Difficile de choisir quel duo voir, tant le casting est de haut vol. Pour se glisser dans les mots de la philosophe, Isabelle Adjani, Emmanuelle Béart, Isabelle Carré ou Lubna Azabal se succèdent. Dans le rôle de la journaliste, contrepoint néophyte et décalé à la pensée, Laure Calamy, Sophie Guillemin, Sarah Suco ou Rosa Bursztein prennent le relais face au monde, face au vide.

Face au public, devant le rideau de bronze, Nicole-Jeanne Bastide (Emmanuelle Béart), autrice et philosophe, expose les bases de son essai La Fin du courage. Elle vient d’en finir l’écriture, attend le retour de son éditeur – un vrai con qui ose tout façon Audiard – et doit se confronter à l’exercice de la promotion. Mais comment faire avec la médiocrité du monde, la bêtise humaine et la vulgarité du commun quand on tente de comprendre comment on en est arrivé si bas, quand on a sombré et qu’on essaie malgré tout de se relever ?
Dans une longue introspection, la philosophe – double de Cynthia Fleury – se perd dans les méandres d’un monde plein de contradictions, rongé par un capitalisme à tout crin qui glisse chaque jour vers la lie de la pensée. Un monde qui brocarde la réflexion, moque les concepts pour leur préférer les bons mots, le buzz, la facilité, la bêtise.
La philo au risque du rire
Le spectacle de Jacques Vincey, adapté de l’essai à succès, se déploie en quatre situations, au fil desquelles deux femmes se rencontrent, se jaugent et s’interpellent autour de leurs fragilités, de leur volonté de continuer coûte que coûte et de leurs combats, perdus ou à venir. Mais la philosophie se heurte au plateau, à la nécessité de faire rire pour faire passer les théories de Nietzsche, de Jankélévitch ou de Socrate.
De l’allégorie de la caverne à l’humanisme de Victor Hugo, auteur vénéré par l’autrice, les idées défilent, surfant souvent avec la philosophie de comptoir. S’appuyant sur une scénographie qui rappelle autant la bibliothéque surchargée qu’un espace mental rempli de référence, la mise en scène joue de cette ambiguïté, assumant les facilités qu’elle dénonce. Si l’adaptation, signée par l’autrice elle-même, cherche clairement l’efficacité boulevardière, la direction d’acteurs s’attache à donner chair à ces deux femmes que tout oppose. L’une est enfermée dans ses concepts, l’autre préfère rentrer dans le moule qu’on lui assigne, passer pour une idiote une belle ingénue afin de rester libre.

Emmanuelle Béart est lumineuse dans ce personnage froid, hiératique, presque minéral. Face à elle, l’épatante Sophie Guillemin impose une bonhomie faussement déjantée, qui fissure les certitudes, désamorce les peurs, et permet à l’autre d’envisager un retour possible au courage qu’elle croyait définitivement perdu.
Facile autant qu’efficace
Le moment est clairement agréable, les rires fusent. La proposition flirte ouvertement avec le boulevard philosophique. Facile d’accès, très grand public, quitte à frôler le potache, la performance fonctionne et emporte l’adhésion du public. Portée par les deux comédiennes, qui brisent régulièrement le quatrième mur, la mise en scène joue sur la complicité et la confidence avec la salle. Les concepts apparaissent parfois tirés à gros traits, certains passages passent en force. Mais, malgré sa légèreté, le plaisir d’une soirée sympathique s’impose, donnant l’illusion de penser, faisant se sentir intelligent, et cela n’est déjà pas si mal.
La Fin du courage librement inspiré de l’essai éponyme de Cynthia Fleury publié chez Fayard en 2010
Théâtre de l’Atelier.
du 17 janvier au 8 mars 2026
Durée 1h15 environ.
Lecture mise en scène de Jacques Vincey.
Avec les duos :
Isabelle Adjani et Laure Calamy du 17 au 25 janvier 2026.
Emmanuelle Béart et Sophie Guillemin du 28 janvier au 8 février 2026.
Isabelle Carré et Sophie Guillemin du 11 au 22 février 2026.
Lubna Azabal et Sophie Guillemin du 25 au 27 févriern et exceptionnelle le 7 mars 2026.
Lubna Azabal et Rosa Bursztein du 28 février au 8 mars 2026.
et Louis Pencréac’h et l’aimable participation d’Alexandre Vizorek.
Collaboration artistique – Victoria Sitjà
Lumière de Dominique Bruguière assistée de Pierre Gaillardot.
Scénographie et costumes de Lucie Mazières
Les costumes étant dessinés parAlexandre Mattiussi pour Ami Paris.
Collaboration dramaturgique – Valérie Six avec Arnaud Duprat de Montero
Conseiller technique – Serge Kolpa.
Régie plateau – Juliette Blanchard
Accompagnatrice / Répétitrice – Eva Carmen Jarriau.
Assistante son L- aure Chichmanov
Maquillage et coiffure de Laurence Azouvy / Stéphanie Villeret.
Construction scénographie – Théry Guyot avec Yohan Chemmoul