Séphora Pondi © JF Paga

Avale, chair à vif, plume à l’os

Pour son entrée en littérature, Séphora Pondi signe un récit sombre, organique et rugueux. Deux psychés s'y font face, l'une propulsée dans la lumière, l'autre rongée par l'impossibilité d'exister. Un premier roman de chair, de désir et de prédation.
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Les mots frappent, claquent, accrochent. Pas de gras, peu d’effets. Séphora Pondi écrit au cordeau, dans une langue âpre qui gratte autant qu’elle séduit. Elle va droit aux sensations, au plus près de la peau. Celle de Lame, jeune comédienne noire en pleine ascension, se couvre d’un eczéma tenace au moment où sa carrière décolle.

Longtemps, la jeune femme cherche sa place. Puis le théâtre entre dans sa vie et la révèle à elle-même. Sur les plateaux, elle vibre, attire les regards, enchaîne les rôles. Elle n’a pourtant rien de la jeune première et le revendique. Noire et grosse, elle refuse de se laisser enfermer dans ce que les autres voudraient voir d’elle. Mais elle se laisse griser par le succès. Dans l’ombre, pourtant un homme la harcèle et promet de la dévorer.

Dans la lumière et dans l’ombre

Lui pourrait traverser une foule sans être remarqué. Tom, de son vrai nom Romain Marais, porte une enfance marquée par le harcèlement et les rejets. Ses parents, des banlieusards sans histoire, sentent bien que quelque chose déraille sans savoir comment le comprendre ni l’aider. En apparence, tout finit pourtant par rentrer dans l’ordre. Il étudie, mène une existence banale. Mais les frustrations s’accumulent, les désirs se tordent et Lame devient une obsession.

C’est dans ce mouvement contraire que le roman trouve sa tension. Elle accède à cette lumière qu’elle désirait sans mesurer sa possible violence
. Lui demeure dans l’angle mort et ne supporte plus son insignifiance. Elle veut exister sans être réduite à son corps. Lui finit par vouloir posséder celle qui incarne tout ce qui lui échappe.

Les mots sous la peau

Le corps devient leur terrain de bataille. Il désire, mange, grossit, jouit, démange, souffre. Séphora Pondi y inscrit les rapports de domination, le racisme, les différences sociales et la violence faite aux femmes. Tout passe par les sensations, parfois jusqu’à l’écœurement.

La plume de la pensionnaire de la Comédie-Française se révèle dans toute sa rugosité et épouse cette fièvre. Les phrases sont courtes, le rythme sec, parfois drôle, souvent féroce. Elle pousse les corps et les sensations jusqu’à l’indicible. Le roman déborde, sature, mais cette démesure participe aussi de son trouble.

Couronné par le prix des Inrockuptibles puis par le Roman des étudiants France Culture, ce premier livre taille dans le vif. Séphora Pondi pousse ses deux personnages dans leurs retranchements, explore ce que le désir peut avoir de plus vil, de plus perturbant, et laisse rarement le lecteur à distance. Tout est là, brûlant, incandescent, déroutant. Une voix s’impose, charnelle, singulière, qui joue avec les mots et leurs résonances bien au-delà des pages.


Avale de Séphora Pondi
Éditions Grasset
224 pages

Prix conseillé 20 euros
paru le 27 août 2025

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