© Sigrid Colomyès

Midnight souls : un prince en son palais

Dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, au cœur d’une magnifique installation d’œuvres monumentales du plasticien Jean-Michel Othoniel, Carolyn Carlson a conçu une pièce dont on retient surtout l’éclat singulier du danseur étoile Hugo Marchand.
19 août 2025
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Il apparaît à cour et avance lentement, semblant glisser sur une sorte de pont fait de briques de verre devant l’imposant mur, dont les fenêtres sont aussi ornées de pavés bleus. Sur le vaste plateau trônent trois sculptures de quatre mètres de hauteur, inspirées des yardangs, ces formations rocheuses que l’on trouve en milieu désertique. Avec la grâce qui est la sienne, Hugo Marchand se déplace de l’une à l’autre de ces sentinelles veillant sur l’amour impossible du poète italien Pétrarque pour Laure, sa muse rencontrée en avril 1327 dans la cité des Papes, qui a inspiré Jean-Michel Othoniel et, par extension, la chorégraphe Carolyn Carlson.

L’art dans tous ses états
© Sigrid Colomyès

Une « constellation artistique » de 260 œuvres, le plus grand projet du sculpteur Jean-Michel Othoniel à ce jour, scintille autour du thème de la passion amoureuse à Avignon depuis fin juin. Pour fêter les vingt-cinq ans de sa désignation comme capitale européenne de la culture et les trente ans de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO, la ville a invité le plasticien à investir ses sites emblématiques : son célèbre pont, les musées et, évidemment, le Palais des Papes.

Début août, alors que la ville-théâtre avait tiré le rideau de la 59e édition de son festival, Midnight souls, pièce imaginée en résonance avec les sculptures, a fait vibrer la Cour d’honneur une dernière fois pour cette saison. Le trio Carolyn Carlson – Hugo Marchand – Jean-Michel Othoniel n’est pas inédit : tous trois avaient déjà collaboré en 2022 à l’occasion du solo Sunlight under Water, créé par la chorégraphe pour le danseur étoile devant Les Belles Danses, sculptures-fontaines de l’artiste installées au château de Versailles.

Une calligraphie intime et poétique

Voyageur égaré, habité par une mélancolie, une noblesse sombre, Hugo Marchand pourrait être écrasé par cet environnement. Au contraire, le danseur y évolue comme un Prince en son Palais. Combien de temps dure ce moment ? On ne saurait le dire, captivé par chaque mouvement, chaque frémissement. Chaque minute s’étire au rythme du danseur.

Le mistral s’engouffre dans son costume bleu-gris et accentue son côté aérien. Du bout de ses mains à la pointe de ses pieds, il dessine dans l’espace une calligraphie intime et poétique sur les musiques de René Aubry et Philip Glass. La gestuelle de Carolyn Carlson lui sied parfaitement, et l’on reste suspendu à cette première partie poignante.

Percer le mystère de l’autre
© JP Robin

Rejoint par la danseuse Caroline Osmont, à la chevelure dorée telle la muse du poète, puis par le danseur Juha Marsalo, l’histoire que ce trio raconte évoque les tourments d’une passion contrariée. Les portés s’enchaînent, véloces et lyriques. Les deux semblent vouloir sortir d’eux-mêmes pour tenter de percer le mystère de l’autre ou d’échapper à leur propre énigme. Une femme en noir, telle une âme errante, apparaît par moments. La même Laure emportée par la Peste ?

Esthétiquement, difficile de ne pas être séduit par la proposition, même si, il faut bien le reconnaître, elle perd de sa force sur la durée. De cette performance éphémère demeurent les trois sculptures monumentales de Jean-Michel Othoniel, visibles durant tout le reste du mois d’août et une partie du mois de septembre.


Midnight Souls de Carolyn Carlson dans le cadre de l’exposition Othoniel Cosmos ou Les Fantômes de l’Amour.
Les 1er et 2 août dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes
Durée 1h

Chorégraphie de Carolyn Carlson assistée de Sara Orselli
Avec Hugo Marchand, Caroline Osmont de l’Opéra de Paris et Juha Marsalo de la Carolyn Carlson Company.
Musiques de René Aubry et Philip Glass


Othoniel Cosmos ou Les Fantômes de l’Amour.
Du 28 juin 2025 au 4 janvier 2026 à Avignon.

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