Théo Askolovitch © Lisa Lesourd

Théo Askolovitch, au plus près de la vie

Avec Zoé [et maintenant les vivants], le comédien, auteur et metteur en scène affine son théâtre de l’intime, où mémoire et présence se construisent à vue. Trois voix y recomposent un récit en éclats, comme un puzzle qui hésite à s’assembler. Le spectacle revient au Théâtre de la Bastille du 20 novembre au 5 décembre.
Ecouter cet article

Sa voix vive et chaleureuse déborde, entraîne. Théo Askolovitch n’a pas trente ans et parle du théâtre avec une sincérité limpide. Il dit que celui-ci est « entré un peu par hasard » dans sa vie, même si ce hasard porte le poids des deuils. À quatorze ans, peu après la mort de sa mère, son père l’inscrit à un cours d’art dramatique en pensant que cela pourrait l’apaiser. Il s’y rend sans réelle conviction. Il imagine un milieu poussiéreux, un univers réservé aux autres. 

Et puis tout bascule. Il découvre alors un espace mobile où les limites se dérobent. « Le théâtre, j’ai compris que c’était un endroit où l’on peut tout faire, un lieu où j’avais le sentiment de pouvoir continuer à parler à ma mère. » Cette possibilité ne l’a jamais quitté. Le théâtre devient un rendez-vous avec ce qui manque, un abri capable de transformer la douleur en geste, en présence, en mouvement.

Raconter des histoires
Zoé [et maintenant les vivants] de Théo Askolovitch © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Le Cours Florent, puis l’ESCA, s’enchaînent presque naturellement. Il avance porté par la confiance de ses professeurs et cette intuition réjouissante d’être attendu quelque part. L’écriture, elle, surgit comme un pas de côté. Toute sa famille écrit, son père, son grand-père. Il voulait se distinguer, rester à distance. 

Le désir revient pourtant, obstiné. Il ressent la nécessité de raconter ses histoires, celles des autres, et de chercher ce que l’intime permet d’ouvrir sur le monde. Écrire lui offre une amplitude nouvelle, un espace où son regard se déploie, un lieu où créer autrement, plus frontalement.

L’intime comme point de départ

Son premier spectacle, 66 jours, naît pendant le confinement. Les rues désertes, les appartements clos réveillent de lointaines images d’hôpital. Il se met à écrire « un peu comme un journal », sans intention de forme. Peu à peu surgit un solo limpide, qui circule, frappe, se prolonge. Le cinéma s’y intéresse. On lui propose une adaptation. Il hésite longtemps, puis réécrit entièrement le récit pour en faire une œuvre autonome. Il réalisera lui-même le film, mais sans être devant la caméra, afin de garder la distance nécessaire et dépasser la simple transposition du théâtre à l’écran.

Avec Zoé [et maintenant les vivants], créé en 2023, il explore une forme plus chorale. Trois interprètes reconstituent dix années de souvenirs heurtés, chacun à sa manière. Il écrit en fragments, comme on expose la mécanique d’une mémoire. Il veut comprendre « comment un souvenir peut être vécu différemment par trois protagonistes ». Sur scène, la construction se fait à vue. On croit assister à une répétition ouverte, un spectacle qui s’écrit sous nos yeux. Une lumière précise, une sobriété assumée, un rapport direct au public composent cette impression de docu-fiction devenue l’une de ses signatures.

La fabrique du collectif
Zoé [et maintenant les vivants] de Théo Askolovitch © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Cette pièce si personnelle ne pouvait s’écrire seul. Marilou Aussilloux y occupe une place essentielle. Leur collaboration s’est construite au fil de plusieurs projets, jusqu’à former une manière commune d’avancer. Seule comme Maria, né d’un texte qu’elle a écrit, poursuit ce compagnonnage. Théo y travaille à ses côtés à la mise en scène, confirmant l’évidence d’un langage partagé. Ils ont en commun une attention aux récits fragiles, cette manière de chercher le point où une histoire commence à parler au public.

