Ils se font face, campés devant un micro sur pied. Leurs souffles synchronisés, dans un lent mouvement d’inspiration et d’expiration, remplissent l’espace circulaire. Le temps s’étire jusqu’à ce que Simon Le Borgne commence à se mouvoir, toujours guidé par ce son organique. Une épaule se soulève, son bassin se décale, sa colonne vertébrale ondule lentement. Des gestes minimalistes qui semblent répondre à une nécessité intérieure.

Puis son partenaire, Ulysse Zangs, prend place derrière ses instruments. Des notes de synthé et de guitare électrique succèdent au souffle. Dès lors, quelque chose démarre : un dialogue brut, qui s’écrit en direct dans cette interaction évidente entre les deux hommes au plateau. Dans cette première partie, chacun règle ses comptes avec l’apprentissage académique qui les a façonnés. Comme une renaissance qui passerait par un nécessaire dépouillement, une déconstruction. Qu’Ad libitum soit présentée dans l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille n’en est que plus symbolique.
Tutoyer le déséquilibre
Mais c’est dans le dialogue entre la batterie d’Ulysse Zangs et le corps dansant de Simon Le Borgne que se joue le véritable climax de la pièce. Les percussions bousculent le rythme du danseur, l’obligent à changer de direction, à accélérer ou à ralentir. À plusieurs reprises, il semble perdu. Il avance à l’aveugle, recule, semble se cogner à des obstacles invisibles. Ses bras dessinent de grands cercles, comme s’il cherchait une échappatoire. Il joue avec les contrastes, monte très haut sur demi-pointes pour tutoyer le déséquilibre, passe d’une tension extrême à une indolence presque abandonnée.
Quel incroyable danseur, se répète-t-on en boucle, excusant ainsi quelques facilités, comme cette immersion superflue dans le public ou quelques longueurs. Ad libitum montre un corps qui, soudain, ne cherche plus à résister, qui se laisse happer par la musique, y répond tout en assumant ses propres limites. Et quand les deux complices, dont la longue amitié nourrit cette écoute mutuelle, tombent dans les bras l’un de l’autre, on ne sait lequel des deux est allé le plus au bout de lui-même.
Ad Libitum de Simon Le Borgne
Du 11 au 13 décembre 2025 à l’amphithéâtre Olivier Messiaen, Opéra Bastille.
Durée 55 mn
Tournée
24 janvier 2026 à Chereng dans le cadre des Belles sorties de la métropole européenne de Lille
11 au 24 mars 2026 dans le cadre d’Au fil du Tarn organisé par La Scène Nationale Albi-Tarn
26 et 27 mars 2026 au Sew à Morlaix
9 avril 2026 à Plestin-les-Grèves
11 avril 2026 à La Passerelle, Saint-Brieuc
12 avril 2026 à L’Azimut, Antony – Châtenay-Malabry
17 avril 2026 à KLAP, Maison pour la danse à Marseille
29 et 30 avril 2026 avec Mille Plateaux CCN La Rochelle
Chorégraphie de Simon Le Borgne
Avec Simon Le Borgne et Ulysse Zangs
Musique d’Ulysse Zangs
Lumières d’Iannis Japiot
Regard extérieur – David Le Borgne, Émilie Leriche
Collaboration artistique – Philomène Jander