7 minutes (comité d'usine)- Stefano Massini - Olivier Mellor - Cie du Berger © Alexandre Tourte
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7 minutes (comité d’usine) : Une formidable bataille humaine

La Compagnie du Berger présente la magnifique pièce de Stefano Massini, inspirée de la lutte des ouvrières de l’usine Lejaby à Yssingeaux en 2012. Une histoire qui reste fortement d’actualité.
29 janvier 2026
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Le metteur en scène Olivier Mellor fait un théâtre exigeant, festif et populaire, basé sur le collectif. Avec sa compagnie, il aborde le répertoire – Jean Racine, Victor Hugo, Jean Rostand, Bertolt Brecht – ,  mais n’en néglige pas le contemporain, celui qui renvoie à une réflexion sur notre société. Après L’Établi, spectacle conçu à partir du roman de Robert Linhart, qui dressait un portrait de la condition ouvrière en 1968, le metteur en scène s’empare, après Maëlle Poésy, de 7 minutes (comité d’usine) du dramaturge italien Stefano Massini, connu essentiellement en France pour son texte, Femme non-rééducable et sa Lehman Trilogy.

Un marché illusoire
7 minutes (comité d'usine)- Stefano Massini - Olivier Mellor - Cie du Berger © Alexandre Tourte
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Elles sont déjà sur le plateau. Nous avons le temps de les observer. Leurs vêtements, leurs attitudes, nous en disent déjà beaucoup sur leurs personnalités. En fond sonore, une musique accompagne ce que l’on perçoit comme un instant d’attente. L’une d’elles arrive en retard et la parole va surgir. L’inquiétude est à son comble. Leur usine vient d’être rachetée. Ces femmes sont les représentantes du personnel d’une usine de textile. Voilà plus de quatre heures que Blanche, leur porte-parole et doyenne du groupe, est « enfermée » avec les patrons. Les « cravates », comme elles les appellent.

Elle sort enfin avec la bonne nouvelle. L’usine est sauvée. Aucun dégraissement n’est prévu. Les salaires sont maintenus. En revanche, une seule condition : toutes les employées devront renoncer à sept minutes de leur temps de pause réglementaire. C’est la liesse. Que représentent donc sept minutes ? Elles doivent voter si cette condition est acceptable. Blanche leur demande de ne pas précipiter leur choix, car ce temps donné représente beaucoup de choses : des heures de travail gratuit au profit des patrons, un renoncement à un acquis social qui ouvre la porte à bien des dangers. Et surtout, elles ne doivent pas oublier leur mission, qui est de représenter tous les salariés et donc de penser avant tout collectif et non personnel.

Onze femmes en colère

Tel le procédé employé dans Douze hommes en colère, une voix s’élève pour faire réfléchir et fléchir les autres, pour que la raison l’emporte. Chacune, ouvrière ou employée de bureau, raconte sa vie, ses rêves, ses blessures, ses espoirs, pour tenter d’expliquer sa décision. Toutes ont en commun la peur du chômage. Stefano Massini dessine alors, sans fioriture et d’un beau trait de plume, une assemblée de femmes aux aspirations différentes. À travers cette chronique sociale, il dresse également un état des lieux du monde du travail.

L’auteur offre ainsi de beaux rôles à interpréter. Karine Dedeurwaerder, très convaincante dans le rôle de Blanche, Marie-Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Aurélie Longuein, Valentine Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil et Fanny Soler portent ce chœur féminin avec justesse et intensité.

Un front populaire
7 minutes (comité d'usine)- Stefano Massini - Olivier Mellor - Cie du Berger © Alexandre Tourte
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Ce huis clos est mis en scène très vivement par Olivier Mellor. La scénographie représente une salle du personnel, au mur du fond composé de cartons et à l’éclairage aux néons, très soignée. Le plateau n’est jamais abandonné. Les personnages, même lorsqu’ils sont dans l’écoute, sont toujours en action. La musique originale jouée en direct accompagne la montée dramatique de la situation. Même si cela peut surprendre, la petite parenthèse musicale, dans laquelle les filles chantent La Chanson d’Hélène du film de Claude Sautet, Les Choses de la vie, touche au cœur et émeut. C’est une pause dans leurs combats quotidiens.

Créé au Centre culturel Jacques Tati à Amiens, ce spectacle sera présenté en juin à Paris, au Théâtre de l’Épée de bois, avant d’entamer une tournée qu’on souhaite très large sur le territoire. Parce que plus que jamais, la parole de ces femmes, qui se sont battues pour garder leurs droits, même infimes, doit se faire encore entendre. Bravo.


7 minutes (comité d’usine) de Stefano Massini, traduit de l’italien par Pietro Pizzuti (l’Arche).
Centre Culturel Jacques Tati – Amiens
Du 27 au 31 janvier 2026
Durée 1h30.

Tournée
11 au 28 juin 2026 au Théâtre de l’Épée de Bois / Cartoucherie – Paris

Mise en scène d’Olivier Mello
Avec Marie Laure Boggio, Delphine Chatelin, Marie-Béatrice Dardenne, Valérie Decobert, Karine Dedeurwaerder, Aurélie Longuein, Valentine Loquet, Sophie Matel, Elsie Mencaraglia, Emmanuelle Monteil, Fanny Soler.
Musique originale Séverin Toskano Jeanniard
Musiciens François Decayeux, Séverin Toskano Jeanniard, Olivier Mellor, Louis Noble.
Lumière Olivier Mellor
Son Séverin Toskano Jeanniard

Scénographie Olivier Mellor, François Decayeux, Séverin Toskano Jeanniard, Louis Noble.

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