Côte-à-côte, deux écrans diffusent des images aux teintes diamétralement opposées. À gauche, le camaïeu bleu des flots de la mer du Nord s’associe au gris orangé des roches sur lesquelles viennent s’éclater les vagues. À droite, un vert profond plonge le spectateur au cœur d’une forêt norvégienne, là où la mousse étend son tapis d’émeraude sombre. Ces deux paysages sont le terrain de jeu d’Eszter Salamon, pour cette expérience menée en collaboration avec la compagnie Carte Blanche. Avec Landscaping, la chorégraphe d’origine hongroise développe une vision poétique, où le vivant semble se réinventer après la disparition de l’espèce humaine.
Étranges présences
Dans chacun de ces deux tableaux, des apparitions viennent toutefois troubler la contemplation passive. Mutiques, comme déposées là pour habiter l’espace avec lenteur, leur présence n’a étonnamment rien d’improbable. En opérant une fusion entre ces créatures et ce qu’elle détermine comme étant leur habitat, Eszter Salamon provoque avant tout la curiosité, ouvrant des pistes de lecture plurielles à propos de ces êtres non-identifiés.
Une chose est sûre, pourtant : à en croire le silence que l’on ne peut qu’imaginer par-delà la composition musicale de Carmen Villain, ces formes prennent vie dans un temps qui n’est plus noyé sous le bruit des humains. Recouvertes de ce que nos sociétés ont rejeté dans la nature, ces nouvelles espèces entrent en parfaite symbiose avec leur environnement immédiat. Les costumes, imaginés par Eszter Salamon dans une idée de recyclage, sont conçus au service d’une esthétique aussi élégante qu’énigmatique.
Faire corps avec la nature
Dans leur manière de faire corps avec le vivant, c’est le regard que portent ces nouvelles populations vers les spectateurs qui marque le plus. En solitaire ou en meute, elles semblent tendre un miroir – parfois littéralement – là où elles se savent observées. Œil accusateur ou invitation à prendre exemple, difficile de faire la part des choses. Avec Landscaping, la chorégraphe signe en tout cas une œuvre très sensible, qui passe par des images délicates et une réalisation méticuleuse. Dans son installation, la mise en rapport des deux écrans crée par ailleurs une invitation à l’immersion, de quoi se laisser prendre au jeu de la rêverie.
Landscaping d’Eszter Salamon
Biennale de la Danse de Lyon – Centre Pompidou
Du 6 au 28 septembre 2025
Accès libre de 12h à 19h.
Réalisatrice : Eszter Salamon
Productrices : Anita Norfolk & Elodie Perrin
Directeur de la photographie : Mattias Pollak
Assistant à la réalisation : João Carvalho
Musique originale : Carmen Villain
Monteuse : Alexandra Láng
Costumes : Eszter Salamon
Assistante costumes : Laura Garnier
Réalisation informatique musicale IRCAM : Augustin Muller
Diffusion sonore IRCAM : Ryo Baldet
Performeur·euses (Compagnie Carte Blanche) : Adrian Bartczak, Aslak Aune Nygård, Brecht Bovijn, Caroline Eckly, Dawid Lorenc, Gaspard Schmitt, Ihsaan de Banya, Irene Vesterhus Theisen, Mai Lisa Guinoo, Manon Campion, Nadege Kubwayo, Naomi Schouten, Noam Eidelman Shatil, Ole Martin Meland
Directeur de production : John-Kaare Hoversholm
Producteur junior : Simon Eidesvik
Assistant caméra A : Jonathan Ottesen
Opérateur caméra B : Birk Øren
Assistant caméra B : Petter Stokke DIT Jonathan Ottesen
Assistantes de production : Camilla Schjøtt, Benedicte Kollseth
Chauffeur, secouriste : Per Rutledal
Installation vidéo développée avec Carte Blanche (Compagnie nationale de danse contemporaine de Norvège)
Directrice artistique Carte Blanche : Annabelle Bonnéry
Directrice de production Carte Blanche : Møyfrid Fuglestad
Responsable costumes Carte Blanche : Indrani Balgobin
Couturières : Martina Wilhelms, Krishna Biscardi
Accessoires et masques : June Olsen Habilleuse Renate Rollan