Pamina de Coulon dans MALEDIZIONE © Alix Golay

Pamina de Coulon : « Faire parler le monde en temps réel »

Figure singulière de la scène performative, l’artiste suisse présente au Théâtre Silvia Monfort, NIAGARA 3000 et MALEDIZIONE, nouveaux volets de sa saga FIRE OF EMOTIONS. Entretien autour d’un geste qui se construit autant dans la recherche que dans l’instant partagé.
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Comment le spectacle vivant s’est-il imposé dans votre vie ?

Pamina de Coulon : C’est arrivé très tôt. J’ai grandi dans un environnement où on allait voir des spectacles, et en Suisse, à l’école publique, c’est courant d’assister à des pièces et d’être initié à l’art dramatique. Le spectacle vivant a donc toujours fait partie de ma vie, avec l’idée même que “c’est possible » d’en faire un métier. 

Adolescente, j’ai fait un peu de théâtre, mais dire les mots des autres ne me convenait pas. Je n’étais pas vraiment une bonne comédienne et surtout je n’en avais pas envie. Cherchant ma voie, je suis entrée aux Beaux-Arts sans idée précise du médium dans lequel évoluer. J’y ai rencontré des professeur·es très transdisciplinaires avec, notamment, une option performance. C’est là que j’ai commencé à parler comme je parle aujourd’hui sur scène.

Quelles rencontres ont compté dans votre parcours ?
 NIAGARA 3000 de Pamina De Coulon © Pascal Gely / Hans Lucas
NIAGARA 3000 de Pamina De Coulon © Pascal Gely / Hans Lucas

Pamina de Coulon :  Yan Duyvendak, mon professeur aux Beaux-Arts, a été déterminant. Il m’a montré qu’on pouvait tout faire en art, que les règles étaient bien moins rigides qu’on le croit. Cette liberté a été un vrai déclic. Plus tard, le travail de Kae Tempest m’a bouleversée. Son oralité, son éloquence, cette façon d’embarquer le monde en parlant, m’inspire énormément et je le cite d’ailleurs souvent.

Qu’est-ce qui nourrit votre écriture ?

Pamina de Coulon : Les textes, les idées, les conversations, même celles que j’entends dans la rue ou dans les transports. Je réagis à tout. L’indifférence m’est impossible. Tout peut devenir matière à penser, et créer un mouvement en moi. Et puis, souvent, les spectacles naissent de ce qui n’a pas trouvé sa place dans le précédent. J’ai beaucoup de mal à couper. « Les restes, les débords » deviennent le terreau, presque naturellement, de la pièce suivante.

Quels sont les auteurs ou les penseurs qui vous accompagnent plus particulièrement aujourd’hui ?

Pamina de Coulon : J’ai du mal à faire une sélection. Je donne toujours une bibliographie à la fin de mes spectacles. Mais si je dois en citer une, j’évoquerais Max Liboiron qui se décrit comme méthodologiste. Son travail sur la pollution, depuis une perspective féministe et anticoloniale, m’inspire énormément. C’est précis, méthodologique, et ça modifie ma manière de penser bien au-delà du thème apparent.

Comment passez-vous de la recherche au plateau ?
MALEDIZIONE de Pamina de Coulon © Alix Golay
MALEDIZIONE de Pamina de Coulon © Alix Golay

Pamina de Coulon : La scène arrive très tard. Je passe 2-3 ans de recherche dans les petites salles des théâtres qui m’invitent à lire, prendre des notes, chercher des liens. Les premières « étapes de travail » (présentation de work in progress) se font pour m’obliger à articuler. Ensuite, je travaille la scénographie avec Alice Dussard, qui fait aussi la lumière. J’entre vraiment sur le plateau quelques jours avant la première, avec des notes. Je dis les phrases, certaines me font me lever, d’autres m’ancrent. Mon corps suit les mots. On ajuste un peu, mais l’essentiel naît ainsi.

Quelle place prend le public dans cette construction ?

Pamina de Coulon : Une place centrale. Sans le public, la pièce n’existe pas. Je n’ai pas de texte fixe. Je sais où je vais, mais je convoque les idées au moment où je les dis. J’ai trois secondes d’avance sur vous, pas plus. La salle, l’âge des spectateurs, leur manière d’écouter, la météo dehors, tout influe. Et puis il y a la réaction des spectateurs. S’ils rient beaucoup, quelque chose se décale. Quand je suis fatiguée, je vais parfois chercher l’énergie dans le rire. Par moments, ça tire presque vers le stand-up. Ce temps partagé, très au présent, c’est ce que j’aime dans la performance.

En quelques mots, pouvez-vous présenter NIAGARA 3000 et MALEDIZIONE, programmés à quelques jours d’écart au Théâtre Silvia-Monfort ?

Pamina de Coulon : Ce sont les volets quatre et cinq de FIRE OF EMOTIONS, une saga que j’ai commencée il y a plus de dix ans. J’aime l’idée qu’on retrouve des éléments familiers d’un épisode à l’autre. NIAGARA 3000 est celui qui a rencontré le plus de visibilité récemment. Il part des larmes comme force hydraulique. J’y parle d’énergie, de colonisation, de la manière d’en parler quand on est une femme blanche occidentale. Ma maladie chronique s’est invitée dans la réflexion aussi, et c’est devenu une articulation propre à cette pièce.

NIAGARA 3000 de Pamina De Coulon © Pascal Gely / Hans Lucas
NIAGARA 3000 de Pamina De Coulon © Pascal Gely / Hans Lucas

MALEDIZIONE explore la force des mots. Une malédiction, ce sont des mots qui agissent fort et longtemps. Je mets cette idée en regard avec la question de qui raconte l’histoire, et à qui cela profite. C’est aussi un épisode où l’élément géo-naturel est l’air, le vent. Quelque chose de moins visible que les glaciers, ou les abysses des épisodes précédents. Parler du vent comme je parlerais d’une roche crée un petit décalage qui m’a beaucoup intéressée.

Ces deux volets cousins, mais uniques, présentés ainsi, à quelques jours d’intervalle, permettent une rare plongée dans la saga, une expérience différente que de les voir à un an d’écart, pour moi comme pour les spectatrices !


NIAGARA 3000 (FIRE OF EMOTIONS) de Pamina de Coulon
Théâtre Silvia Monfort
du 18 au 22 novembre 2025
Durée 1h10

Création et interprétation Pamina de Coulon
Création lumière d’ Alice Dussart
Création décor de Pamina de Coulon, Alice Dussart


MALEDIZIONE (FIRE OF EMOTIONS) de Pamina de Coulon
création le 29 octobre 2025 à l’Arsenic – Centre d’art scénique contemporain, Lausanne

Durée 1h20

Tournée
Théâtre Silvia Monfort
Du 25 a 29 novembre 2025

Recherche, écriture, conception et jeu – Pamina de Coulon
Décor de Pamina de Coulon, Alice Dussart
Lumière d’Alice Dussart

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