L’œuvre de Steven Levenson et du duo Benj Pasek – Justin Paul (La La Land), raconte le mal-être des adolescents, le harcèlement scolaire, le suicide, les relations familiales et les dérives des réseaux sociaux.

Après avoir assisté à New York à une représentation, le metteur en scène Olivier Solivérès (Le cercle des poètes disparus), « profondément bouleversé par la puissance émotionnelle et visuelle de cette comédie musicale moderne », a décidé de la présenter à Paris. Visuellement, c’est très beau. Entouré d’une équipe solide – Sébastien Mizermont, qui signe les vidéos et Dimitri Vassiliu pour les lumières -, sa scénographie se déroule dans un rythme fou.
Du rythme pour une histoire de blues
A la demande de son psy, Evan, un jeune lycéen mal dans sa peau, doit s’adresser une lettre qu’il doit commencer par « Cher Evan Hansen ». Cette lettre est alors volée par un camarade au comportement étrange. Ce dernier se suicide, on retrouve sur lui cette lettre. Tout le monde croit qu’Evan était son seul ami et le jeune homme timide devient le centre du monde.
L’histoire de ce lycéen incapable de tisser des liens sociaux, se retrouvant subitement au centre d’un drame, est très américaine du point de vue sociétal. S’il n’est pas présenté comme un personnage innocent, car il a commis l’erreur de s’être inventé une autre vie sur un mensonge, il en a néanmoins tiré des leçons. Les problèmes de fond sont ainsi survolés et les personnages schématisés, et tout est bien qui finit bien.
Si les soucis des adolescents, filles et garçons, demeurent identiques dans le monde entier, il n’en est rien du côté du système éducatif, des valeurs familiales et sociétales. Demeurant trop fidèle à l’original, l’adaptation française, livret et chansons, a fini par lasser. Jouée en direct par Mika Apamian, Lucas Froget-Legendre, Simon Lehuraux et Léa Rulh, la musique est dosée entre des airs très pop et de douces ballades.
Un casting formidable

Dans le rôle d’Evan Hansen, on découvre Antoine Le Provost, un jeune artiste de grand talent. De sa voix magnifique, avec une gestuelle précise, il incarne les tourments et les tics de ce pauvre môme avec une sensibilité admirable. Dans le personnage de sa mère, trop occupée à joindre les deux bouts tout en poursuivant des études pour changer de vie, Armonie Coiffard est convaincante.
La famille Murphy est le point central de l’histoire. Il y a le fils, Connor, qui se suicide. Antoine Galey incarne avec finesse ce personnage stéréotype de l’enfant dépressif, violent et drogué. Sandrine Seubille (La voix d’or et Les téméraires) est formidable dans le rôle de sa mère, cette femme effondrée qui cherche à se déculpabiliser auprès d’Evan, le soi-disant ami de son fils. Michel Lerousseau est très fin en père qui ne sait pas trouver les mots. Lou Nagy est impeccable en sœur courage qui haïssait son bourreau de frère.
Deux autres jeunes se retrouvent aspirés par la spirale de cet arrangement avec la réalité. Il y a Alana (épatante Fanny Chelim), première de la classe et Miss je sais tout, et Jared (gaguesque Kevin Barnachea), le cancre joyeux et frimeur. Eux aussi sont des exclus du groupe et vont profiter de cette mise en lumière.
Standing ovation
Le public visé par ce musical américain est clairement celui des adolescents, qu’il dépeint finalement assez fidèlement. Bien présents dans la salle, tout comme ces adulescents encore entre deux mondes, ils se lèvent d’un bond à la note finale pour applaudir à tout rompre. Le succès est au rendez-vous.
Cher Evan Hansen, livret de Steven Levenson, musique et lyrics de Benj Pasek et Justin Paul
Théâtre de la Madeleine
Jusqu’au 17 janvier 2026
Durée 2h.
Mise en scène et adaptation texte Olivier Solivérès
Paroles Hoshi, Frédéric Strouck et David Sauvage
Avec Kevin Barnachea, Fanny Chelim, Armonie Coiffard, Antoine Galey, Antoine Le Provost, Michel Lerousseau, Lou Nagy, Sandrine Seubille.
Musiciens Mika Apamian, Lucas Froget-Legendre, Simon Lehuraux, Léa Rulh
Lumières Dimitri Vassiliu
Scénographie Sébastien Mizermont
Direction musicale Léa Rulh
Coaching vocal Camille Favre-Bulle
Designer son Jules Moreau
Habilleuse, costumière et technicienne HF Marine Lehuédé
Assistanat à la mise en scène Pierre Marazin.