De manière solennelle et traditionnelle, le public salue l’entrée du chef d’orchestre, Vello Pähn. Baguette en main, il donne le signal et la musique de Tchaïkovski s’élève. Le rideau se lève à son tour, révélant des tutus bleu lavande, d’autres plus pâles qui glissent sous les lumières.
Au centre de la scène, les deux Étoiles parées de blanc scindent le groupe de danseuses en deux. Fidèle à son esthétique, George Balanchine entraîne le spectateur dans un ballet rigoureux, millimétré, au charme suranné.
Balanchine : classique toute

Le chorégraphe russe, décédé en 1983, y célèbre l’art académique dans sa plus pure essence. Pointes, jetés, portés, bras souples, arabesques, tout y est, rien ne déroge à la règle. C’est puissant, certainement trop rigide, mais la technique est magistralement maîtrisée.
Tout repose sur l’équilibre, une symétrie et une synchronicité parfaites. Autour de Valentine Colasante, toute en grâce et en sourire, et de Paul Marque, précis et racé, la jeune garde du Ballet semble trouver dans cette grammaire classique et exigeante une manière de briller à l’unisson.
Ça swingue avec Gershwin
Après cinq minutes d’entracte, changement d’univers avec Rhapsodies de Mthuthuzeli November, qui fait son entrée au répertoire. Sur la musique de George Gershwin, le chorégraphe sud-africain tisse un pont entre Broadway et Cape Town.
Les corps s’y jettent, s’y croisent, s’y répondent dans une effervescence proche de la comédie musicale. Empruntant autant à West Side Story qu’au néoclassicisme, le chorégraphe sud-africain conjugue les deux, orchestrant une danse urbaine et fluide.

Les tissus vaporeux jouent avec la lumière. Le décor ingénieux – un cube illuminé de l’intérieur – invite à faire le lien entre le devant et le fond de scène, entre deux mondes. Puis l’objet qui attire tous les regards se divise, se fracture, se métamorphose ouvrant sur plusieurs récits, plusieurs duos, plusieurs devenirs possibles.
Tout y est mouvement et transformation, entre mémoire et avenir. Sans être révolutionnaire, cette œuvre créée l’an dernier met surtout en valeur la virtuosité et la cohésion du corps de Ballet.
Inspiration antique
La soirée s’achève avec Corybantic Games de Christopher Wheeldon, créé le 15 mars 2018 par le Royal Ballet au Royal Opera House. Hommage à la Grèce antique transfiguré par la musique de Leonard Bernstein – qui, comme Gershwin avant lui, mêle avec aisance musique classique et accents populaires -, le ballet s’impose comme une filiation à double sens avec la pièce précédente.
La scène devient un terrain de jeux. Les lignes fluides, les duos tendus comme des arcs, les courses et les poses sculpturales rappellent les figures peintes sur les amphores grecques. Tout évoque les combats, les luttes, les gymnases, les liens intimes entre les athlètes.

Bleuenn Battistoni, Thomas Docquir, Florent Mélac, Hohyun Kang et le reste de la jeune troupe y imposent une physicalité souveraine, à la fois guerrière et sensuelle. Puissante, la chorégraphie fait vibrer le corps de ballet dans une même fièvre contagieuse. Bien que très formelle, l’œuvre emporte l’adhésion d’un public conquis.
Une triple filiation
Sous le signe du classique et du néoclassique, Racines tisse un fil entre trois époques, trois continents, trois écritures. De la pureté balanchinienne à la ferveur de November, jusqu’à la sensualité géométrique de Wheeldon, l’Opéra de Paris célèbre ce qui unit la danse – le souffle, la transmission et la beauté du geste.
Racines de George Balanchine / Mthuthuzeli November / Christopher Wheeldon
Opéra Bastille – Opéra de Paris
avec les Étoiles, les premières danseuses, les premiers danseurs et le corps de Ballet de l’opéra ainsi que l’Orchestre de l’Opéra national de Paris
Direction musicale de Vello Pähn
du 06 octobre au 10 novembre 2025
durée 1h54 avec entracte
Thème et variations
Création le 26 novembre 1947 à New York par le Ballet Theatre
Entrée au répertoire de l’Opéra national de Paris le 24 juin 1993
Chorégraphie de George Balanchine
Musique de Piotr Ilyitch Tchaïkovski
Lumières de Penny Jacobus
Avec la participation du Junior Ballet
durée 25 min
Rhapsodies
Création le 20 janvier 2024 par le Ballett Zürich à l’Opernhaus de Zürich
Entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra
Chorégraphie de Mthuthuzeli November
Musique de George Gershwin
Décor de Magda Willi
Costumes de Bregje van Balen
Lumière de Martin Gebhardt
Piano – Louis Lancien
durée 22 min
Corybantic Games
Création le 15 mars 2018 par le London Royal Ballet au Royal Opera House
Entrée au répertoire de l’Opéra de Paris
Chorégraphie de Christopher Wheeldon
Musique de Leonard Bernstein
Décors de Jean-Marc Puissant
Costumes d’Erdem Moralıoğlu
Lumières de Peter Mumford
Violon – Petteri Iivonen
Durée 37 min