Sur Zoé [et maintenant les vivants], la comédienne est partout, de la conception à la scénographie en passant par les costumes. Elle apporte surtout ce recul nécessaire pour qu’il puisse raconter une histoire venue de si près. Elle empêche l’autobiographie de se refermer sur elle-même. Grâce à elle, le récit respire autrement et trouve un souffle collectif.

Des rencontres fondatrices

L’artiste évoque aussi d’autres rencontres fondatrices, ses professeurs des débuts, Bruno BlairetJean-Pierre Garnier, Cyril Anrep, ou encore Caroline Marcilhac à Théâtre Ouvert, dont il fait la connaissance par l’intermédiaire de Sonia ChiambrettoJacques PeignéMarcial Di Fonzo Bo, autant de regards qui « ont été déterminants ». Ces soutiens dessinent une constellation, toujours là à ses côtés. 

Être auteur, metteur en scène et acteur à la fois demande une organisation délicate. « C’est super dur », reconnaît-il sans dramatiser. Il doit apprendre à s’écouter de l’extérieur, accepter les retours, diriger en étant lui-même au plateau. Cela peut bousculer les interprètes, mais sur Zoé [et maintenant les vivants], la dynamique collective donnait du sens à cette triple position. Il en était le moteur, un point d’élan.

Nouveaux horizons
Zoé [et maintenant les vivants] de Théo Askolovitch © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

La suite s’annonce vaste. Il prépare une création chorale autour du Red Star, le club de Saint-Ouen auquel il est profondément attaché. Le spectacle, attendu en 2027 aux Bouffes du Nord après une première étape à Narbonne, réunira Ariane Ascaride, Marilou Aussilloux, Benjamin Voisin, Teddy Chawa et Patrick Pineau. Il y explore l’histoire ouvrière de la ville, les luttes antifascistes et l’héritage familial lié au club, celui de son père et de son grand-père. Six interprètes donneront corps à une dramaturgie ample, tournée vers les lieux qui résistent et les communautés qui tiennent debout.

Le cinéma prend aussi une place croissante. Il vient d’achever un court métrage produit par La Rumeur et Cowboy, avec la même troupe que la pièce à venir Le film partira bientôt dans les Festivals. Il y découvre une précision nouvelle, un autre rapport au visage, au détail, à la direction d’acteur. Après le court, le long métrage adapté de 66 jours devrait entrer en tournage. « Il était important pour moi d’aller par étapes, je ne me voyais pas me lancer dans l’aventure d’un film sans m’être familiarisé avec l’outil. »

Le jeu, toujours

Et puis il y a le jeu, qu’il n’abandonne pas. Plonger dans l’univers d’un autre, entrer dans un regard qui n’est pas le sien le nourrit autant que cela le repose. « Je plonge la tête la première quand jai confiance », confie-t-il. Changer d’esthétique, se laisser déplacer, l’attire toujours. On l’appelle au cinéma, peut-être bientôt au théâtre. Rien n’est figé. Il rêve d’un théâtre qui respire avec celles et ceux qui l’approchent. À l’image de Zoé [et maintenant les vivants], Théo Askolovitch n’a pas fini d’occuper les plateaux, de vibrer sur scène, de donner corps à ses mots. 


Zoé [et maintenant les vivants] de Théo Askolovitch
Spectacle créé en octobre 2023 au Théâtre ouvert – Paris
Théâtre de la Bastille – Paris
Du 20 novembre au 5 décembre 2025
Durée 1h20.

Texte et mise en scène de Théo Askolovitch
paru aux Éditions esse que
Collaboration artistique – Marilou Aussilloux
Avec Théo Askolovitch, Marilou Aussilloux, Serge Avédikian

Assistant à la mise en scène – Flavien Beaudron
Créateur son – Samuel Chabert 
Créateur lumières – Nicolas Bordes
Création vidéo – Jules Bonnel, Robinson Guillermet 
Costumes de Juliette Chambaud
Stagiaire à la mise en scène – Mathilde Ngasi

Recevez notre newsletter

Chaque semaine, l'édito de la rédaction et un aperçu de tous les articles publiés sur le site.

Avec nous, pas de courrier indésirable. Vous pouvez vous désinscrire quand vous le souhaitez.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.