Marilyne Fontaine © T. Ledoux
Marilyne Fontaine © T. Ledoux

Marilyne Fontaine, la langue comme horizon

Blonde solaire au regard brun, voix grave et enthousiasme communicatif, la comédienne reprend, à la Scala Paris, Peu importe de Marius von Mayenburg, mis en scène par Robin Ormond. Présence irradiante, elle confirme un parcours tel un souffle vital.
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Tout commence comme une quête intime. À douze ans, Marilyne Fontaine découvre sur scène un espace où respirer, un lieu où affirmer sa place. Trois ans plus tard, un événement bouleverse son existence. À quatorze ans, une opération chirurgicale lui fait frôler la mort. « Il y avait pour moi une urgence à parler, à donner vie aux mots que j’avais au plus profond de moi », confie-t-elle. Depuis ce jour, le théâtre n’est plus un simple choix, mais une nécessité vitale, un souffle de survie.

Andromaque de Racine, mise en scène de Robin Renucci © Sigrid Colomyès
Andromaque de Racine, mise en scène de Robin Renucci © Sigrid Colomyès

Adolescente, elle multiplie les expériences avec la troupe amateur Théâtre Métro Atelier avant de rejoindre la Scène sur Saône à Lyon, une école d’art dramatique fondée à la fin des années 90. Elle y fait une rencontre déterminante avec Jean Marc Avocat. Deux années d’apprentissage rigoureux, puis le Conservatoire de Montpellier, dirigé alors par Ariel Garcia-Valdès. Ses professeurs, Claude DegliameSerge Merlin, Vincent Macaigne et Cyril Teste éveillent son goût d’un travail organique, brûlant de vérité. 

Poussée par le metteur en scène franco-espagnol, convaincu qu’elle a encore un potentiel à déployer, elle franchit un pas supplémentaire en passant le concours du Conservatoire national supérieur de Paris. Dominique Valadié et Alain Françon y marquent profondément sa pratique. Elle apprend à appréhender un texte sans a priori, « vierge », à laisser la langue résonner et à offrir au spectateur le temps de tracer son propre chemin. « Je me sens comme un piano dont les notes ne demandent qu’à être jouées », répète-t-elle.

Tragédienne malgré elle

Hermione, Phèdre, Mademoiselle Julie… autant de rôles qui ont jalonné son parcours et nourri la tragédienne. Elle se souvient de son désir ardent d’incarner Hermione dans Andromaque. Robin Renucci l’imaginait plutôt dans le rôle-titre, mais elle a insisté, plaidé, convaincu. Elle savait qu’une telle chance ne se représenterait pas. Le rôle s’est révélé vertigineux, un terrain d’exploration inoubliable. Hermione n’était d’ailleurs pas une inconnue. Déjà au Conservatoire, elle avait présenté plusieurs extraits du personnage, notamment lors du concours Silvia Monfort, qui distinguait alors les jeunes tragédiennes.

Phèdre de Racine, mise en scène de Robin Renucci © Pierre Gondard
Phèdre de Racine, mise en scène de Robin Renucci © Pierre Gondard

Avant cela, elle avait abordé Alfred de Musset et Oscar Wilde, avec Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée au théâtre à l’Œuvre, dans une mise en scène de Jean-Marie Besset et L’Importance d’être sérieux, mis en scène par Gilbert Désveaux au Théâtre des 13 vents à Montpellier puis au Montparnasse à Paris. Mais Mademoiselle Julie a marqué un tournant. L’un de ses premiers grands rôles après le Conservatoire, ce texte de Strindberg (aux côtés de Thierry Godard) l’avait saisie par son intensité brute et son mélange de passion et de cruauté… Un rôle qui lui a appris à se mettre en danger, à plonger sans filet dans les contradictions les plus profondes.

