Vêtu d’une veste argentée, Valérian Guillaume déboule en scène comme on arrive dans une fête où l’on connaît tout le monde. Un sourire ici, un signe de la main là, et soudain le spectacle a déjà commencé. Son univers prend possession du plateau. Sa prose déferle. Les mots se chevauchent, s’entrechoquent, se poursuivent. Ils jaillissent en cascade, sans répit. Très vite, le fil s’effiloche, les idées galopent comme dans la tête du comédien-auteur, se nourrissent l’une de l’autre, dérapent vers d’autres récits, d’autres visions, d’autres histoires. Une image en fait surgir une autre. Un souvenir enfoui en réveille un second.

La psalmodie s’emballe et ne se pose jamais. Les bribes de phrases s’entrechoquent, les idées se télescopent, et tout s’élève en un poème fou, barré, sans queue ni tête… Pourtant, à travers les éclats de mots et les fragments de paroles, une fresque se dessine. L’esprit en escalier de ce maître de cérémonie atypique se dépouille de ce qui l’encombre. L’intelligence fulgurante du performer se dévoile sans filtre, tandis que sa plume savoureuse n’en finit pas de flirter avec l’improvisation.
Un rituel scénique en perpétuelle mutation
Pour sublimer ce flot incantatoire, il s’insinue au cœur d’une scénographie à géométrie variable. Dans un palais des miroirs, son image se démultiplie à l’infini, donnant accès à la tempête qui tourbillonne sous son crâne. C’est beau. C’est puissant. La musique de Victor Pavel, complice sonore, souligne les vibrations du verbe. Dans un dispositif immersif, mots, sons, pulsations et images nous replongent dans l’enfance, là où l’imaginaire est sans limite, où tout est possible, même l’incompréhensible.
Et, c’est précisément dans ce chaos que Valérian Guillaume excelle. À travers cette transe verbale, il ne devient pas un autre, mais pleinement lui-même. Il revendique sa différence avec une belle audace, sans forfanterie, surprend à chaque détour, irradie d’une fantaisie vive et d’un génie débridé qui ne demande qu’à jaillir.
Pour savourer toute la beauté du geste, il faut accepter de se perdre, renoncer à tout saisir, se laisser porter par le flow incandescent des mots. Détonant, déconcertant, absolument fascinant.
Morphage de Valérian Guillaume
Théâtre de la Cité internationale
2 au 9 décembre 2025
Durée 1h environ
Conception, récit original, écriture improvisée en direct et performance de Valérian Guillaume
Musique en direct et création son – Victor Pavel
Scénographie de James Brandily