Après nous les ruines ©Christophe Raynaud de Lage

Après nous les ruines : Un conte d’aujourd’hui

Réunis chaque année dans le jardin de Lena Paugam, quatre amis s’amusent, s’aiment et débattent. Des instants de joie pour étouffer la catastrophe.
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Marissa, Glenn, Eva et Manuel sont jeunes. Certains sont sourds aux bruits du monde quand d’autres en sont meurtris. Peut-être car c’est le propre de la jeunesse de savoir se montrer radicale. De s’extraire ou de plonger dans la vie.

Alors, tempérés de tous pays écoutez bien !
© Christophe Raynaud de Lage

Écoutez cette grande jeunesse perdue dans un jardin trop petit, imaginé par la scénographe Clara Georges Sartorio. Sur l’île qu’ils habitent et qui dérive au milieu des eaux sombres d’un peuple borgne, des vérités s’élancent vers le ciel. Des mots et des cris plus ou moins audibles, pas toujours construits, sortent leurs bouches blessées.

C’est ici d’ailleurs l’intérêt majeur de cette pièce de Pierre Koestel : nous apprendre à tendre l’oreille pour entendre. Dire et redire des vérités qui nous apprennent. Pas seulement à voir le nuage noir de la catastrophe qui vient. Ce n’est même pas la peine, ou cela serait inutile puisque la catastrophe a déjà eu lieu. Tchernobyl, Fukushima, peu importe. Elle a eu lieu.

Risques et leçons de la vie à l’horizontal

Et pour le raconter, quatre comédiens dirigés avec subtilité par Lena Paugam. Avec étrangeté parfois, quand s’élance la voix d’Esther Armengol Touzi, activiste inquiète subrepticement devenue Pythie du temps présent. Et avec grâce, souvent, quand le corps longiligne de Charlotte Leroy danse, comme possédée, en miroir à celui de Paolo Malassis, rendu muet par sa prise de conscience.

©Christophe Raynaud de Lage

Des voix et des discours remplacés peu à peu par les corps en mouvement des protagonistes. Une mise en scène et une dramaturgie qui épousent la théorie de l’historicité du temps, selon laquelle la vie s’organise à l’horizontale, à l’image des frises de notre enfance. Une vérité pas toujours vérifiée, sur laquelle la pièce trébuche malheureusement. Par excès de didactisme sûrement, ou bien par la volonté selon laquelle toute histoire se devrait de se conclure, quitte à se contredire parfois. La jeunesse hurlante finit alors par se taire, et le monde par pleurer quand il lui faudrait pourtant se relever. Un parti pris d’autant plus déroutant qu’il constitue aussi toute la poésie de la pièce.

Au terme de leur voyage en quatre saisons, les amis écoutent la musique de ceux qui abdiquent. Une voix qui raconte la nostalgie à laquelle nous serions condamnés. Celle du monde d’avant, jardin d’Eden à jamais brûlé. C’est beau à voir, comme souvent les ruines, mais attention à ne pas faire de la collapsologie une science. Et du constat des risques, une fatalité dont seuls les souvenirs heureux du temps jadis pourraient nous extraire.


Après nous les ruines de Pierre Koestel (Éditions Théâtre Ouvert | Tapuscrit)
Théâtre Ouvert – Paris
Du 30 mars au 11 avril 2026
Durée 1h45

Tournée
28 avril 2026 – La Lucarne, Arradon, avec les Scènes du Golfe
24 au 28 novembre – festival TnB – CDN de Rennes
1er décembre 2026 – L’Archipel, Fouesnant
15 et 16 décembre 2026 – Théâtre du Pays de Morlaix

Mise en scène de Lena Paugam
Avec Esther Armengol Touzi, Ramo Jalilyan, Charlotte Leroy, Paolo Malassis
Scénographie – Clara Georges Sartorio
Accompagnement choréographique – Olga Dukhovna
Création sonore – Lucas Lelièvre
Création vidéo – Katell Paugam
Création lumières – Jennifer Montesantos
Accessoires, costumes – Jessica Buresi
Construction du décor – Ateliers Artefab – Yann Chollet, Floriane Benetti
Régie générale – Damien Farelly
Stage assistanat à la mise en scène – Ismaël Hamoudi-Cordier

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