Sur un plateau blanc immaculé, ceint de billes de terre brune, sur lequel cheminent lentement quelques escargots factices, deux chevaliers se font face, silhouettes comme échappées du roman médiéval de Chrétien de Troyes.
Une mécanique du récit déréglée

Empruntant au mime et à la bande dessinée certains de ses codes, le spectacle, imaginé par Edith Proust, repose presque entièrement sur une bande enregistrée, portée par la voix douce et rêveuse de Denis Podalydès. Le récit se déroule puis se dérègle, imperceptiblement. La matière sonore ralentit, se rembobine, bifurque, laissant affleurer par fragments l’enfance protégée de Perceval, sa rencontre avec Gornemant, la quête du Graal ou encore son entrée à la Table ronde. Tout passe à travers un filtre enfantin, transgressif et décalé à la fois.
Le geste prend alors le relais. La pantomime structure le propos, le burlesque infléchit les situations, tandis que les images médiévales apparaissent le plus souvent anachroniques en filigrane. Le texte suit ce mouvement, digresse, accélère ou suspend son cours. Une forme de liberté affleure, nourrie par le travail de clown d’Édith Proust, qui privilégie l’écart et l’inadéquation au détriment du récit.
Une fantaisie qui peine à s’incarner
Cette liberté reste pourtant contenue et peine à transformer la matière initiale. À force de naïveté et de traits granguinolesques, la proposition se maintient dans un cadre burlesque, volontairement grotesque. Le jeu amuse par moments, mais ne fait pas basculer l’ensemble. Les figures se succèdent – jeune chevalier, mentor, duo en armure, troubadour – sans qu’émerge une vision véritablement décalée du héros et de sa place dans nos mythes.
Par touches, néanmoins, apparaît un geste plein de fausse naïveté. La voix éraillée d’Edith Proust, son regard grand ouvert d’ingénue, installent une étrangeté troublante, tandis qu’Alain Lenglet conserve une élégance constante jusque dans le décalage de son costume et du maquillage. Ces fragments existent, mais restent dispersés.
Le déplacement de Perceval vers le clown demeure perceptible, sans se prolonger pleinement, comme une esquisse qui reste en suspens, sans jamais aller au-delà de la surface.
Les Héros ne dorment jamais d’Edith Proust, llibrement inspiré de Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes
Théâtre du Petit Saint-Martin – La Comédie-Française hors les murs
du 20 mars au 10 mai 2026
durée 1h20 environ
Mise en scène d’Edith Proust
Texte d’Edith Proust, Laure Grisinger et Justine Bachelet
avec Alain Lenglet & Edith Proust
Dramaturgie de Laure Grisinger
Scénographie de Hélène Jourdan
Costumes de Colombe Lauriot Prévost assistée de Kali Thommes
Lumières de Diane Guérin
Son de Vanessa Court
Collaboration artistique de Justine Bachelet