Être fille, être femme reste un combat quotidien. Les avancées sont là, mais le socle demeure profondément patriarcal. Les récits fondateurs, comme les fictions populaires, continuent de nourrir les mêmes schémas. La femme s’adapte, encaisse, et se voit tour à tour coupable de tous les maux ou victime consentante quand l’homme désire, insiste, domine. De Twilight à Gossip Girl, jusqu’à Titanic, où la mort de Jack libère Rose, la violence masculine se trouve souvent romantisée, excusée, intégrée à la narration. C’est ce constat que fait Léna Bokobza-Brunet à travers son double drag queen, Médusa.
Le mythe retourné

Sur scène, la performeuse apparaît parée d’un costume moiré, la tête ceinte de serpents, le visage maquillé façon drag. Entourée de Pauline Chagne et Léa Moreau, elle tisse un récit où l’intime se mêle au mythe. Méduse n’est pas le monstre abattu par Persée, mais la jeune fille violée par Poséidon, qu’Athéna punit pour s’être laissée faire. La mécanique est implacable. La victime devient fautive, le crime se retourne contre elle. Dès l’Antiquité, les femmes portent la responsabilité des violences qu’elles subissent.
Léna Bokobza-Brunet évoque aussi son propre vécu – un double viol alors qu’elle dormait, une relation marquée par l’emprise – pour dénoncer les rouages d’un système qui enferme, harcèle, discrédite la parole des femmes. Corps suspect, récit mis en doute, culpabilité assignée. Inspirée par La Véritable Histoire de la Gorgone Méduse de Béatrice Bienville, elle décentre le regard et restitue enfin la voix de celle que l’on a toujours racontée à sa place.
Pop culture et reprise de la parole
Entre cabaret et performance, Médusée convoque la culture pop, de Dalida à Cher en passant par Priscilla, d’Indiana Jones aux Demoiselles de Rochefort. Derrière les paillettes, le réel affleure. Le spectacle fissure les récits dominants, tente de faire émerger une figure affranchie, débarrassée des injonctions et du sempiternel « Vous l’avez provoqué ».
La proposition, encore en devenir, gagnerait à être dramaturgiquement resserrée. Le geste est là, courageux, mais cela ne suffit pas forcément à dépasser l’anecdotique. Reste une question : s’adresser à des convaincu·es — on est tous·tes des #saleconnes dans la salle — suffit-il à faire vaciller l’ordre établi ?
Médusée deLéna Bokobza-Brunet
Théâtre Ouvert – Centre national des dramaturgies contemporaines
du 8 au 18 décembre 2025
durée estimée 1h20
Tournée
19 au 21 mai 2026 –à la Comédie de Caen
20 et 21 juin 2026 à la Maison Maria Casarès
Mise en scène de Léna Bokobza-Brunet assistée de Flavien Beaudron
Avec Léna Bokobza-Brunet, Pauline Chagne, Léa Moreau
Collaboration artistique – Leïla Loyer-Kassa
Dramaturgie d’Aurélia Marin
Création et régie lumières de Jérôme Baudouin
Régie son – Timothée Vierne
Scénographie de Sarah Barzic
Costumes de Marnie Langlois
Ongles – Violette Conti
Coiffe – Hercule Bourgeat
Création sonore de Léa Moreau
Création vidéo d’Ophélie Demurger
Arrangements musicaux de Léa Moreau et Pauline Chagne
Chorégraphie de Bérénice Renaux
Regard extérieur – Fabien Chapeira