Malgré son titre, rien n’est véritablement paisible dans Paisiblement. Rien de frontal, mais plutôt quelque chose de sourd, d’indicible. Une manière de communiquer autrement l’inaudible. Au sol, trois panneaux de carton épars servent d’unique décor. Puis le tintement métallique d’un instrument de cuivre frappé à intervalles réguliers par le musicien Modar Salama. Un rythme minimal, presque cérémoniel, qui agit comme un appel.
Trois corps, une musique

Trois silhouettes apparaissent. Une femme, deux hommes vêtus de sombre, les visages fermés, la mine grave, ils s’emparent de ces sortes de pancartes et les dressent face à eux. Immédiatement, des images de manifestations, de foules qui défilent, de corps tentant encore de faire barrage surgissent. Aucun slogan n’est inscrit. Inutile. L’imaginaire fait le reste. Tout est déjà là, dans les postures, les regards, la manière de tenir debout.
Profondément marqué par les massacres ayant frappé la communauté druze à Sweida en 2025, Mithkal Alzghair compose une pièce traversée par les questions de disparition, de transmission et de survie culturelle. Inspiré autant par les hibakusha japonais que par les danses populaires syriennes, palestiniennes ou amérindiennes, il cherche moins à illustrer la violence qu’à faire surgir ce qu’elle tente précisément d’anéantir : une mémoire collective inscrite dans les gestes.
Des corps qui refusent de céder
La danse, ici, n’est ni décorative ni esthétique, elle est revendicative. Elle vient du sol, des jambes, du poids des corps. Un pas martelé, un bras levé, des mains qui se croisent, des corps qui se percutent, un déséquilibre repris de justesse. Tout semble traversé par une tension permanente entre l’effondrement et le soulèvement. Chacun des danseur·euses portent en eux sa propre histoire, son propre ressenti, mais également des récits anciens, des traditions empêchées, des chants étouffés.

La musique jouée en direct par Modar Salama amplifie cette sensation d’urgence. Percussions, vibrations métalliques, nappes plus organiques accompagnent les mouvements sans jamais les illustrer. Ensemble, ils composent un rituel contemporain, une transe retenue où chaque geste devient une tentative de rester vivant.
Ce qui bouleverse dans Paisiblement, ce n’est pas tant sa forme, volontairement dépouillée, que ce qu’elle dégage. Face au massacre, à l’oppression, à la pensée unique qui cherche à uniformiser les peuples et les récits, Mithkal Alzghair oppose autre chose que la violence. Il propose la persistance des corps. La danse comme archive fragile mais indestructible. Comme si continuer à bouger était en soi résister.
Paisiblement de Mithkal Alzghair
Atelier de Paris / CDCN dans le cadre du Festival June Events
26 mai 2026
durée 50 min
Tournée
13 au 17 juillet 2026 à la Belle Scène Saint-Denis dans le cadre du Festival Off Avignon
30 novembre et 1er décembre 2026 à l’Espace Pasolini de Valenciennes dans le cadre du Next Festival
Chorégraphie et interprétation de Mithkal Alzghair
Avec Samil Taskin & Mooni Van Tichel
Création sonore et musique live de Modar Salama
Création lumière d’Abigail Fowler