Chloé Dabert © Manuel Braun

Chloé Dabert : « Friedrich Schiller écrit un thriller politique autant qu’une fresque historique »

À La Comédie de Reims, la metteuse en scène met en scène "Marie Stuart" de l’auteur allemand. Elle y explore le rapport au pouvoir et à la féminité à travers deux figures mythiques, incarnées par Bénédicte Cerutti et Océane Mozas. Rencontre. 
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Comment avez-vous découvert le texte de Schiller ?

Chloé DabertCes dernières années, j’ai travaillé presque exclusivement sur des textes contemporains britanniques, souvent tout juste écrits. Le travail sur Le Firmament de Lucy Kirkwood, situé au XVIIIe siècle, puis sur Far Away de Caryl Churchill, dont la langue poétique et puissante ouvre un abîme de questions, a nourri mon désir de fiction, de poésie et de personnages à distance de l’actualité immédiate. C’est Sébastien Eveno qui m’a conseillé la pièce. Je ne connaissais pas l’œuvre de Schiller, mais le titre m’a donné envie de la lire.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de monter ce projet ?
Marie Stuart de Friedrich Schiller, mise en scène de Chloé Dabert © Marie Liebig
photo de répétition © Marie Liebig

Chloé Dabert : J’ai été fascinée par ces deux personnages féminins et par le contexte historique et politique dans lequel elles évoluent. Le texte est dense, complexe, sans message univoque, mais rempli de questions que j’ai voulu explorer au plateau. Je pensais découvrir une pièce purement historique. 

En réalité, même si elle est très documentée, c’est le scénario et la langue de Schiller qui dominent. Je l’ai lue comme un film, un thriller. Et bien sûr, la rareté de tels personnages féminins dans le répertoire classique, leur rapport au pouvoir et à la féminité, résonnent fortement avec notre monde contemporain.

Le texte évoque deux idéologies sur fond de guerre de religion et de fanatisme, qui mènent à la mort de l’héroïne. On y entend des échos de conflits actuels. Comment l’avez-vous abordé ?

Chloé Dabert : Certains passages sont frappants tant ils résonnent avec l’actualité, même si le texte date de 1800. J’ai choisi de rester dans l’époque de Marie Stuart et d’Élisabeth, afin de ne pas transposer et de laisser le texte parler de lui-même. 

Les enjeux de pouvoir, d’intérêt personnel, d’instrumentalisation de la religion, d’opinion publique, de raison d’État ou de justice traversent toutes les époques. C’est universel et intemporel. Avec ma fidèle équipe, nous nous sommes concentrés sur la narration et sur la richesse du texte, dans toutes ses dimensions, qu’elles soient poétiques, historiques, politiques et philosophiques.

Avec Marie La Rocca et Cécile Kretschmar, nous nous sommes inspirées du XVIe siècle pour les costumes et coiffures. Avec Pierre Nouvel (scénographie), Lucas Lelièvre (création sonore) et Sébastien Michaud (lumières), nous avons imaginé un espace plus contemporain, plus froid, pour éviter la reconstitution et faire dialoguer les époques. Nous avons aussi souhaité renouer avec l’artisanat du théâtre – machinerie, toiles peintes –, sans vidéo cette fois.

C’est aussi le portrait de femmes que tout oppose en apparence. Comment cela transparaît-il au plateau ?
photo de répétition © Marie Liebig

Chloé Dabert : Marie et Élisabeth sont le miroir l’une de l’autre. Finalement, elles ne sont pas si différentes. Toutes deux sont des femmes de pouvoir, qui inventent leurs propres stratégies pour le conserver et survivre dans un univers hostile. Elles n’utilisent simplement pas les mêmes armes. 

À ce moment de leur histoire, l’une a le pouvoir, l’autre est prisonnière… mais si c’était l’inverse ? La pièce est construite de façon singulière. Il y a un acte pour Marie, un autre pour Élisabeth, puis leur confrontation à l’acte III, avant la déconstruction finale. Nous avons travaillé la prison de Marie dans une veine plus cinématographique, tandis que la cour d’Élisabeth est plus théâtrale.

