© Aurélien Foubert

Audran Cattin : Le vertige du plateau

De La Corde de Patrick Hamilton mise en scène de Guy-Pierre Couleau au Studio Marigny, à Match retour de Félicien Juttner créé à La Flèche, le comédien, découvert par le grand public à la télévision dans Les Bracelets rouges ou Philmarmonia, trace son sillon avec intensité dramatique et légèreté comique.
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À trente ans à peine, Audran Cattin, regard vert intense, visage taillé à la serpe, mais gardant un je-ne-sais-quoi de l’enfance, se tient déjà au croisement de plusieurs chemins. Après avoir incarné l’un des jeunes étudiants fascinés par les cours du professeur Keating dans l’adaptation du Cercle des poètes disparus par Olivier Solivères, il investit cet automne le Studio Marigny aux côtés de Myriam Boyer dans La Corde, huis clos haletant adapté de la pièce de Patrick Hamilton popularisée par Alfred Hitchcock, sous la direction exigeante et subtile de Guy-Pierre Couleau

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Le personnage désincarné d’Arnaud Denis © Laurencine Lot

En parallèle, il se prépare pour la tournée de Match retour, texte de Félicien Juttner créé dans quelques jours au Théâtre La Flèche, comédie douce-amère où se frottent amitié, crise existentielle et humour salvateur. Deux univers que tout oppose, mais qui disent l’ampleur d’un acteur en pleine affirmation.

Une révélation adolescente 

Né à Paris et ayant grandi à Bordeaux, Audran Cattin découvre le théâtre presque par hasard, au détour d’une option scolaire. « Javais treize ans, et mes parents, qui ont toujours soutenu mes envies, mont inscrit dans une école extrascolaire de théâtre, Le Théâtre en plus, dirigée par Béatrice Bénéro, fondatrice de la compagnie Théâtre en poche. Elle ma confié à quatorze ans un rôle de poète SDF. Sur scène, jai ressenti un bien-être et une écoute incroyables. Ce jour-là, jai eu comme une révélation, je voulais vivre ça tous les jours. » Dès lors, le théâtre sera sa maison.

À dix-huit ans, il monte à Paris, passe par le cours Cochet, puis par Le Foyer, fondé par Axel Blin et Arnaud Denis, avant d’intégrer la Classe libre du Cours Florent. Là, il affine son art, apprend la rigueur, la disponibilité et la patience. La télévision lui ouvre d’abord ses portes avec Les Bracelets rougesPhilmarmonia ou Les Rivières pourpres. Mais malgré une notoriété grandissante, une part de lui reste en suspens. « J’étais reconnaissant, mais pas à ma place. Je manquais du vertige, du côté marathonien du théâtre, de cette remise au présent chaque soir. »

L’école du plateau 
Le cercle des poètes disparus de Tom Schulman, mise en scène d’Olivier Solivérès © Louis Josse JMD production

Rêvant de revenir sur les planches et de retrouver de l’exaltation d’être devant un public, il bifurque, au prix de deux années d’incertitudes. Le doute, les petits boulots, quelques rôles au théâtre comme Le Testament Médicis de Stéphane Landowski, mis en scène par Raphaëlle Cambray au Théâtre Lepic… Il attend. Jusqu’au moment où il est pris pour incarner Charlie, le rebelle, dans Le Cercle des poètes disparus, adapté au théâtre. 

L’aventure au long cours s’impose comme une expérience fondatrice. Avec plus d’un an et demi de tournée, près de trois cents représentations, sans doublure ni filet, le trentenaire affute ses armes et fait du plateau son lieu de vie. « L’épuisement, la répétition, la recherche constante de nouveauté m’ont appris la résilience et l’endurance. J’en suis sorti transformé. »

Entre intensité dramatique et légèreté

Cette école de la scène, il la met aujourd’hui à l’épreuve dans La Corde. L’intrigue – un dîner entre jeunes gens convaincus de leur supériorité intellectuelle, qui vire au drame – résonne singulièrement avec les obsessions contemporaines. « Le surhomme nietzschéen, la manipulation, la question de la puissance, c’est autant de thèmes qui traversent encore nos sociétés, souligne le comédien. » Aux côtés de Myriam Boyer, il goûte la précision d’un travail au cordeau. « Guy-Pierre Couleau a une finesse rare dans la direction d’acteurs. On prend le temps de chercher le sens de chaque phrase, même avec un mois seulement de répétitions. C’est galvanisant. »

