24 au 28 mars 2026 à la Scène Nationale de Beauvais dans le cadre du Festival Kidanse
24 au 26 mars 2026 à la Salle multifonction dans le cadre du Festival Kidanse, Boissy-Fresnoy
30 mars au 1ᵉʳ avril 2026 au Triolet, Tignieu
02 au 04 avril 2026 à la Maison de la Culture et des Loisirs dans le cadre du Festival Kidanse, Gauchy
13 & 14 avril 2026 au Centre des Arts dans le cadre d’Escales Danse, Enghien-les-Bains
15 au 17 avril 2025 à la Maison de la Musique, Nanterre
16 au 18 avril 2026 au Théâtre Gérard Philipe, Champigny-sur-Marne
20 avril au 5 mai 2026 Tournée en Territoire (Louhossoa, St-Pée-sur-Nivelle, St-Palais) dans le cadre de Sud Pays Basque
24 & 25 mai 2026 à La Mégisserie, Saint-Junien
06 & 07 mai 2026 au Théâtre Sarah Bernhardt dans le cadre d’Escales Danse, Goussainville
11 & 12 mai 1026 au Centre Culturel Jacques Prévert dans le cadre d’Escales Danse,, Villeparisis
25 au 27 mai 2026 à La Rampe, Échirolles
04 au 06 juin 2026 au Théâtre du Fil de l’eau dans le cadre de 1,9,3 Soleil !, Pantin

Conception et scénographie de Betty Bone et Sylvère Lamotte
Chorégraphie de Sylvère Lamotte
Avec an alternance Sylvain Musso et Marylène Vallet, Joan Cellier et Charlotte Cétaire, Fiona Houez et Matthis Walczak 

Costumes d’Estelle Boul
Création lumières de Jean-Philippe Borgogno
Création musique de Denis Monjanel
Construction décor d’Yvan Fougeray
Régie – Zoé Nicloux
Régie générale – Angélique Guillot

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