Comment avez-vous abordé le rôle d’Esmeralda dans Notre-Dame de Paris de Roland Petit ?
Roxane Stojanov : Cette prise de rôle a beaucoup de sens pour moi. Je chéris le personnage d’Esmeralda car, d’une certaine manière, il m’a porté chance lors du concours de promotion, lorsque j’ai accédé au grade de Première danseuse en 2022. Mon choix de variation libre, extraite de Notre-Dame de Paris, m’a permis de montrer ce dont j’étais capable en matière d’interprétation. Ce choix intervenait après la variation imposée, celle de la Vision dans La Belle au bois dormant, qui est très ardue techniquement.
C’est un rôle très expressif ?

Roxane Stojanov : J’adore les ballets de Roland Petit pour ce côté théâtral spécifique à chaque personnage. Il ne voyait pas Esmeralda comme un personnage romantique. Pour lui, c’était une Carmen. Quand elle entre sur scène, personne ne peut lui résister. En plus de l’interprétation, le travail est très exigeant : les positions sont très dessinées, les jambes très école française classique et le haut du corps plutôt contemporain. J’ai pris beaucoup de plaisir à préparer ce rôle avec mes partenaires, à décortiquer les différents leitmotivs en lien avec la musique, à trouver le geste juste.
Pouvons-nous revenir sur votre nomination au titre d’Étoile il y a tout juste un an, le 28 décembre 2024, à l’issue d’une représentation de Paquita sur la scène de l’Opéra Bastille ?
Roxane Stojanov : C’était une réelle surprise. Bien sûr, j’en rêvais, mais je m’interdisais d’y penser pour mes spectacles. Sur scène, j’ai toujours dansé pour le public, pas pour une nomination. Par ailleurs, je n’ai eu qu’une seule date pour Paquita. Et comme il s’agit d’un ballet très difficile de Pierre Lacotte, j’ai pris cette nomination comme une reconnaissance de ce challenge personnel.
Vous avez multiplié les rôles et les participations à des galas. Comment avez-vous vécu cette première année en tant qu’Étoile ?
Roxane Stojanov : Être occupée permet de ne pas trop réfléchir ni trop se poser de questions. J’ai tendance à toujours tout analyser. Ces derniers mois ont été très intenses. J’ai beaucoup dansé. Je me sens très en forme. Mon corps est disponible pour enchaîner les styles. Je suis passée d’Onéguine de John Cranko à Appartement de Mats Ek, puis j’ai poursuivi avec Sylvia de Manuel Legris. Passer du classique au contemporain, c’est tout à fait complémentaire. Cela donne beaucoup de force. Quant aux galas extérieurs, c’est aussi un autre exercice, avec la responsabilité de représenter « la maison » à l’étranger.
Un souvenir marquant depuis le début de saison ?

Roxane Stojanov : J’ai ressenti une petite appréhension avant de danser le rôle de Myrtha, la reine des Wilis, dans Giselle pour le gala d’ouverture, mon premier gala en tant qu’Étoile. Lors du défilé (NDLR : rituel de début de saison où l’ensemble de la compagnie ainsi que les élèves de l’École de danse s’avancent sur la scène du Palais Garnier pour saluer le public), j’ai été submergée par les émotions. En tant que dernière nommée, j’ai été la première Étoile à m’avancer. J’ai voulu prendre mon temps. J’avais la sensation de revivre la nomination. J’ai bien failli pleurer sur scène. J’ai tenu, et c’est en sortant que j’ai lâché. L’accueil du public a été incroyable.
Que vous apporte ce titre d’Étoile ?
Roxane Stojanov : Ce qui est agréable, c’est de prendre possession des rôles qui me sont donnés avec une inquiétude en moins. Certes, je dois être à la hauteur du statut que j’ai dans la compagnie, mais c’est une pression très positive. Dès les premiers mois, je me suis sentie libre de faire de vraies propositions, de prendre des risques d’un spectacle à l’autre, de vivre à chaque fois l’instant présent. J’ai aussi dansé avec de jeunes danseurs, comme Lorenzo Lelli ou Milo Avêque qui abordaient certains rôles pour la première fois. J’aime ce type de partenariat.
Vous sentez-vous investie d’une responsabilité particulière ?
Roxane Stojanov : J’aime beaucoup quand on essaie de trouver les bons ajustements avec de nouveaux partenaires. Prendre son temps pour rechercher la bonne adéquation avec, en face de soi, quelqu’un qui a envie de travailler est très stimulant. Et quand ça marche, ça ne bouge plus. Je suis heureuse de donner les bonnes informations pour aider l’autre à cheminer. De mon côté, j’aime transmettre tout en ayant encore beaucoup à apprendre.
Puisque nous évoquons l’idée de transmission, parlez-nous du Prix Roxane Stojanov que vous avez initié ?

Roxane Stojanov : En avril 2025, j’ai eu l’honneur de recevoir le prix Menada dans le cadre du festival de danse de Skopje. Avec l’ambassade de France et le centre culturel Interact de Skopje, nous avons eu l’idée d’un concours destiné à soutenir les jeunes talents en Macédoine du Nord. Le ou la lauréat·e remportera un séjour d’une semaine à Paris, comprenant un mentorat personnalisé ainsi que des rencontres privilégiées avec des professionnels du monde de la danse.
En tant qu’Étoile, vous devez être très sollicitée. Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans ce projet ?
Roxane Stojanov : L’idée n’est pas de m’éparpiller. Mon activité principale reste : danser ! Mais ce concours a du sens. Et ce Prix a été très bien accueilli, y compris au sein de l’Opéra de Paris, qui va m’apporter aussi son soutien. J’ai envie de m’investir pour faire rayonner la danse, y compris en renforçant les liens artistiques entre la France et un pays comme la Macédoine du Nord, où les jeunes n’ont pas les mêmes opportunités que nous pour construire une carrière.
Quel lien entretenez-vous avec ce pays ?
Roxane Stojanov : Je suis née en France d’une mère française et d’un père macédonien, mais j’ai commencé la danse en Macédoine du Nord dans une petite école à l’âge de 8 ans. J’y ai aussi fait mes premiers pas sur scène. Je suis très reconnaissante à ce pays de m’avoir donné le goût de la danse. Si je peux le transmettre à une nouvelle génération de danseurs et de danseuses, j’en serai heureuse.
Notre-Dame de Paris de Roland Petit
Ballet créé pour le Ballet de l’Opéra national de Paris le 11 décembre 1965
Du 6 au 31 décembre 2025 à l’Opéra Bastille
Durée : 1h55
Chorégraphie de Roland Petit
Musique de Maurice Jarre
Direction musicale de Jean-François Verdier
Décors de René Allio
Costumes d’Yves Saint-Laurent
Lumières de Jean-Michel Désiré
Ballet remonté par Luigi Bonino
Avec Roxane Stojanov (Esmeralda), Jérémy-Loup Quer (Quasimodo), Thomas Docquir (Frollo), Antonio Conforti (Phoebus).
Avec le corps de ballet et l’Orchestre de l’Opéra national de Paris.