Allongée sur le flanc, tournant le dos au public, Chiara Bersani est déjà là, dans sa robe à paillettes. Comme exposée sur un piédestal, faite pour être regardée, elle n’attend qu’un signal pour commencer à bouger. Le titre de la pièce en tête, le dispositif implique d’office un rapport voyeur qui intrigue, d’autant plus dans ce cadre aux symboles sacrés. Mais L’Animale n’a pas pour ambition de s’offrir aussi facilement au regard d’autrui, et certainement pas pour assouvir une quelconque curiosité mal placée. Au contraire, lorsque la danseuse et chorégraphe s’engage dans sa performance, c’est en l’habitant pleinement de l’intérieur.
Un souffle léger, celui d’une respiration encore calme, est relayé dans les enceintes. Le corps, lui, est pour l’heure immobile, presque inerte. Puis un filet de voix vient habiller le silence, résonnant contre les murs de la chapelle comme pour lui donner plus d’ampleur. De soupir en éclat, la partition paraît improvisée, elle est en réalité extrêmement précise et incite à l’écoute. C’est l’expression première de ce qui a commencé à s’animer. Le mouvement n’est plus invisible pour longtemps. Comme agité de spasmes, le corps s’éveille à son tour. Toujours de dos, Chiara Bersani semble lutter contre elle-même, retardant au maximum la confrontation au public. Celle-ci sera aussi tardive que fugace.
Vie et mort du cygne
Quelque chose de très intime et personnel se joue sur ce podium. Une opposition permanente entre ce qui voudrait sortir et ce qui devrait rester tu. C’est cette friction sensible qui extirpe peu à peu le corps de la danseuse de sa torpeur, l’amenant à descendre de son socle comme une tentative de s’en extraire. Mais même depuis le sol, c’est là que tout se joue, sur cet espace surélevé, désormais vide, qui fait briller les uns et moquer les autres. Chiara Bersani y cherche peut-être des réponses. Sa voix est en tout cas la seule à lui revenir en écho, dans ce lieu habité avant tout par des absences, à laquelle vient s’ajouter celle de l’artiste une fois disparue, elle aussi.
L’Animale de Chiara Bersani
Création 2024
Première en France à la Maison des Chœurs dans le cadre du festival Montpellier Danse
2 et 3 juillet 2026
Durée 25mn
Conception et interprétation de Chiara Bersani
Scénographie et lumière – Valeria Foti, en collaboration avec Exit Visual Builder, Richard
Gargiulo et Sergio Seghettini
Direction vocale – Francesca Della Monica
Accompagnement dramaturgique – Giulia Traversi
Accompagnement au développement artistique – Marco D’Agostin / Elena Giannotti