À La Flèche, l’atmosphère est toute autre avec Match retour. Le texte de Félicien Juttner, ancien pensionnaire de la Comédie-Française, qui fut son professeur au Cours Florent, se penche sur Stan, quadragénaire à la dérive, visité par un ami d’enfance. Une heure dix de confrontation entre désespoir et légèreté. « C’est une comédie, mais une comédie qui parle aussi de la mort et du suicide. On rit, on tremble, on réfléchit. » Aux côtés de Maxime Gleizes, avec qui il partage l’héritage de la Classe libre, il alterne le rôle avec Édouard Eftimakis. Le trio espère déjà amener le spectacle à Avignon en 2026.

Soleil blanc et la musique des mots
Album Soleil blanc d’Audran Cattin © DR

Artiste aux multiples cordes, Audran Cattin s’est aussi essayé à la musique. En 2023, il entame une carrière dans le rap avec la parution d’un premier EP, EMOJI. Auteur et compositeur, il donne aux mots, aux notes, les émotions brutes qui l’habitent autant qu’elles le traversent. 

Il y révèle une plume acérée et poétique. Sa sensibilité donne à la musique une sincérité qui saisit et attrape. Depuis, il s’est orienté vers un univers moins marqué dans le style, mais tout aussi personnel. En février 2025, il sort Soleil blanc, un album qui confirme cette évolution et élargit encore le champ de ses expressions artistiques.

Le goût de la transmission

Derrière la précision de son jeu, Audran Cattin cultive une vision d’ensemble. Il s’est déjà essayé à la mise en scène, notamment au Théâtre La Flèche où, en 2022, il adaptait Effleurer l’abysse de Solenn Denis. Ce qui l’a tout de suite embarqué, c’est la direction d’acteurs. « J’adore trouver la bonne manière de parler à chacun, de m’adapter aux sensibilités et aux égos. La langue française permet de nuancer une pensée, et voir naître sur scène ce qu’on a formulé, c’est d’une richesse infinie. »

Son parcours s’écrit ainsi, entre rigueur et humanité, exigence et bienveillance, figures tutélaires et compagnonnages. Audran cite volontiers Cochet pour la discipline, Arnaud Denis, qui l’a dirigé dans un de ses textes, Le Personnage désincarné, à la Huchette, pour l’ouverture, Jean-Pierre Garnier pour l’écoute, ou encore Éric Laugérias, acteur discret et polyvalent, comme modèle de trajectoire. « C’est ce genre d’artiste et d’humain que j’aimerais devenir. »

Une corde vibrante

À la croisée de ses projets, entre Marigny et La Flèche, Audran Cattin avance avec une intensité tranquille. Il se sait au début de quelque chose, au bord d’un précipice vertigineux, à la fois fragile et vibrant. Enfin à sa place, il choisit de s’y jeter, soir après soir.


La Corde d’après la pièce de théâtre Rope de Patrick Hamilton
Studio Marigny
à partir du 24 septembre 2025
durée 1h40

Adaptation de Lilou Fogli et Julien Lambroschini
Mise en scène de Guy-Pierre Couleau assisté d’Anne Poirier-Busson
Avec Myriam Boyer, Lucie Boujenah, Audran Cattin, Grégori Derangère, Martin Karmann et Thomas Ribière.
Scénographie / Costumes de Delphine Brouard
Création lumières de Laurent Schneegans
Musique de David Parienti


Match retour de Félicien Juttner
Théâtre La Flèche
du 16 au 20 septembre 2025
Durée 1h10

Mise en scène de Félicien Juttner
Avec Maxime Gleizes, Audran Cattin ou Edouard Eftimakis
Scénographie de Marie Hervé
Création lumières de François Leneveu
Création musicale de Pierre-Antoine Durand


Soleil blanc d’Audran Cattin
13 titres
Durée 43 min

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