Abdelwaheb Sefsaf © Christophe Péan

Un secteur en crise – Épisode 17 : Abdelwaheb Sefsaf

À Sartrouville, les coupes budgétaires fragilisent les missions du Centre dramatique national des Yvelines au point de mettre en péril son label. Son directeur appelle les pouvoirs publics à construire l'avenir avec les équipes de terrain.
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« Si on ne peut plus créer, on n’est plus un CDN. »

Abdelwaheb Sefsaf, directeur du Théâtre de Sartrouville, CDN des Yvelines, en attente du renouvellement de son mandat
Quel est votre état d’esprit aujourd’hui ?

Abdelwaheb Sefsaf : Il est très bon, il est combatif. Je pense qu’il faut être dans le combat, car c’en est un parmi d’autres.

Concrètement, quelles sont les conséquences pour le théâtre ?

Abdelwaheb Sefsaf : Pour ce qui me concerne, ce sont au moins six créations perdues sur deux ans. C’est énorme. Cela représente autant d’emplois en moins. Indirectement, c’est aussi moins de diffusion, moins de recherche, moins de formes d’expression. C’est tout un pan de notre activité qui s’efface.

Financièrement, quel est l’impact sur le théâtre ?

Abdelwaheb Sefsaf : Nous avons perdu 391 000 euros au total. Le département a retiré 350 000 euros sur les exercices 2025 et 2026. À cela s’ajoutent 41 000 euros de crédits de l’État en moins pour 2026.

Vous évoquez le risque, à terme, de perdre le label de centre dramatique national. Pourquoi ?

Abdelwaheb Sefsaf : Avec des coupes budgétaires à ce niveau, nous ne pouvons plus créer. Notre disponible artistique s’est beaucoup trop réduit. Or la création fait partie du cahier des charges d’un centre dramatique national, c’est l’une de ses missions essentielles. Si nous ne pouvons plus la remplir, nous ne sommes plus un centre de création, nous ne sommes plus un CDN. Nous devenons, au mieux, un théâtre de programmation.

Où en êtes-vous, vous, sur votre propre avenir à la tête du théâtre ?

Abdelwaheb Sefsaf : J’ai rencontré le ministère y a quelques jours et le dialogue semble reprendre. Nous avons rendez-vous à la rentrée avec la présidence du département et la ville pour voir quel projet ils souhaitent pour ce théâtre et s’ils sont prêts à l’accompagner. L’an dernier, j’ai dû abandonner notre Festival Jeunesse. Je garde l’espoir de le faire renaître et c’est dans cette perspective que je vais rencontrer de nouveau la mairie et la présidence du département afin de voir s’il existe une volonté commune de le relancer.

Quelle mobilisation est possible aujourd’hui ?

Abdelwaheb Sefsaf : Plusieurs pétitions sont en cours. L’une demande le soutien au Théâtre de Sartrouville et le maintien de son label. Une autre, portée collectivement par les structures et les acteurs culturels, réclame 1 % du budget de l’État pour la culture. Aujourd’hui, il est redescendu à 0,7 %, et nous demandons au président de la République de le réévaluer. Mais j’aimerais aussi dire aux responsables politiques, qu’il est important de nous intégrer à vos réflexions. Nous pouvons agir ensemble, réfléchir ensemble, inventer ensemble. Nous sommes prêts à écouter, à être entendus et à débattre.

Quelle est la spécificité du territoire sur lequel est implanté le CDN ?

Abdelwaheb Sefsaf : Sartrouville est un territoire très contrasté, entre quartiers pavillonnaires et quartiers populaires. Le théâtre est l’un des rares endroits où ces publics se retrouvent vraiment. C’est notre mission première : faire société. Et j’ai le sentiment que, ici, nous la remplissons pleinement.


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