Ces expériences l’ont façonnée, mais elle se garde de toute étiquette. La comédienne n’a pas choisi la tragédie, ce sont les textes et les metteurs en scène qui l’y ont conduite. Si l’alexandrin lui est désormais familier, presque naturel, elle revendique un désir ardent de se confronter aux écritures contemporaines. Avec Robin Ormond, elle retrouve ce rapport de confiance et de rigueur qu’elle a toujours recherché. Le metteur en scène l’accompagne sans jamais imposer, la laisse porter la langue et en faire surgir sa propre résonance. « Les personnes que je comprends le mieux, je leur parle peu, mais on arrive à se saisir par des choses invisibles, comme avec Robin Renucci, d’ailleurs. », dit-elle. Avec lui, elle a l’impression d’accoucher du texte, d’en laisser jaillir une vérité neuve.

À quarante ans, Marilyne Fontaine revendique cette double appartenance : tragédienne et actrice de son temps, prête à se nourrir des grandes voix du passé comme des écritures contemporaines.

Le texte comme boussole

Chez elle, tout commence avec la langue. Crayon en main, elle lit, relit, écoute les respirations, les césures, la musique des mots. Pour préparer Phèdre, elle s’est nourrie d’enregistrements de Dominique Blanc, d’Elsa Lepoivre, de Sarah Bernahrdt ou de Nada Strancar, de notes de psychanalystes, de carnets de metteurs en scène. « Le plus difficile n’est pas de maîtriser la langue, mais de rester disponible », souffle-t-elle.

Avec Peu importe, l’approche diffère. Marius von Mayenburg demande une précision d’orfèvre et une attention extrême aux chevauchements des répliques. Guidés par Robin Ormond et le traducteur Laurent Muhleisen, les comédiens répètent au cordeau. Dans la vie, la parole se chevauche naturellement ; au théâtre, elle exige une rigueur d’acrobate. Entendre l’autre sans prendre le temps de l’écouter. Avec ce texte, Marilyne Fontaine explore avec son partenaire Assane Timbo, les tensions du couple contemporain, tiraillé entre charge mentale, inégalités et responsabilités. Elle aime que l’auteur brouille les codes, inverse les sexes. Les mots changent selon qu’ils sont dits par une femme ou par un homme, mais les blessures qu’ils révèlent demeurent étrangement semblables.

Une quête d’humain
Peu importe de Marius von Mayenburg, mise en scène de Robin Ormond © Vahid Amanpour
Peu importe de Marius von Mayenburg, mise en scène de Robin Ormond © Vahid Amanpour

Éclectique, Marilyne Fontaine navigue de Marivaux et Tchekhov aux écritures pour le jeune public qu’elle met en scène. D’abord comme un défi avec Celeste Gronde de Joséphine Chaffin. Puis par goût en adaptant Blanche-Neige, histoire d’un Prince de Marie Dilasser, dont elle avait vu la version créée à Avignon par Michel Raskine. Elle s’ouvre ainsi à de nouvelles voix. Son fil rouge reste une quête de l’humain dans toutes ses contradictions. Elle confie que son existence n’a de sens que si elle travaille sur les complexités de l’être.

Travailleuse infatigable, elle enchaîne les projets avec une énergie qui semble inépuisable. Pour garder l’équilibre, elle s’accorde des retraites de yoga et de silence. Ces parenthèses de vide sont nécessaires à la création. Sur scène, son regard brun, sa voix grave et son enthousiasme donnent à chacun de ses personnages une densité rare.

Marilyne Fontaine conjugue instinct et rigueur, passion et exigence. Actrice de langue autant que de chair, elle fait vibrer le théâtre avec une intensité qui n’appartient qu’à elle.


Peu importe de Marius von Mayenburg
La Scala Paris
Du 12 septembre 2025 au 4 janvier 2026
Durée 1h20
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La Scala-Provence – Festival Off Avignon
du 5 au 26 juillet 2025 – relâche les 7, 14, 21 juillet 2025 à 15h35

Mise en scène et traduction de Robin Ormond
Avec Marilyne Fontaine et Assane Timbo
Scénographie & lumières de Manon Vergotte
Costumes de Louise Digard
Création sonore d’Arthur Frick
Dramaturgie de Laurent Muhleisen

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