© Philippe Jarrigeon

Honda Romance : Vimala Pons dans un tourbillon d’émotions

À la Comédie de Genève, l’artiste présente sa nouvelle création entre performance physique et space opera, une pièce à l’écriture aussi intense que sensible, faite de toutes les humeurs qui nous traversent.
25 septembre 2025
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Écrasée sous le poids d’un satellite, dans ce qui ressemble à un showroom aseptisé, Vimala Pons attire les regards avec la curiosité et l’austérité qui siéent tant aux performances d’art contemporain. Alors que, quelques secondes avant l’ouverture du rideau, sa voix claire résonnait dans les enceintes, c’est désormais par sa respiration que l’artiste se manifeste.

Le corps incapacité, encore en recherche de verticalité, elle sculpte son souffle pour instiller un rythme, une musique, un régime d’attention. Dans ce premier tableau de Honda Romance se dessine alors un duo femme-machine, une quête d’équilibre en défi à la gravité et à la résistance physique.

Le corps et le texte
© NicolandManuel et Lemaire

La scénographie qui prend le relai de cette image est au minimalisme. De tous les côtés, des bandes de tissu blanc voilent la perspective façon white cube. Au plateau, seuls trois cylindres métalliques dirigés vers le centre viennent encore questionner le regard. Mais bientôt leur présence sera résolue. Chacun, relié à un compresseur d’air, a pour mission d’envoyer régulièrement un violent souffle dans le corps déstabilisé de la circassienne, qui tente malgré tout de poursuivre sa performance.

Véritable exhibition de son incontestable palette d’actrice, cette séquence entre aussi pleinement dans le sujet de sa pièce, écrite comme un flux incessant d’humeurs, d’états et de sensations. Vimala Pons s’engage là dans une succession d’extraits de vies piochés ici et là qui, hors de tout contexte et mis en relation les uns aux autres, ressortent comme un concentré d’émotions aussi contradictoires que complémentaires. La logorrhée semble infinie, tant les nuances se précisent et s’alourdissent au fur et à mesure. Dans cet espace clos, l’artiste se bat ainsi contre ses propres moulins à vent, renvoyant le public à ses sentiments intimes.

En flux continu

Puis Honda Romance poursuit sa route vers ce que chaque individu traverse en regard du collectif. Vimala Pons n’est plus seule. D’ailleurs, son corps va bientôt se confondre avec la dizaine d’autres qui viennent d’apparaître. De nouveaux flux vont bientôt s’engager : celui du chant, d’abord, celui du souffle à nouveau, et le mouvement continu de va-et-vient entre l’avant-scène et le lointain. Jouant sur les apparitions et disparitions, autant que sur les détails de costumes, d’accessoires et de postures, cette marche perpétuelle dessine en réalité le portrait d’une société et des identités qui la composent.

Dans ce nouveau tableau, c’est toute une horlogerie qui se met en place derrière l’apparente fluidité du dispositif. Une partition particulièrement complexe est à l’œuvre. Celle-ci se déploie aussi bien dans la gestuelle, le jeu et la présence des interprètes que dans tout ce qui n’est pas directement visible, comme l’écriture technique ou la régie plateau. Avec beaucoup de rigueur et de précision, Vimala Pons parvient de la sorte à trouver dans l’incessant une forme de renouveau permanent à travers une pièce pour le moins magnétique.

Un art total
© Philippe Jarrigeon

Entourée de tout un chœur de chanteuses et chanteurs de sensibilité lyrique, la metteuse en scène donne par ailleurs une place essentielle au son. Celui-ci aussi prend voix dans un souffle discontinu, renforçant la sensation d’un art total. La composition musicale, d’une douceur et d’une puissance quasi religieuses, trouve dans son interprétation une harmonie d’une rare profondeur, portant l’essentiel de la beauté de ce spectacle.

L’expérience est à l’image des intentions de Vimala Pons, qui fait traverser au public – en même temps qu’à elle-même et à son équipe – une parenthèse sensible aussi intense que complexe. En maîtrisant son écriture à tous les niveaux, l’artiste propose une pièce sans concession, qui se reçoit avec beaucoup de vigueur. Honda Romance s’impose comme un tourbillon d’émotions auquel il semble bien impossible d’échapper, et cela n’a rien de déplaisant !

Envoyé spécial à Genève

Honda Romance de Vimala Pons
Création à la
Comédie de Genève
Du 23 au 28 septembre 2025
Durée 1h15.

Tournée
2 et 3 octobre 2025 à la MC2: Grenoble
14 au 26 octobre 2025 à L’Odéon Théâtre de l’Europe dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
21 et 22 novembre 2025 au Festival TNB à Rennes
4 au 7 décembre 2025 au CENTQUATRE-PARIS dans le cadre du Festival Beaux Gestes
10 au 12 décembre 2025 au Lieu Unique à Nantes
15 et 16 janvier 2026 à Malraux scène nationale Chambéry Savoie
4 au 6 février 2026 au Centre Dramatique National de Tours
17 au 27 mars 2026 au Théâtre national de Strasbourg
10 au 12 juin 2026 à la Maison de la danse de Lyon dans le cadre des Nuits de Fourvière

Conception, écriture et mise en scène : Vimala Pons
Avec Sabianka Bencsik, Joseph Decange, Océane Deweirder, François Gardeil,  Myriam Jarmache, Flor Paichard, Vimala Pons, Firoozeh Raeesdana, Vic Requier,  Léa Trommenschlager
Collaboration conception et mise en scène, composition musicale : Tsirihaka Harrivel Composition musicale du chœur : Rebeka Warrior
Collaboration artistique pour la direction, l’adaptation et l’arrangement musical : Fiona Monbet, Romain Lou veau – Miroirs Étendus
Recherche scénographique : Benjamin Bertrand, Marion Flament, Vimala Pons
Regard scénographique : Marion Flament
Confection du satellite : Charlotte Wallet
Régie générale : Benjamin Bertrand, Marc Chevillon

Création lumière et vidéo : Arnaud Pierrel
Création sonore : Anaëlle Marsollier
Création costumes : Marie La Rocca
Assistanat costumes : Anne Tesson
Collaboration production et coordination artistique : Émeline Hervé
Montage de production – TOUT ÇA / QUE ÇA : Adeline Ferrante
Création des souffleurs : François Philippi
Création et tournée : Comédie de Genève et les équipes administratives et techniques de la Comédie de Genève
Réalisation décor et costumes : Ateliers de la Comédie de Genève
Régie générale : Benjamin Bertrand, Marc Chevillon

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