Depuis 2020, le Théâtre du Point du Jour porte avec détermination sa série hybride Grand ReporTERRE, qui ne cesse de s’étoffer au fil du temps. À ce jour, sous l’impulsion d’Angélique Clairand et Éric Massé, le format compte déjà onze créations. Chacune d’entre elles s’intéresse à une thématique d’actualité, placée sous le regard conjoint de la réalité journalistique et de l’apport artistique.
Dans ce sixième épisode, intitulé La terre parle quand on creuse, c’est Aurélie Van Den Daele, directrice du Théâtre de L’Union à Limoges, qui se plie à l’exercice. Aux côtés des reporters Morgan Large et Hélène Servel, elle lève le voile sur une réalité volontairement tue. Au travers de leurs enquêtes, les journalistes mettent à jour les conséquences d’une agriculture intensive et d’une industrie agroalimentaire toute-puissante en France. Source de fierté nationale, le sujet s’avère particulièrement sensible et fait ressortir une défiance – une violence, aussi – envers celles dont le métier est de révéler la vérité.
Enquêtes de terrain

Ce Grand ReporTERRE #6 n’est pas de ceux qui se regardent confortablement installé dans un fauteuil. À l’image de Morgan Large et Hélène Servel, dont le travail consiste précisément à se rendre sur le terrain, Aurélie Van Den Daele imagine tout un parcours de spectateurs. D’un espace à l’autre, les journalistes et leurs interlocuteurs – les interprètes Lauryne Lopes de Pina et Sidney Ali Mehelleb – investissent les différents lieux du théâtre, pour le bien de la dramaturgie.
Séparé en deux groupes, le public est ainsi baladé, à tour de rôle, entre la Bretagne et la Provence, les deux terrains d’enquête autour desquels tourne ce volet. À Hillion, dans les Côtes-d’Armor, le fléau des algues vertes, issues de l’agriculture intensive, est au cœur des investigations de Morgan Large. Dans le sud, entre Arles et Marseille, c’est la question de la main-d’œuvre chez les producteurs de fruits et légumes que soulève Hélène Servel, avec tout ce qu’elle implique d’illégalité et d’esclavagisme moderne. Respectivement enfants du pays qui les interroge, les deux femmes se retrouvent face à la même difficulté : comment gratter sous la carte postale pour y trouver la vérité, quand l’omerta est trop forte ?
Leur soif de comprendre a beau être légitime, elles se confrontent rapidement à une violence inouïe. Les menaces et agressions dont elles sont la cible se substituent aux réponses qu’elles attendent. En cause, la remise en question d’un système de surproduction dans lequel tout le monde semble pris au piège. Un modèle devenu la norme et qui fait la fierté touristique et commerciale de ces régions.
De la terre au plateau

Ce n’est pas une mince affaire, que de porter au théâtre un matériau documentaire, lorsque celui-ci n’avait pour ambition que d’informer. Dans son travail d’adaptation, Aurélie Van Den Daele mise avant tout sur la rencontre comme élément déclencheur. Celle qui a eu lieu entre elle, les journalistes et les interprètes, se retrouve ici dans celle qu’elle provoque avec les spectateurs. La joie d’être ensemble et de partager un espace et un héritage communs – bien que parfois éloignés – est une condition nécessaire pour envisager de creuser ensemble en quête de vérité.
Dans son approche des différents espaces, la metteuse en scène opte pour une scénographie du symbole. Les tables deviennent des terrains d’investigation à part entière, impliquant activement le public dans la forme à laquelle il est en train d’assister. Les ambiances intimistes créées dans les différents lieux alimentent une atmosphère conviviale d’une certaine douceur, à laquelle contribuent les créations son et lumière. En convoquant le théâtre par fines couches, Aurélie Van Den Daele laisse sa place à l’art sans perdre de vue l’essentiel de son propos.
Retour au réel, retour au théâtre
À l’occasion d’une dernière partie plus ancrée dans le réel, ce Grand ReporTERRE #6 se veut à l’image de son concept d’origine. Aux journalistes la parole, qui revient de façon très concrète sur les faits, les méthodes de travail et la notion primordiale de liberté de la presse. Pour la première fois installés dans les fauteuils de la grande salle, les spectateurs prennent la mesure factuelle de ce qui leur a été présenté jusque-là sous une forme plus dramaturgique.
Mais le théâtre n’est jamais loin, et ce volet ne le renie pas. C’est lui qui permet, aujourd’hui, de donner un véritable écho aux enquêtes menées par Morgan Large et Hélène Servel. En cet endroit où tout peut arriver, advient aussi la vérité, qui trouve ici une chambre d’écho idéale.
GRAND ReporTERRE#6 – La terre parle quand on creuse
Aurélie Van Den Daele / Morgan Large – Hélène Servel
Créé le 23 février 2023 au Théâtre du Point du Jour – Lyon
Vu au Théâtre de la Renaissance – Oullins, dans le cadre du Focus Grand ReporTERRE
Les 13 et 14 novembre 2025
Durée 1h40.
Dates passées
9 octobre 2025 à la Scène Nationale d’Aubusson
14 au 18 octobre 2025 au Théâtre de l’Union, CDN du Limousin, Limoges
Conception et mise en pièce de l’actualité : Aurélie Van Den Daele
Et les journalistes : Morgan Large et Hélène Servel
Et les interprètes : Sidney Ali Mehelleb et Lauryne Lopes de Pina
Assistant à la mise en scène : Marcel Farge
Re-création lumière et régie générale : Jonathan Prigent
Création son : Nicolas Lespagnol-Rizzi
Re-création son : Romain Darracq
Création vidéo : Lucas Collet
Assistance dramaturgique : Charline Curtelin
Collaboration artistique : Éric Massé
Collaboration technique : Fabienne Gras, Thierry Pertière
Re-création décors et costumes : Ateliers du Théâtre de l’Union – CDN du Limousin, Claire Gaudriot