Comment le choix de Bénédicte Cerutti pour le rôle-titre s’est-il imposé ?

Chloé Dabert : Je travaille en troupe depuis longtemps. Quand je choisis un texte, je pense toujours aux interprètes qui m’entourent. Avec Bénédicte, nous avons une grande complicité. C’est notre cinquième création, et je sais qu’elle peut tout jouer. Dans l’histoire, Marie est emprisonnée depuis près de vingt ans et a déjà eu plusieurs vies. 

Il fallait donc une actrice d’expérience, dotée d’une grande force et d’un talent d’oratrice. En parallèle, le choix d’Océane Mozas s’est imposé, dès Le Firmament. Je voulais surtout un duo solide, deux grandes comédiennes. La pièce s’appelle Marie Stuart, mais le titre pourrait tout aussi bien contenir les deux noms.

Comment avez-vous travaillé la dramaturgie ?
photo de répétition © Marie Liebig

Chloé Dabert : Je n’ai pas voulu adapter le texte, mais le monter dans son intégralité. Le travail dramaturgique s’est fait aux répétitions, avec la complicité d’Alexis Mullard, auteur, et de Virginie Ferrere, mon assistante depuis Le Firmament. J’ai besoin d’entendre le texte pour le comprendre, et de laisser de la place aux interprètes. 

Certaines coupes se sont décidées ensemble, au plateau. Ce qui n’est pas dit est pris en charge par le jeu ou la mise en scène, et reste présent autrement. Le texte de Schiller est brillant, très construit. Supprimer des passages fut difficile, mais c’est le plateau qui a tranché.

Comment travaillez-vous au plateau ?

Chloé Dabert : En collégialité. Chacun·e apporte des propositions et nous cherchons ensemble une cohérence. Je ne travaille jamais de la même façon, chaque écriture impose sa méthode. C’est donc toujours empirique, je cherche ce qui me paraît le plus juste pour faire entendre l’œuvre.


Marie Stuart de Friedrich Schiller
Création 2025
La Comédie de Reims
du 2 au 9 octobre 2025
durée 3h30 avec entracte

Tournée
15 et 16 octobre 2025 au  Théâtre de Cornouaille, Scène nationale de Quimper
14 au 29 janvier 2026 au TGP – Centre dramatique national de Saint-Denis 
2 au 7 février 2026 Théâtre du Nord – CDN Lille Tourcoing Hauts-de-France 
9 au 13 février 2026 à la Comédie de Béthune – CDN Nord – Pas-de-Calais 
25 février au 04 mars 2026 au Théâtre national populaire de Villeurbanne – Lyon 
11 & 12 mars 2026 à la Comédie de Valence, CDN de Drôme-Ardèche 
24 au 27 mars 2026 Théâtre national de Bretagne, Rennes 
8 & 9 avril 2026 au Théâtre à Pau
14 au 17 avril 2026 au  ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie

Mise en scène de Chloé Dabert assistée de Virginie Ferrere
Avec Bénédicte Cerutti (artiste associée), Brigitte Dedry, Jacques-Joël Delgado (jeune troupe de Reims), Koen De Sutter, Sébastien Éveno (artiste associé), Cyril Gueï, Jan Hammenecker, Tarik Kariouh, Marie Moly (jeune troupe de Reims , Océane Mozas, Makita Samba & Arthur Verret
Collaboration à la dramaturgie – Alexis Mullard, Jeune troupe de Reims 
Scénographie, dessin de Pierre Nouvel
Costumes de Marie La Rocca
Lumières de Sébastien Michaud
Son de Lucas Lelièvre
Maquillage, coiffure de Cécile Kretschmar assistée de Judith Scotto Le Massèse
Réalisation toile peinte de Marine Dillard
Atelier décor – Ateliers du Nouveau Théâtre de Besançon

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