Le souvenir de Catherine Samie est automatiquement rattaché à la Maison de Molière, qu’elle servit corps et âme de tout son cœur. Formée au Centre d’art dramatique de la rue Blanche, puis au Conservatoire National d’Art Dramatique, elle entre en 1956 à la Comédie-Française, pour ne plus en sortir. Nommée en 1962, 438e sociétaire, elle en fut sa doyenne de 1989 à 2006, et après sa retraite, sociétaire honoraire.
Un cœur en or au service d’une grande maison

Sa retraite, parlons-en : un moment magique auquel j’ai eu la chance d’assister. Toute la Comédie-Française s’était mise en quatre pour célébrer leur doyenne dans un spectacle hommage aussi drôle qu’émouvant. Ces deux adjectifs qui siéent à merveille à l’étendue de son talent. Car Catherine Samie, impayable Môme Crevette chez Feydeau, excellait dans le registre comique, comme dans le dramatique. Elle était bouleversante dans La dernière lettre d’après Vie et Destin de Vassili Grossman. La tendresse de ses camarades démontrait tout l’amour qu’ils ressentaient pour cette lumineuse personnalité, toujours souriante.
On garde en mémoire ses éclats de rire devant le numéro de duettistes, entre Denis Podalydès et Guillaume Gallienne. Ce dernier, revêtu de la robe d’Agnès de l’École des femmes, incarnait Catherine Samie. « Madame le Doyenne », comme l’appelait tendrement la troupe, expliquait à la nouvelle doyenne Christine Fersen, incarnée plus vrai que nature par Denis Podalydès, toutes les tâches qui incombaient à sa charge. Plus la première y allait de toute son énergie, plus l’autre sombrait dans les affres. Catherine Samie avait pris très à cœur son rôle et dépensait sans compter son temps, entre les visites aux vieux artistes de Pont-aux-Dames et les inaugurations en tout genre.
Une comédienne au service des textes

Ce rire étincelant, son regard plein de malice et cette voix rauque lui donnaient quelque chose d’indéfinissable. Chacune de ses interprétations, que ce soit pour un grand ou un petit rôle, comme c’est souvent le cas au Français, était du diamant brut.
Ses deux dernières apparitions sur la scène furent, en 2012, dans Oh les Beaux jours ! de Beckett, mis en scène par Frederick Wiseman, où elle fut une extraordinaire Winnie. Et en 2015, sous la coupole du Grand Palais, où Éric Ruf avait monté son formidable Peer Gynt d’Henrik Ibsen. La comédienne incarnait, de toute sa fragilité mâtinée d’une force immense, Åse, la mère de cet enfant terrible. Aujourd’hui, on pense bien sûr à toute la Troupe qui lui rendra hommage le 15 janvier, lors de la soirée dédiée à Molière – ce Patron qu’elle a tant aimé – et à sa fille, la délicieuse comédienne Céline Samie. Au revoir Madame, merci pour vos beaux et loyaux services au théâtre français.
Son sourire et son regard, quelle douceur chez cette femme