© Emma Domarle

Le soleil brille pourtant dehors : Un huis-clos surnaturel

Aux Célestins - Théâtre de Lyon, la jeune compagnie Maison Vague présente une première création ouvertement nourrie par le cinéma de David Lynch. Une tentative de l’étrange au cœur d’une tragédie intime, qui laisse entrevoir quelques belles idées malgré une écriture encore timide.
4 juin 2026
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Derrière de fins rideaux rouges à demi transparents errent deux âmes. Celles d’Adèle et Samy, comme condamnées à arpenter les pièces vides de cette maison convoquée par la scénographie symboliste de Justine Baron et Louise Caron. Dans ce huis-clos, dont l’atmosphère pesante est précisément renforcée par la légèreté des voiles, se développe une création qui emprunte autant au thriller qu’au drame familial. Espérant voir reparaître leur fille disparue sous leur nez alors qu’elle jouait dans le jardin, les deux protagonistes poursuivent tant bien que mal une vie vouée à l’attente.

Pour confronter ses personnages à cette situation, Marine Chartrain compose un texte à partir d’éléments quotidiens. Les conversations qu’entretiennent les deux parents sont essentiellement banales, comme évidées de leur sens après la perte de leur enfant. Ainsi se structure Le soleil brille pourtant dehors, dont le titre reflète parfaitement la pièce elle-même. Seule expression d’un mal-être qui a fini par se gangréner, la parole est contenue et fragmentée. D’une scène à l’autre, elle tente de maintenir un semblant de relation au sein de ce couple qui a perdu tout son sens et qui s’éloigne à vue d’œil.

Le parti pris de l’étrange

La mise en scène de Louen Poppé vient renforcer cette construction, dans une succession de tableaux séparés par des fondus au noir. Mais c’est surtout dans les images muettes et les incursions surnaturelles, dont il parsème le spectacle, qu’il parvient ponctuellement à révéler une identité artistique. Au gré d’une partition sonore qu’il partage avec François Geslin, il conçoit une ambiance crispante qui, par sensation d’immersion, écrase autant Adèle et Samy que le public. Aidé en cela par les lumières de Mathilda Bouttau, qui recomposent en permanence les espaces par jeux de transparence, se lit effectivement l’intention d’un thriller surréaliste en écho à David Lynch.

Celle-ci peine pourtant à traverser pleinement le voile qui sépare le plateau de la salle. L’interprétation toute en retenue et en distance de Fanny Godel et Lucas Martini sert une pièce comme recroquevillée sur elle-même. Volontairement irrésolu, Le soleil brille pourtant dehors s’envisage comme une traversée – dont la sensibilité reste encore à trouver – plutôt que comme un récit. Le parti pris de l’étrange est intéressant, tout comme certaines trouvailles de mise en scène, reste à le creuser davantage.

Envoyé spécial à Lyon

Le soleil brille pourtant dehors de Marine Chartrain
Création 2025 au Théâtre de l’Elysée – Lyon
Vu aux
Célestins – Théâtre de Lyon
Du 2 au 13 juin 2026
Durée 1h

avec Fanny Godel, Lucas Martini
texte de Marine Chartrain
mise en scène de Louen Poppé
codirection artistique – Mathilda Bouttau, François Geslin, Louen Poppé
scénographie de Justine Baron, Louise Caron
lumière de Mathilda Bouttau
vidéo – Gabrielle Marillier
son – François Geslin, Louen Poppé
don de tissus – Azur Scenic Teviloj

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