Un pixel noyé dans un océan sombre, vide et immense vient d’être retrouvé. Il n’en faut pas plus pour que démarre une histoire à écrire. À partir de cette image minimale, le chercheur-journaliste, double du comédien Joaquim Fossi, invente un monde ou plutôt réinvente le nôtre, tel qu’il pourrait être perçu par nos descendants dans quelques milliers d’années. Dans ce scénario, la Terre n’existe plus, les humains, du moins tels que nous sommes aujourd’hui, ont depuis longtemps disparu, et ne subsistent, çà et là, que quelques artefacts numériques.
Archéologie du clic

Armé de son humour décalé et de sa présence délicieusement maladroite, l’artiste entouré pour cette première création en solitaire, de complices issus de l’École du Nord, regards et plumes associés comme Nine d’Urso, Suzanne de Baecque ou Noham Selcer, présents dans la salle pour le soutenir plonge dans la matière folle qu’est la toile. Il s’amuse de la manière dont ces signaux, ces images, ces souvenirs pourraient être interprétés bien après que tout a disparu.
Ainsi, le smiley souriant ( :)) se charge soudain d’un tout autre sens. Les deux points deviennent l’expression d’un désir de parler, tandis que la parenthèse fermée avoue qu’au fond, on n’a rien à dire. Et ainsi de suite. Autour d’une dizaine d’items — photos de couchers de soleil, films porno, le Gilles de Watteau ou L’Arche de Noé de Jacopo Bassano — tout devient prétexte à la réinvention, à la caricature de nos petits travers et à notre besoin d’exister aux yeux des autres, et à nous fabriquer une vie dans un monde fictionnel.
L’art joyeux de l’imperfection
Potache, radical, caustique, Joachim Fossi fait feu de tout bois et signe un spectacle foutraque, bancal, dont la force, l’intelligence et l’ingéniosité résident précisément dans ses imperfections. En nous faisant rire de nous-mêmes, il livre un véritable ovni théâtral, entre performance et conférence théâtralisée, savamment dosé et franchement hilarant. Un spectacle réjouissant et jouissif, qui ne se prend pas la tête sans jamais sacrifier la réflexion de fond à la facilité du bon mot ou de la boutade simpliste. Bravo !
Le Plaisir, la Peur et le Triomphe de Joaquim Fossi
Théâtre de la Bastille
du 19 au 30 janvier 2026
Durée 1h
Tournée
14 au 16 janvier 2026 au Théâtre d’Orléans – Scène nationale
10 & 11 février 2026 au Théâtre des Bains-douches en partenariat avec Le Volcan, scène nationale , Le Havre
10 au 21 mars 2026 aux Célestins, Théâtre de Lyon
28 et 29 avril 2026 à la MC2 Grenoble
Conception, texte et jeu de Joaquim Fossi
Collaboration artistique – Nine d’Urso
Création lumière et scénographie Andréa Baglione
Création sonore de Lucas Depersin
Création vidéo de Lorraine Bonnet
Régie générale – Clément Blacon
Dramaturgie de Pauline Fontaine