Dans une villa qui domine la baie californienne, une femme quadragénaire, interprétée par Céline Ohrel, cherche un peu de fraîcheur autour d’une piscine en plein été caniculaire. L’eau a disparu depuis longtemps et San Francisco brûle. La fin d’une époque se dessine tandis qu’elle retrouve son père, incarné par Philippe Grand’Henry. Trente années ont passé depuis le jour où sa mère a choisi de se jeter dans le vide et que leurs liens se sont distendus.
Addictions, désillusions et révolution numérique non maîtrisée ont précipité le chaos. Céline Ohrel compose un conte d’anticipation sombre et mélancolique. Elle scrute une famille détraquée, marquée par un drame jamais refermé, tout en laissant filtrer une possibilité de réparation. Quand la mort rôde tout près, les langues se délient. Les non-dits éclatent, oppressants comme ce ciel chargé de cendres, avant de laisser entrevoir une respiration nouvelle, un futur fragile mais encore possible.
Des images fortes, un élan encore en quête

Un ciel rougeoyant, de la fumée et de la poussière en suspension installent une atmosphère de fin du monde. La scénographie d’Alban Ho Van rappelle l’esthétique d’Edward Hopper, avec des corps souvent figés et une forme de distance qui s’installe. Soutenue par le son travaillé spatialement par Thomas Turin et les lumières ciselées de Kelig Lebars, la mise en scène se faufile dans les méandres de l’âme humaine et emprunte à David Lynch ce goût des lenteurs et des présences suspendues. Malgré des interprètes habités – parfois jusqu’à la surimpression – et la poésie surréaliste des mots autant que des images, Summertime cherche encore le souffle qui permettrait de s’élancer vers l’horizon qui se dévoile.
Dans cette vulnérabilité offerte apparaît soudain quelque chose de profondément humain, une lueur fragile et vacillante qui refuse obstinément de s’éteindre. C’est dans cet interstice étroit que se niche la force tenue de ce spectacle en demi-teinte.
Summertime de Céline Ohrel
La Comédie de Caen – Théâtre des Cordes
du 2 au 5 décembre 2025
durée 1h20
tournée
10 et 11 décembre 2025 au Tangram ― Scène nationale d’Évreux
8 et 9 janvier 2026 au Centquatre-Paris dans le cadre de la Biénnale Nemo
Mise en scène de Céline Ohrel assistée de Flavien Beaudron
Avec Céline Ohrel et Philippe Grand’Henry
Regard extérieur : Didier Laval
Dramaturgie : Simon Grangeat
Scénographie : Alban Ho Van
Création lumières : Kelig Le Bars
Création sonore : Thomas Turine
Création costumes : Yolène Guais